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Budget 2018 : un nouveau budget pour la Préfecture de Police de Paris

Didier Le Reste intervient sur le budget de la Préfecture de Police de Paris, le premier budget depuis la loi sur la réforme du statut de Paris et le transfert des compétences de la préfecture à la ville. Il interroge le préfet sur le périmètre de ce nouveau budget.

Retrouvez son intervention

Merci, Madame la Maire, Monsieur le Préfet,

Je tiens tout d’abord à exprimer aussi nos remerciements pour la qualité et la clarté des informations fournies par la préfecture de police et les services de la Ville, nous permettant de préparer la discussion de ce budget de la préfecture de police.
Ce budget est le premier qui nous est soumis après le vote de la loi tant attendue, sur la modification du statut de Paris en février dernier, qui peu ou prou rapproche le statut de la Ville de Paris de celui de ses consœurs dans le pays.
Nous l’avions demandé et votre budget, Monsieur le Préfet, tient compte de ces évolutions liées tant au transfert de compétences que des personnels de la préfecture de police. Ce qui vaut à ce budget, vous l’avez rappelé, une baisse de son montant de 16 %.

A périmètre constant, la baisse de la part fonctionnement n’est que de 0,48 %, soit, mais le départ vers la ville de 2.180 emplois sur 5.075 hors effectifs de la brigade des sapeurs-pompiers n’est pas anodin. Cela va nécessiter de la part de vos services une adaptation aux missions qui vous restent, amputées de la réception et demande de titres d’identité, de la gestion du stationnement payant et gênant, de la police des lieux de sépulture, et de la lutte contre l’habitat indigne, qu’il était normal, je le redis, de les voir confiées à la Ville. Le retour dans le giron municipal de pans importants de police administrative, qui auraient dû rester de la compétence directe de la Ville et de ses agents.

Nous continuons de déplorer le choix fait de confier à des entreprises privées la compétence de la verbalisation du stationnement.

Mais concernant l’utilisation des personnels, qui vous reste, nous sommes inquiets sur l’évolution de la courbe de l’emploi au sein de la préfecture de police.
Vos chiffres sont éloquents, hors transfert il va y avoir tous confondus 270 départs alors que vous n’annoncez que 50 à 70 recrutements en 2018. C’est-à-dire 1 remplacement pour 5 départs.

C’est, de mon point de vue, un mauvais signal envoyé à la population parisienne. Y aurait-il une telle baisse de la délinquance et des délits dans notre capitale pour qu’on puisse faire plus avec du moins ?

Même si nous constatons du fait d’une présence policière et militaire accrue depuis les attentats, qu’un certain nombre d’actes de délinquance sont en baisse, en particulier les vols avec violences et les agressions armées, en revanche, il y a toujours des policiers utilisés à contre-emploi.

Les forces de police consacrées à la lutte contre le trafic des êtres humains ne sont pas assez centrées sur cette mission. Ce phénomène est une vraie plaie dans certains quartiers de la capitale où existent proxénétisme, faux salons de massages, etc.

Vous connaissez l’attachement de notre groupe pour que l’on fasse reculer ce nouvel esclavage, qui opprime particulièrement des femmes dans notre ville.
Les forces de police sont inquiètes et la participation à la consultation que votre ministre a lancée, 55.000 questionnaires enregistrés sur 250.000 membres des forces de l’ordre, n’est pas à négliger. Elle montre l’impatience des policiers et leur ras-le-bol de la politique du chiffre. Ils critiquent aussi un certain nombre de missions qui leur sont confiées et les éloignent du contact nécessaire avec la population.
Le Ministre COLLOMB a annoncé 10.000 créations de postes sur le quinquennat, et 7.000 d’ici 2022. Cela fait combien de fonctionnaires de police en plus pour Paris pendant cette période ? Pourrions-nous avoir une projection sur les 4 années à venir ?
La nouvelle loi votée, qui fait que l’état d’urgence est désormais une donnée quasi permanente de notre état de droit, n’a-t-elle pas besoin de plus de fonctionnaires de police ?

