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Centre d’hébergement du 16e : Il faut plus de place d’hébergement dans l’ouest de Paris

Intervention de Jean Noël Aqua

Retrouvez le vœu relatif à la poursuite du rééquilibrage territorial de l’offre d’hébergement et de logement et pour une exemplarité des élu-e-s

Madame la maire, chers collègues,

Le vœu que nous présentons à propos du centre d’hébergement du 16e est double. Nous tenons d’abord à rappeler certains élus à un minimum de tenue. Je ne pensais pas devoir le faire dans un tel cénacle mais rendons-nous à l’évidence : un député-maire peut aujourd’hui impunément inciter ses administrés à la délinquance.

Bien sûr, notre époque est un clair-obscur où la violence et le rejet de l’autre ne cessent de croitre. Bien sûr, la violence puise ses racines dans des idéologies basées sur le rejet de l’autre et la haine de la différence. Bien sûr, la violence peut être la béquille d’une pensée un peu faible ou indigente.

Mais la violence puise aussi ses racines dans les discours et les symboles.

Entendre donc le maire du 16e dire publiquement « Vous voulez qu’on dynamite la piscine d’Auteuil ? Si vous savez le faire, vous gênez pas. Mais essayer de ne pas vous faire repérer » est inacceptable (vous pourrez le ré-écouter sur France Culture si besoin). Je vous épargnerai les références au code pénal.

Car au-delà, c’est bien de l’exemplarité des élus qu’il s’agit. On serait en droit d’attendre d’un représentant du peuple qu’il sache mener un débat sans céder à une quelconque inclinaison à la violence. Elle s’offre évidemment comme planche de salut à ceux que la dialectique déconcerte. Mais pour un élu, y céder n’est pas seulement infamant pour son auteur mais aussi pour la fonction qu’il incarne.

En matière de symbole, nous savons le mal que font les patrons-voyous dans l’économie. En politique, refusons-nous à donner le spectacle d’élus-voyous. Le comportement d’un élu participe de l’éducation de tous, en particulier des plus jeunes. Et pour ceux qu’un tel défi décourage, un minimum de retenue devrait au moins s’imposer.

Si ces propos étaient esseulés, nous pourrions les attribuer à divers excès. Mais force est de constater qu’ils interviennent dans une série noire qu’ils n’ont pas contribué à apaiser.

Un contexte fortement médiatisé où une classe a fait tomber le masque. Où une classe a démontré que le rejet de la différence est à l’oeuvre dans un ghetto de riches. Où une classe a étalé son hostilité à ce qui est étranger, et sa promptitude à user de la violence.

Comment ne pas s’indigner de la forme qu’a prise la contestation contre ce centre d’hébergement ? Comment ne pas condamner sans faux-semblant le comportement d’une foule qui insulte et vilipende une représentante de l’Etat et des élus de la République ? « Jamais je n’aurais imaginé voir un tel niveau de violence verbale. Hurlements, hués, insultes » témoignera une participante. Comment ne pas condamner cette violence qui a obligé le président de l’Université à annuler le débat au bout de quelques minutes ? Comment ne pas condamner la tâche jetée sur la République en ce lieu ô combien symbolique qu’est une Université, lieu de la raison et du débat contradictoire aux antipodes des dogmes et du sectarisme ?

Vous comprendrez que dans ce contexte nous voulions faire ce rappel à l’ordre pour condamner sans détour le manque d’exemplarité de certains élus. Nous aimerions que toutes les familles politiques s’associent en ce lieu à ce vœu. Car jusqu’ici

Notre deuxième point revient sur le fond du problème, sur l’accélération du ré-équilibrage de l’hébergement d’urgence.

21 personnes sans-domicile-fixe sont mortes à Paris depuis le début de l’année. Non pas de froid, mais de pauvreté et d’exclusion. La solidarité envers les plus pauvres nous oblige à faire d’avantage pour le logement d’urgence. C’est un axe majeur de la mandature de la gauche parisienne validée par l’ensemble des électeurs parisiens.

La Ville fait déjà beaucoup, mais la crise nous force à aller plus loin. Tous les arrondissements doivent agir. Nous le répétons, comme des élus LR dans le 13è, il est incompréhensible que certains arrondissements ne jouent pas le jeu. Pourquoi seulement 8 des 9700 places d’hébergement d’urgence parisiennes sont localisées dans le 16e alors que plusieurs centaines de SDF y vivent ?

Le 16è serait-il une zone de non-droit ? Un territoire hors du temps ? Un lieu au ban de la solidarité, où les considérations sur les prix de l’immobilier et le confort de l’entre-soi l’emporteraient sur le b-a-ba de l’aide à son prochain ? Un lieu où l’appartenance de classe aboutirait au rejet de la mixité ? Un lieu où les appels du bourgmestre de Bruxelles « la ségrégation spatiale est le levain des drames que nous avons vécus » se perdraient dans le vide ? Un lieu où les phantasmes savamment orchestrés sur les étrangers pousseraient les plus nantis à abdiquer leur humanité ? Nous ne pouvons nous y résoudre.

Nous souhaitons donc deux choses. Tout d’abord que la Ville achève sans tarder son projet de logement d’urgence allée des fortifications. Mais aussi que la Ville amplifie son effort pour le logement d’urgence et social dans le 16è. Le maire du lieu propose 4 nouveaux lieux d’hébergement ? Chiche. Que la Ville étudie sans tarder ces sites afin qu’en plus du centre en lisère du bois de Boulogne, ces sites permettent de rééquilibrer l’offre de logement d’urgence et social sur la Ville.

Publié le

29 mars 2016

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