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Des politiques éducatives pour dessiner le monde de demain

Lors du débat sur la construction du budget 2020, Jean-Noël Aqua insiste sur la nécessité de lutter contre la précarité alimentaire et sanitaire des étudiant-es. Il défend également le développement des classes de découverte dans nos écoles et nos collèges.
Enfin, il plaide pour que les "financements verts" soient réorientés vers des emprunts bancaires et prennent en compte les enjeux sociaux.

Retrouvez son intervention.

Madame la Maire, mes chers collègues,

Ce dernier budget de la mandature nous invite à regarder le travail accompli et à nous tourner vers l’avenir.

Les politiques éducatives dessinent le monde de demain. Mixité, émancipation, collaboration ou ségrégation, sélection, compétition ... beaucoup se joue au plus jeune âge.

Malheureusement, la droite définit pour la jeunesse un avenir bien sombre. En quelques mois, Emmanuel Macron, Frédérique Vidal et Jean-Michel Blanquer ont imposé une vision réactionnaire et sélective à l’ensemble du système éducatif. La réforme du lycée, qui exige des élèves qu’ils choisissent très tôt leur orientation, rendra encore plus prégnants les déterminismes sociaux. Les premières épreuves du baccalauréat devraient se tenir bientôt, avec une impréparation savamment organisée, qui illustre tout le mépris de ce gouvernement tant pour la jeunesse que pour le corps enseignant.

La réforme des retraites qui agite l’actualité est hélas un nouvel exemple de ce mépris. Elle promet aux personnels de l’éducation nationale une baisse drastique de leurs pensions. Elle impose aussi à la jeunesse un nouveau contrat social au rabais, avec des pensions conditionnées à la valeur du point. Valeur du point dont le niveau n’est pas garanti, si ce n’est par une borne supérieure à ne pas dépasser, les pensions ne devant pas excéder 14 % du PIB. Une politique de droite dans toute sa duperie : on définit les miettes à partager, et on laisse la politique les répartir au mieux.

Quelle violence sociale ! Car c’est bien de cela qu’il s’agit : derrière les discussions feutrées des cabinets ministériels, derrière les huit-clos, les décisions prises sont d’une violence incroyable pour l’ensemble du corps social.

Parfois, cette violence fait une irruption brutale dans nos vies. Nous avons évoqué lors d’une question d’actualité, le geste tragique d’un étudiant à Lyon, qui a ainsi voulu dénoncer la précarité qui touche les étudiants.

Vous l’avez rappelé, Madame Lemardeley, la Ville de Paris a fait le choix d’aller au-delà de sa compétence obligatoire. Nous agissons pour qu’étudier à Paris demeure accessible à toutes et tous. Les 6 exercices budgétaires de la mandature le montrent : plus de 6000 logements sociaux étudiants financés, mille étudiants boursiers aidés pour leur première installation dans le parc privé. Tout ceci hors de la compétence obligatoire de la Ville de Paris. Je le rappelle. C’est important. Tout ceci alors que le Gouvernement, lui, propose un budget en baisse qui, ramené au nombre d’étudiants, est le plus bas depuis plus de 10 ans !

A gauche, nous voulons continuer à investir pour les jeunes qui étudient à Paris. C’est pour cela que nous proposons d’abonder l’enveloppe qui subventionne les projets contre la précarité étudiante de 250 000 euros supplémentaires. Cette somme pourra favoriser l’accès des jeunes au système de santé, ou à une alimentation durable, deux dépenses importantes pour les étudiants.

L’autre dispositif que nous voulons soutenir pour les enfants parisiens est celui des classes de découvertes, auquel nous sommes particulièrement attachés. Leur budget augmente d’années en années et atteste de l’engagement de notre collectivité pour le service public. Cependant, de nombreuses demandes de classes de découvertes restent insatisfaites. C’est pourquoi nous déposons une rallonge budgétaire de 400 000 euros pour que plus d’élèves bénéficient de ces séjours, très fertiles pour les apprentissages, le dépaysement et l’ouverture à d’autres horizons. Grâce à une grille tarifaire très progressive, fonction du quotient familial, ces classes de découverte permettent aux enfants de toutes les classes sociales de partir, la garantie d’une mixité sociale féconde.

Sur ce point, nous avons proposé en juin une délibération pour conditionner les subventions aux collèges publics à leur mixité sociale. Nous attendons impatiemment la mise en place du dispositif et sa montée en charge. C’est un outil qui doit nous servir pour penser l’avenir d’un système éducatif plus juste, compensant mieux les inégalités et les déterminismes sociaux.

Enfin, pour un service public de qualité, il convient d’avoir des emplois de qualité. Nous faisons des demandes sur les emplois à la direction des affaires scolaires, à commencer par les renforts des postes d’ASEM. Dans les conseils d’école où nous siégeons, nous voyons bien qu’il y a trop d’absences non-remplacées sur ces postes. Et cette absence de remplacement désorganise le travail des écoles maternelles. De plus, l’aménagement des rythmes scolaires a engendré une certaine confusion dans la répartition des rôles de chacun, et il n’y a plus de personnel désigné pour l’hygiène des enfants. Nous demandons donc que les contrats des agents de renfort puissent être étendus, pour que ces agents, spécifiquement formés, assurent cette mission.