Vous le savez, Monsieur le Préfet, la tension sociale est forte dans un certain nombre de services de la préfecture de police, qui méritent à ma connaissance l’ouverture de véritables négociations avec les instances représentatives du personnel.
Sans alourdir le propos, je souhaite néanmoins de ce point de vue évoquer un point qui a des implications sur la vie de la capitale. Il en est ainsi de la réception des usagers étrangers, la crise migratoire touche de plein fouet le centre de réception des demandeurs d’asile situé boulevard Ney. Celui-ci est passé de 7.500 demandeurs annuels en 2014, à 30.000 aujourd’hui. Le bâtiment est inadapté et les travaux tardent à venir faute de budget.

De plus, afin de faire face aux flux de publics, les recrutements ne sont faits qu’avec des auxiliaires sur des CDD de un à deux mois renouvelables dans la limite d’un an.
La création de la police de sécurité du quotidien peut-elle se mettre en place à moyens constants, voire avec une force de frappe moindre, si vous permettez l’expression ? Dans quel quartier parisien allez-vous l’expérimenter et avec combien de divisions ? Vous le savez, le débat porté par certains à droite de notre hémicycle sur la nécessité de créer une police municipale, n’a pas l’assentiment du groupe Communiste.

Au-delà de notre méfiance sur l’utilisation de la police municipale par certains maires, nous savons que l’Etat profite de sa création pour réduire de façon drastique les moyens de la police nationale dans les villes qui les ont créés. Les exemples sont nombreux. Pour ne prendre que celui d’une ville voisine : Noisy-le-Sec. Depuis la création de la police municipale avec 24 emplois, ce sont plus de 60 policiers nationaux qui ont disparu de son territoire. Voilà la démonstration de la politique de transferts non compensés.

Vous comprendrez que nous nous opposerons toujours à ce que Paris demande une police municipale, car cela ne correspond en rien aux besoins d’une capitale qui voit passer tous les jours des millions de travailleurs dans les transports, qui accueille des millions de touristes et qui a les contraintes d’une grande capitale, avec la présence des ambassades, des manifestations publiques et même, on l’a vu ce dernier week-end, des obsèques d’un grand chanteur populaire.

Et surtout, va-t-on enfin inscrire ces réformes dans la durée ? Le rétablissement du lien de confiance entre la police et la population mettra du temps pour devenir durable, alors donnons-nous les moyens de réussir.

Permettez-moi aussi de m’inquiéter d’un texte en discussion sur le traitement des étrangers sous statut Dublin, c’est-à-dire celles et ceux qui ont enregistré leur demande d’asile dans un autre pays que la France. Utiliser les forces de police pour faire la chasse aux étrangers ou augmenter le nombre de retours à la frontière ne peut pas être l’alpha et l’oméga d’une politique d’accueil digne dans un pays comme le nôtre. On voit bien que, sur ce sujet, les ministres passent mais les instructions demeurent.

Peut-être considérez-vous que certaines de mes questions s’éloignent du débat strictement budgétaire ? Mais à quoi sert un budget si ce n’est à donner les moyens à une institution comme la vôtre de remplir ses missions au service des Parisiennes et des Parisiens, de celles et ceux qui y travaillent et qui visitent notre capitale.
Je sais, Monsieur le Préfet, que vous aurez à cœur de nous rassurer. Tel est aussi le rôle du Préfet de police. Mais la population parisienne ne veut pas que des déclarations : elle veut l’amélioration de la sécurité dans le respect des lois et des valeurs de la République. Si nous combattons, tout comme vous, les comportements inadmissibles à l’égard des forces de police ou des pompiers, comme les agressions ou les caillassages de véhicules, nous pensons aussi que la police, de par sa fonction dans nos institutions, doit être irréprochable.

Je sais que l’équation à résoudre n’est pas facile, mais une police proche, présente et disponible fait beaucoup plus pour que le sentiment d’insécurité recule, et la prévention et la dissuasion sont toujours meilleures que la répression, même si celle-ci s’avère parfois nécessaire.

Je vous remercie.

Publié le

11 décembre 2017

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