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Rentrée scolaire : Paris fait mieux que le gouvernement

Si tout n’est pas parfait, la Ville de Paris met des moyens pour faire avancer le service public de l’éducation. Ce qui n’est pas le cas du gouvernement : derrière l’affichage des bonnes intentions se révèle des soucis d’économie comptable à court terme, à l’œuvre notamment dans la réforme du périscolaire et des collèges.

Retrouvez l’intervention d’Emmanuelle Becker.

Madame la Maire,
Cette année encore, des milliers de petits parisiens ont fait leur rentrée scolaire. Et cette année encore, la ville de Paris s’engage pour améliorer le service public. Le programme donné dans votre communication le démontre bien : L’école avance, grâce à l’implication de l’exécutif et de toutes les sensibilités de la majorité, mais surtout grâce à des milliers de personnels, de l’éducation nationale comme de la ville, qui contribuent quotidiennement à former les citoyennes et les citoyens de demain.

Beaucoup de choses vont arriver cette année, notamment les propositions issues de la mission d’information et d’évaluation sur le périscolaire à Paris. Des propositions attendues et demandées par notre groupe, comme la mise en place progressive d’un référent périscolaire par école, ou encore la création d’une véritable filière d’animation avec la venue prochaine d’une école parisienne spécifique. Nous saluons cette décision, qui viendra améliorer le travail et les conditions de travail des animateurs.

Nous nous inscrivons pleinement dans les objectifs fixés pour le nouveau projet éducatif territorial, qui a été signé au début du mois. Ce projet, conclu entre la ville, l’éducation nationale et les différents services de l’État vise à plus de cohésions entre les temps de l’enfant, à plus d’adaptation aux conditions de vie des parents, et plus d’égalité des droits entre les enfants. Nous soutiendrons bien sûr sa bonne marche avec une attention et un soutien sans faille.

Nous voyons également d’un très bon œil le renforcement de la lutte contre le décrochage scolaire, et notamment du dispositif « action collégiens » qui nous tient particulièrement à cœur. Nous pourrions d’ailleurs ajouter à ce dispositif celui de la mise en place de SOS rentrée, mis en place dans nos départements voisins comme le Val de Marne. Nous continuons de penser que ce numéro d’urgence pour ceux qui n’ont pas de place pour poursuivre leur scolarité, ou ceux pour qui le choix d’orientation n’a pas été respecté, serait un vrai plus pour les jeunes. Il permettrait de nous doter d’une palette assez large pour lutter contre le décrochage, qui peut très vite devenir une spirale de déclassement social.

Enfin, un point sur la restauration scolaire. Notre position du conseil précédent était claire. Nous devons avancer sans revoir intégralement notre copie. Cette réforme doit corriger les lacunes du modèle actuel sans pour autant supprimer tout ce qui se fait de bien. Il doit apporter des véritables garanties pour le statut des agents et une meilleure nourriture pour nos enfants, tout en laissant une vraie place à la démocratie locale.

Je n’ai évoqué qu’une partie de ce que la Mairie compte mettre en place cette année. Mais notre message est clair : si tout n’est pas parfait, s’il reste encore énormément de choses à faire, force est de reconnaître que la Mairie met les moyens pour une école plus efficace pour lutter contre les inégalités sociales.

La majorité de gauche, avec l’apport de l’ensemble ses composantes, a placé dans les faits et dans les actes l’école comme une priorité. Ce qui est malheureusement un peu différent au niveau de l’état. Cette dernière rentrée du quinquennat Hollande nous appelle à formuler, même synthétiquement, un bilan et une analyse de la politique gouvernementale en matière d’éducation.

Commençons par le point positif : la gestion de l’éducation sous la présidence Hollande est moins pire que celle des années Sarkozy. C’était en même temps difficile de faire pire. L’effort de rattrapage est notable, notamment en termes de recrutement, pour combler les plaies béantes des gouvernements précédents.

On a pu noter l’annonce de beaux projets comme le dispositif plus de maîtres que de classes, le développement des très petites sections. Mais ces projets ont été profondément minés par des considérations financières et tronqués par l’austérité. Toutes les mesures qui avaient toutes pour objectif de répondre à des problématiques bien réelles, se sont heurtées à la dureté et l’âpreté des exigences de la finance et de la pression par la dette.

L’objectif du recrutement des 60 000 postes d’enseignants n’a pas été complètement rempli. De même, la réforme du périscolaire, par exemple, n’a pas d’intérêt pédagogique dans sa forme actuelle, c’est le principal point de désaccord dans votre communication. Elle peut avoir un intérêt à Paris, parce que notre ville avait encore les reins solides pour assumer un tel projet éducatif. Et je n’ai pas besoin de vous rappeler que même à Paris, cela ne s’est pas fait sans heurts.

Mais comment porter l’intérêt éducatif d’une réforme nationale quand on en confie la gestion et la responsabilité aux collectivités, qui disposent de ressources différentes ? Comment croire qu’elle n’a pas aggravé les inégalités scolaires ?

La réforme du collège, qui fait encore débat, tient de la même logique. Malgré l’opposition des enseignants et des parents d’élèves, elle a imposé l’aggravation de la concurrence entre les établissements. Elle privilégie l’aménagement des difficultés plutôt que de les combattre, en pratiquant les politiques d’établissement, et des formations qui peuvent différer d’un collège à un autre.

Dans toutes les filières et dans tous les établissements, la réforme est contestée par les enseignants. Un moratoire devient indispensable si nous ne voulons pas nuire durablement au service public.

La vérité, c’est que l’État ne veut plus accorder les moyens nécessaires pour faire des réformes d’ampleur. Elle se pare de bonnes intentions et se prive des ressources, ce qui donne des tentatives tronquées, et des semblants de propositions qui créent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent. Pire, elles sont maintenant accolées à des logiques propres au monde économique, inefficaces et absurdes pour ce service public.

L’école sous le quinquennat Hollande a été marquée par le renoncement. Celle de l’aménagement des difficultés et des baisses de moyens, celle qui a renoncé à se doter de moyens pour réduire des inégalités.

Plus que jamais, un plan d’urgence pour l’école est indispensable. La voir comme une marge d’économies dans les dépenses de l’état est une erreur fondamentale. Il faut reconstruire une éducation nationale qui porte haut l’exigence de savoirs communs de grande qualité, pour permettre aux futurs citoyennes et citoyens de notre pays de préparer l’avenir dans les meilleures conditions.

Nous avons besoin d’un service public de l’orientation qui fonctionne, géré par l’État, car nous entendons qu’il assume ses responsabilités, et pas qu’il nous les délègue. Nous voulons un état visionnaire, stratège, qui prépare l’avenir de notre pays plutôt que de compter d’une année sur l’autre à l’aide d’une règle à calcul.

Si nous voulons améliorer la sécurité des enfants, nous devons avoir le souci de le faire en permanence. Loin des ponctuelles démonstrations de force à l’entrée des écoles, c’est bien d’un renfort de personnels dans l’établissement, de médecins et infirmières, de surveillants et de conseillers d’éducation, dont nous avons besoin.
Retirer à la finance les moyens de préparer la société de demain, telle doit être notre boussole.

Je vous remercie.

Publié le

28 septembre 2016

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