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Alors que les pauvres font les frais de la pollution vont-ils aussi en payer le prix ?

La qualité de l’environnement est un enjeu tant de justice sociale que de santé publique. Les mesures présentées, lundi, lors du dernier Conseil de Paris, vont dans la bonne direction : développement des transports en commun et du vélo, mesures d’urgence dont la gratuité des transports, zones de circulation réduites… Mais l’enjeu social ne doit pas rester dans l’angle mort des considérations écologiques. Nous devons l’avoir à l’esprit à l’heure d’interdire l’usage des véhicules les plus polluants. Les pauvres font déjà les frais de la pollution – en habitant à proximité du périphérique, par exemple –, ils risquent demain d’en payer le prix en étant captifs de leur ancien véhicule. Nous ne pouvons l’accepter. Plusieurs mesures sont d’ores et déjà prévues en direction des professionnels (subventions, crédits). C’est vital pour ceux dont le véhicule est un outil de travail. Mais la voiture est aussi un outil indispensable au travail pour de nombreux salariés, ceux qui travaillent ou habitent en banlieue, ceux qui travaillent en horaires décalés, etc. Elle est aussi essentielle pour les moins mobiles, les personnes âgées et les familles nombreuses. Or, on le sait, le coût d’un véhicule «  propre  » ne sera pas à la portée de tous. Une action politique juste et efficace doit prévoir un accompagnement : aide financière ou dérogations en fonction de l’usage du véhicule ou du quotient familial. Nous veillerons aussi au calendrier des mesures d’interdiction. Nous devrons procéder par expérimentation, évaluation, décision. Le tempo sera décisif pour concilier transition énergétique et justice sociale. Les Parisiens ne peuvent pas non plus être les seuls à payer le coût de la pollution. Paris fait le choix de s’engager dans un programme d’investissement ambitieux, avec un milliard d’euros pour les transports collectifs. L’extension du tramway, les liaisons entre gares, le développement des circulations douces offrent une alternative à la voiture. La mise en place du tarif unique en Île-de-France permettra aussi aux Franciliens de faire le choix des transports publics. Mais la pollution est un enjeu national et international qui ne se limite pas à des solutions 
locales. L’État doit prendre ses responsabilités. L’alternative aux camions ne peut être évacuée du débat. Interdire les véhicules polluants doit se coupler à un investissement massif pour le fret par rail et voies fluviales. L’absence de l’État, de la SNCF et de RFF sur ce sujet est coupable. La lutte contre la pollution est incompatible avec une politique d’austérité. Nous pensons aussi que la promotion d’une filière française de l’électrique devrait permettre de doter le parc de bus de la RATP de véhicules propres… sans parler des 80 % des taxis parisiens qui fonctionnent au diesel. Différents chemins mènent à différentes transitions énergétiques. Une politique progressiste doit savoir concilier qualité de l’environnement et justice sociale.

Jean-Noël Aqua, Nicolas Bonnet-Oulaldj et Didier Le Reste