J’en viens à un point de divergence entre nous, l’aménagement des rythmes scolaires. Nous restons opposés aux rythmes parisiens actuels qui engendrent une fatigue trop importante des enfants, constatée par les professionnels, et qui se fait au détriment de la qualité des apprentissages. Indépendamment de ce long débat, nous sommes tous d’accord pour dire que nous voulons un périscolaire de la meilleure qualité possible.

Or, il reste des centaines de vacataires et de contractuels à la DASCO. Et votre projet de budget emploi supprime 70 postes pérennes d’animation. Nous demandons donc par un amendement que ces postes soient maintenus et que l’on diminue d’autant le recours aux emplois précaires. Une mesure qui améliore le service public et qui est neutre budgétairement. Il serait incompréhensible à nos yeux de la repousser.

J’ai commencé par souligner positivement le fait que la Ville aille au-delà de ses domaines de compétences pour l’enseignement supérieur et la recherche. J’apporte cependant un bémol au sujet de la délibération qui vise à financer des travaux pour les locaux de Sciences Po à hauteur de 2 millions d’euros. Une somme rondelette qui, en l’occurrence, illustre bien le vieux dicton « il pleut toujours où c’est mouillé ». Sciences Po est un établissement connu, reconnu, qui n’a pas besoin de l’aide de notre collectivité. Nous proposons que cette somme soit réaffectée pour réaliser les travaux à l’École Du Breuil, travaux qu’il est urgent d’effectuer depuis…. 2007 ! Cela permettrait de doubler l’investissement déjà prévu pour Du Breuil, et ne serait pas superflu, vu l’ampleur de la réhabilitation à mener sur cette école. Un investissement utile pour les jeunes parisien.ne.s passionnés d’horticulture mais aussi au regard des enjeux environnementaux qui nous attendent.

D’ailleurs, il est primordial que les enjeux environnementaux tiennent une place centrale dans nos débats budgétaires. Aussi nous voyons d’un bon œil la délibération qui vise à expérimenter une « budgétisation verte ». Elle peut permettre d’avoir une vision plus claire et transparente des budgets mobilisés pour la transition écologique.

Mais, pour atteindre cet objectif, il convient de définir une méthodologie juste. Nous demandons donc d’intégrer aux enjeux environnementaux les questions sociales. Le mouvement des gilets jaunes a appris à ceux qui pouvaient en douter que l’écologie doit être sociale si elle veut transformer nos sociétés.

Je donne un exemple, caricatural à dessin : imaginons que nous décidions d’interdire l’entrée dans Paris aux véhicules CritAir 1 dès juillet prochain : cette mesure et son coût seraient sans doute jugés « verts ». Cependant, cette mesure serait insoutenable pour nombre de franciliens qui n’auraient pas les moyens de changer de véhicule, et de facto de se déplacer. Et donc, cette mesure « verte » serait nocive.

Cet exemple caricatural montre l’importance que l’analyse du budget « vert » intègre les questions sociales aux questions environnementales. Elles ne sont que les deux faces d’une même pièce. « Fin du monde, fin du mois » scande la jeunesse dans la rue ! Nous demandons ainsi que soient pris en compte tant les enjeux sociaux que les enjeux environnementaux dans la construction des indicateurs de la budgétisation verte.

De plus, aux termes des documents annexés à la délibération, un des objectifs de la budgétisation verte, serait « d’identifier les dépenses budgétaires vertes qui pourraient faire l’objet d’un refinancement par un Green bond. » Cet objectif nous pose plusieurs problèmes. Un problème de souveraineté, dans la mesure où ce sont les marchés financiers qui seraient amenés à choisir les investissements à financer ou à ne pas financer. Un problème de cohérence : les obligations vertes restent des titres financiers qui ne fonctionnent que de façon à soumettre leurs émetteurs à la logique de rentabilisation du capital. Logique court-termiste, qui va à rebours de la planification écologique, intrinsèquement de long terme.

Aussi nous demandons par un amendement que la budgétisation verte serve à flécher des investissements qui pourraient être financées par des prêts bancaires à long terme, par exemple refinancés par la Banque centrale européenne.

Le rôle des banques est de fait central pour les enjeux écologiques : un récent rapport d’Oxfam a analysé que les choix d’investissement des banques aggravent la crise climatique en finançant des entreprises aux projets émetteurs de gaz à effet de serre. Nous souhaitons donc que les indicateurs de la future budgétisation verte évaluent l’impact environnemental des banques. Cela permettra à notre collectivité d’éviter de recourir à des institutions non vertueuses en matière environnementale.

Je conclue donc en rappelant que sur ces deux sujets majeurs pour notre futur que sont l’éducation et l’environnement, nous militons naturellement pour une politique de long terme, mettant les moyens à la hauteur des besoins immenses d’avenir.

Je vous remercie.

Publié le

9 décembre 2019

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