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Débat sur le handicap : accélérer les mises en accessibilité pour garantir l’égal accès au service public

10 ans après l’adoption de la loi sur le handicap, l’heure du bilan est venue et le constat est en demi-teinte:40% des lieux recevant du public ne sont pas adapté aux normes PMR, les MDPH sont débordées. Paris doit redoubler d’effort pour assurer l’accessibilité des équipements publics et logements sociaux, mieux adapter les transports en commun et renforcer les Assistant de Vie Scolaire pour aider les enfants en situation de handicap et leurs parents.

Retrouvez l’intervention de Fanny Gaillanne

Madame la Maire, chers collègues,

Nous fêtons le 10ème anniversaire de la « loi pour l’égalité des droits et des chances incluant la notion d’accessibilité pour tous », nous nous réjouissons des efforts présents et futurs consentis par la Mairie de Paris pour permettre aux Parisiennes et Parisiens en situation de handicap d’effectuer les actes de la vie quotidienne plus aisément. Le budget alloué à l’amélioration des structures et des moyens humains liés au handicap progresse, et nous nous en félicitons.

Cependant, le combat pour l’égalité pour tous doit continuer et ne pas occulter certains éléments sur lesquels j’aimerais m’attarder quelques instants. Alors que la loi avait consacré l’obligation de rendre accessible tous les lieux recevant du public avant le 1er janvier 2015, seuls 40% de ceux-ci le sont aujourd’hui sur le plan national d’où une frustration légitime encore perceptible des personnes en situation de handicap, de leurs familles et de l’ensemble des acteurs présents à leur côté au quotidien…
L’austérité budgétaire mais aussi l’absence de volonté politique a conduit le gouvernement à repousser jusqu’à 2024 la réalisation de l’accessibilité universelle, tout en continuant à en reporter la responsabilité sur les collectivités territoriales. Et ceci, une nouvelle fois sans apporter de moyens supplémentaires pour réaliser les aménagements alors que les collectivités sont confrontées à une baisse de leurs dotations, rendant encore plus aléatoire la concrétisation de l’accessibilité universelle.
Même si la mobilisation financière semble à la hauteur de l’enjeu à Paris, sur les 2 000 équipements recevant du public, seuls 417 actuellement apparaissent totalement accessibles.
Nous avons la responsabilité de rendre les 1583 restants accessibles à toutes formes de handicaps tant les besoins sont nombreux. Je vous rappelle qu’il existe quatre formes de handicap : physique, psychique, sensoriel et cognitif et que chacune nécessite des adaptations spécifiques… Le chantier est énorme et les moyens budgétaires devront continuer à être à la hauteur de nos ambitions si nous souhaitons le mener à terme, ce qui, dans un contexte de baisse de dotation de l’Etat nous semble bien périlleux.

D’autre part, nous devons également insister sur la nécessité d’une sensibilisation globale au handicap pour changer fondamentalement le regard de « l’autre ».
Les discriminations à l’encontre des jeunes atteints de déficiences cognitives sont bien trop nombreuses. Une communication accrue est nécessaire pour mettre fin aux moqueries, mises à l’écart, traitements injustes ou refus de droit pour raison de santé ou de handicap.
Un accompagnement efficace des jeunes en situation de handicap doit se poursuivre dans les domaines scolaires ou publics pour éviter par exemple « l’exode » de jeunes autistes vers la Belgique ou d’autres pays européens qui assurent un accompagnement plus approprié, ce que reconnaît la communication. On estime à plus de 5000 le nombre d’enfants et d’adultes accueillis en Belgique. Il nous paraît donc à tous nécessaire d’accélérer la mise à disposition des lieux adaptés aux autistes. 215 places ouvertes en quelques années et 353 à l’horizon 2020 ! C’est-à-dire la création de 138 places en 5 ans ! Nous pensons que ce n’est pas encore suffisant et que des efforts supplémentaires doivent être fournis pour accroître le nombre de places.

Le milieu scolaire n’est pas en reste. Permettez-moi de mettre l’accent sur la précarité et l’insuffisance des postes d’Assistant de Vie Scolaire qui sont le lien primordial et essentiel entre les enfants handicapés, les familles et le monde scolaire. On ne peut négliger plus longtemps cette aide précieuse et indispensable dans la scolarité et l’inclusion en milieu ordinaire de ces enfants. Or, force est de constater que les retards d’attribution d’AVS sont encore bien trop nombreux pour permettre un accueil constant des enfants handicapés ! Nous devons veiller à pérenniser les contrats des AVS bien trop précaires actuellement pour susciter davantage de vocations et permettre de meilleures relations au sein des établissements scolaires.

Enfin, comment ne pas évoquer le volet transport qui reste encore bien trop en retrait des besoins et des réalités de l’handicap. Si la progression de l’accès sur les lignes de bus et de tramway est réellement en progrès et satisfaisante, le nouveau renouvellement des abris bus voyageurs laisse vraiment à désirer… A titre d’exemple, les informations sonores sur la durée d’attente ainsi que les lignes desservies ne sont pas encore opérationnelles !!! Concernant le métro, la dérogation de mise en accessibilité n’exclut pas une vraie détermination à rendre réellement accessible le métro parisien aux autres situations de handicap. Nous pourrions par exemple, travailler avec la RATP à la mise en place de parcours podotactiles pour les non voyants dans les couloirs du métro leur permettant ainsi de trouver aisément leur chemin.

Restons vigilants pour permettre à toutes et à tous de vivre normalement dans une société plus juste.
Je terminerai cette intervention en citant le programme d’action mondial des Nations unis concernant les personnes handicapées de 1982
« Le handicap est fonction des rapports des personnes handicapées avec leur environnement. Il surgit lorsque ces personnes rencontrent des obstacles culturels, matériels ou sociaux qui sont à la portée de leurs concitoyens. Le handicap réside donc dans la perte ou la limitation des possibilités de participer, sur un pied d’égalité avec les autres individus, à la vie de la communauté. »

Publié le

5 octobre 2015

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