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Bilan de mandat de Gabriel Gau 2014 - 2020

La délégation « jeunesse et vie étudiante » dans le 19e m’a été confiée en mars 2014.

J’ai alors eu à cœur d’appliquer les principes et valeurs de l’éducation populaire à ma nouvelle responsabilité, en prenant comme fil rouge l’idée que les jeunes, dans leur grande diversité, sont une ressource transformatrice pour l’ensemble de la société, alors qu’ils sont généralement considérés comme une somme de problèmes à régler.

C’est partant de ce postulat de départ que j’ai voulu que les Contrats Jeunesse d’arrondissement soient, dans le 19e, désormais co-construits avec les jeunes. Nous avons élaboré deux contrats jeunesse au cours du mandat, en 2015 puis en 2018. Par des dispositifs divers (matinées citoyennes en Mairie avec les collégiens, rencontres de quartier avec les 18-25 ans, questionnaires en ligne et papier…), nous avons pu consulter 400 jeunes en 2015 et près de 1000 en 2018. Cette implication des jeunes nous a permis d’affiner le diagnostic que nous posons sur la réalité de nos quartiers et de faire émerger des actions à mettre en œuvre, par exemple les Olympiades du 19e, dont la première édition aura lieu le 19 juin 2019.

Je trouve également primordial que les projets urbains ne négligent pas la parole des jeunes, comme c’est trop souvent le cas. Lorsque un projet de rénovation de la place Henri-Fizbin (Bas-Belleville) a été adopté au budget participatif, j’ai pu m’appuyer sur un noyau dur de jeunes engagés dans le quartier pour réunir une trentaine de jeunes usagers de la place (jeunes hommes et jeunes femmes) à plusieurs reprises afin d’engager le dialogue et leur permettre, en lien avec le Conseil de quartier, de contribuer au projet, afin que le celui-ci ne les exclue pas de l’espace public. Malheureusement, les délais d’études par les services font que ce projet n’a toujours pas été rendu public, au grand dam des jeunes qui avaient pensé que leur parole serait enfin entendue.

Voir les jeunes comme une ressource, c’était aussi trouver une façon de valoriser leurs pratiques culturelles au sens large : pratiques artistiques, sportives, citoyennes. C’est-à-dire : ne pas partir du postulat qu’on apporte la Culture aux jeunes, mais organiser des moments où les cultures des jeunes sont diffusées au grand public. C’est le sens du festival Place(s) aux Jeunes que nous avons créé en 2016 et qui a lieu tous les ans entre mai et juillet, autour d’une dizaine d’événements aux quatre coins de l’arrondissement, appuyés par une communication de qualité qui rehausse l’image que « les gens » peuvent se faire des jeunes.

Évidemment, cela ne signifie pas que la période a été sans accrocs. Bien au contraire. Ces démarches, dont je reste fier, n’empêchent pas que la situation des jeunes dans les quartiers populaires s’est dégradée aux cours des dernières années. Je veux pointer plusieurs points :

1. Des violences inter-quartiers en forte hausse : pas un an ne passe sans décès dans le 19e dû à ces rixes. Elles concernent aujourd’hui tous les quartiers du 19e, entre eux et avec d’autres arrondissements. Au-delà de ces cas dramatiques, c’est une ambiance générale de repli sur sa chapelle qui touche les jeunes. Quand ce phénomène a opposé les jeunes du nord du 19e avec ceux du 18e, j’ai pu mettre en place, avec mon collègue du 18e, un collectif « Synergie 18/19 » qui réunissait équipements jeunesse, associations de jeunes, clubs de prévention, établissements scolaires et certains acteurs culturels. Les actions mises en place dans le cadre de ce collectif ont été, à mon sens, très positives, et ont contribué à installer une autre ambiance dans les relations entre jeunes des deux quartiers, mais aussi entre adultes au vécu et aux cultures professionnelles extrêmement différentes. Il n’y a pas de recette magique, mais ce genre de démarche devrait à mon sens être testé dans les quartiers qui s’opposent entre eux.

2. Au-delà de la réponse immédiate à ces violences, elles posent la question du délitement du lien social et de l’absence de perspectives que ressentent à juste titre les jeunes des quartiers populaires. Je donne souvent l’exemple révélateur de cette association du quartier Danube-Solidarité, qui a accompagné non sans difficultés une cohorte de jeunes jusqu’au bac, mais qui a constaté qu’à cause de Parcoursup, les deux tiers de ces jeunes s’étaient retrouvés sans aucune affectation dans le supérieur… Ce genre d’exemples est dévastateur lorsque les professionnels dans les quartiers cherchent à convaincre les jeunes de s’accrocher. Beaucoup d’actions pour l’autonomie, l’emploi des jeunes, l’insertion, pour une orientation choisie et non subie ont été mises en place sous cette mandature, notamment au sein du Conseil Local d’Orientation de la Mission Locale que je co-préside avec Léa Filoche.

3. Enfin, un point central dans la dégradation du lien social est le massacre dont est victime le tissu associatif local. Suppression des emplois aidés, fonte des subventions de l’Etat au titre de la politique de la Ville, Région Île-de-France aux abonnés absents, disparition des réserves parlementaires… Ce sont les associations les plus proches de la vie des gens dans les quartiers populaires qui ont le plus trinqué.

Bien sûr, la Ville de Paris peut s’enorgueillir d’avoir sanctuarisé les subventions aux associations au milieu de ce désastre. Mais aujourd’hui, l’ampleur de la saignée est telle que ce n’est plus suffisant, loin de là. L’enveloppe des subventions de la DJS au titre de la jeunesse, celle à disposition des Référents Jeunesse de Territoire (RJT) et les budgets d’animation locale des Mairies d’arrondissement sont les trois leviers dont je dispose actuellement : les trois sont ridiculement faibles financièrement, quand bien même j’ai obtenu des hausses de budget en début de mandat. Elles doivent être considérablement augmentées dans le cadre d’un futur mandat de gauche à Paris. C’est une question de choix budgétaire à assumer, sans quoi il est certain que la situation dans nos quartiers sera de plus en plus explosive.

Publié le

25 juin 2019

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