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Avançons sur la création de l’Observatoire de la mixité sociale et scolaire

Jean-Noel Aqua revient sur la question des inégalités sociales et de la ségrégation scolaire particulièrement forte à Paris. Il rappelle à l’exécutif que le Conseil de Paris a adopté l’an passé un vœu pour la création d’un observatoire de la mixité sociale et scolaire. La réalisation concrète de ce vœu est aujourd’hui une urgence pour lutter contre les causes de l’inégalité scolaire et léguer à nos enfants une société juste.

Rertouvez son intervention

Monsieur le Maire,

Cette délibération me donne l’occasion d’intervenir une nouvelle fois sur la question des inégalités scolaires.

En premier lieu, je voudrais saluer le travail qui est mené dans le cadre du dispositif « Action collégiens ». Ce sont des mesures d’accompagnement concrètes / qui montrent combien notre municipalité oeuvre pour aider les collégiens en difficulté. C’est un enjeu tant pédagogique, qu’un enjeu de justice sociale.
On le sait, les déterminismes sociaux pèsent de plus en plus lourdement sur les trajectoires scolaires. L’école n’arrive pas à combler le capital culturel transmis directement et très inégalitairement par les parents et le milieu social.
C’est inacceptable quand on sait que l’École d’aujourd’hui est le seul lieu où beaucoup d’adultes de demain auront acquis leur autonomie en tant qu’individu, citoyens et travailleurs.

Depuis les travaux de Bourdieu et Passeron dans les années 60, nous savons que les inégalités sociales et culturelles se reproduisent dans notre système scolaire. De nombreux rapports montrent aussi que depuis une quinzaine d’années, l’école amplifie davantage encore les inégalités sociales. Pourtant, aujourd’hui, les résistances à une école réellement mixte, creuset de l’égalité républicaine, sont encore très fortes, particulièrement sur le territoire parisien.

Action collégiens, en permettant l’accompagnement des collégiens en difficulté, permet de compenser, certes sur une petite échelle, les inégalités en permettant le suivi individualisé lors des temps libres. C’est à la fois modeste et décisif pour de nombreux jeunes en difficulté dont le parcours de vie peut être singulièrement impacté par une rencontre avec un éducateur, un pédagogue, un accompagnateur.
Si nous saluons cette action, je voudrais aussi insister sur l’importance de lutter en parallèle sur les causes de l’inégalité scolaire. Et donc, revenir sur le vœu que nous avions porté l’an passé sur ce sujet. En septembre 2016, le Conseil de Paris avait approuvé un vœu demandant qu’un observatoire parisien des inégalités soit créé, qui pourrait analyser des inégalités scolaires et sociales dans les écoles, collèges et lycées, et émettre des recommandations afin d’y mettre fin.

La ségrégation scolaire à l’œuvre à Paris est forte, trop forte. Et les établissements privés portent une lourde part de responsabilité dans la production de cette ségrégation. Nous avions demandé que les règles d’affectation du rectorat incluent les collèges privés, qu’une carte scolaire contraignante s’impose aux établissements privés et que les établissements ne respectant pas les règles communes de sectorisation soient placés hors contrat.

Le sociologue Choukri Ben Ayed montre que les origines sociales et culturelles n’ont pas les mêmes impacts selon les configurations locales. Dans le cas de Paris, la densité urbaine et la densité des établissements scolaires exacerbent la concurrence entre ces établissements.

En conséquence, les choix de certaines classes sociales qui – sans l’avouer officiellement – ne souhaitent pas que leurs enfants se mélangent à ceux des classes populaires, deviennent à Paris de véritables stratégies.

Ces stratégies qui conduisent à la ségrégation sociale et scolaire nous mettent face à une situation inacceptable à plusieurs titres. Je voudrais en souligner deux.
Premier point, la ségrégation scolaire construit une société fracturée, où les classes sociales ne se mélangent pas, au mépris de la fraternité, au mépris de l’égalité, au mépris des principes fondateurs de notre République. L’école que nous construisons aujourd’hui est le terreau de la société de demain. Sa mixité sociale est essentielle pour une société tolérante et juste.

Par ailleurs, la mixité sociale à l’école est indiscutablement une mesure de justice sociale. Justice sociale qui est mise à mal par la concurrence entre les établissements publics et privés, particulièrement forte à Paris. Comment comprendre, en effet, que les établissements privés sous contrat bénéficient de l’aide de la collectivité quand il s’agit de payer leurs professeurs, mais échappent aux devoirs de la collectivité quand il s’agit d’accueillir tous les enfants ?

Nous sommes donc très inquiets sur Paris. Tout d’abord, par le fait que les établissements privés sont *tous* classés parmi les mauvais élèves de la mixité sociale. Et ensuite, par le fait que le nombre d’élèves scolarisés dans le privé ne cesse d’augmenter à Paris, pour atteindre plus d’un tiers. C’est plus qu’alarmant.
Le Conseil de Paris a décidé d’agir il y a un an déjà. Où en sommes-nous de ce travail ? Il me semble rien n’a encore été concrètement engagé aujourd’hui. Pourtant l’urgence de la situation ne fait pas de doute. Aussi, je profite de cette intervention pour remettre au centre du débat cette question.

Nous resterons particulièrement vigilants sur la question des inégalités sociales et scolaires : la société que nous léguons à nos enfants a bien besoin d’une école publique socialement mixte, condition peut-être pas suffisante, mais certainement nécessaire à l’égalité républicaine et à la cohésion sociale.

Publié le

22 novembre 2017

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