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Dévoilement plaque dédiée à Ambroise CROIZAT

Allocution d’Hélène BIDARD, Adjointe à la Maire de Paris lors du dévoilement de la plaque dédiée à Ambroise CROIZAT
Place Ambroise Croizat ( angle rue Paul-Appell et rue Monticelli 14e arrondissement )
Mardi 12 mai 2015 à 10h

Chère Madame Caillaux Croizat et votre famille,
Monsieur le représentant de la présidence de la RATP,
Cher Olivier DARTIGOLLES, remplaçant le secrétaire national du PCF
Cher Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT,
Monsieur Frédéric Sanchez, secrétaire général de la FTM CGT
Cher Nicolas Bonnet, président du groupe communiste à la mairie de Paris,

Chers camarades
Chers amis,
Mesdames, Messieurs,

Je veux vous dire mon plaisir d’être parmi vous, au nom d’Anne Hidalgo, Maire de Paris et de Catherine Vieu-Charier, adjointe à la Maire qui ne pouvaient pas être présentes, pour cette pose d’une plaque mémorielle en l’honneur d’Ambroise Croizat, syndicaliste de la Cgt métallurgie , député communiste parisien, résistant et ministre du travail, surtout en cette année anniversaire des 70 ans de la sécurité sociale.

Au nom de la ville de Paris, je tiens à saluer la tenue d’une telle initiative et remercier vivement celles et ceux qui l’ont organisé : mon cher collègue et camarade Didier Le Reste, conseiller parisien du groupe communiste et Bernard Lamirand président du comité d’honneur d’Ambroise Croizat, ainsi que l’IHS CGT histoire sociale de la Métallurgie, la RATP et la mairie du 14è.

L’histoire d’Ambroise Croizat fait partie de notre héritage commun à toutes et tous.
Et c’est bien à ce titre qu’il est essentiel de la faire connaître : son rôle dans la mise en œuvre du programme du conseil national de la résistance, dans la création de nombreux acquis sociaux de notre pays du Front populaire puis de la Libération : sécurité sociale, généralisation des retraites, congés payés et semaine de 40 heures, des conventions collectives, du régime des prestations familiales, des comités d’entreprises, le statut des délégués du personnel, de la médecine du travail, de la reconnaissance de maladies professionnelles, de la prévention et du traitement des accidents du travail, du statut des électriciens et des gaziers, de celui de la Fonction publique…

Autant de principes qui font écho à une triste actualité avec le détricotage de ces nombreux acquis depuis de nombreuses années par les gouvernements successifs : réduction des maternités, réduction des moyens des hôpitaux, déremboursement des médicaments…
Plus que jamais, il faut défendre le maintien et le développement de ces droits sociaux.

Le fil rouge de l’action d’Ambroise Croizat : changer la vie du peuple.
Il ne s’agissait pas de faire à la place du peuple voire contre lui et "pour son bien" mais toujours à partir de ses besoins, envies et toujours avec lui...
Ainsi Ambroise Croizat affirmait devant une droite rétive le 21 mai 1946 à l’Assemblée nationale : "Seule la gestion par les travailleurs de leur système de sécurité sociale permettra l’accès à tous d’une véritable politique de santé publique ". Et durant deux années, les travailleurs ont été sollicités pour construire le socle de la protection sociale. Ainsi, c’est près de 138 caisses de Sécurité sociale, qui sont créés et gérées par les travailleurs eux-mêmes.

En jetant un regard en arrière, on pourrait être tenté d’avoir une image idéalisée de ces périodes de conquêtes.
Mais rappelons-nous que la période du front populaire fut particulière, et a permis de gagner l’idée que le fruit du travail devait être partagé.
Que dire de la période d’après-guerre, le pays était dévasté et devait être reconstruit. C’est au cœur de ces années les plus sombres que le conseil national de la résistance a élaboré son programme d’espoir pour reconstruire le pays sur de nouvelles bases.

Après sa libération, avec celle d’autres députés communistes, du bagne de Maison-Carrée, à Alger il rejoindra l’Assemblée consultative du Comité français de libération nationale créé par le Général de Gaulle en Algérie libérée. Son état d’esprit était déjà combattif comme le révèle ses mots prononcés à sa libération :
"Redonner à la nation sa grandeur et aux travailleurs la place qu’ils méritent par leur effort et leur sang versé, telle sera notre tâche. Les larmes et la mort n’auront pas été vaines. Elles accoucheront d’une France nouvelle. Celle des nationalisations et de la sécurité sociale. "

C’est sur cette idée de reconstruction d’une France nouvelle que naitra le principe de la sécurité sociale qui est simple mais révolutionnaire : chacun cotise selon ses moyens et a droit aux soins selon ses besoins.

Cela ouvrira la voie aussi, et on l’oublie de le mentionner très souvent, à une volonté d’égalité entre les femmes et les hommes. En effet, pendant l’Occupation de nombreuses femmes ont rejoint les rangs de la Résistance. Un engagement qui conduira l’Assemblée consultative à adopter en mars 1944 le principe du droit de vote des femmes par 51 voix « pour » et 16 voix « contre ».

Le 21 avril 1944 le général de Gaulle ratifie une ordonnance qui prévoit le vote des femmes et leur éligibilité : Les femmes seront alors électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes.

Les Françaises obtiennent enfin le droit de vote et celui d’être élues. Elles voteront pour la première fois le 29 avril 1945 et entreront au Sénat en 1946.

En tant que Ministre du travail, Ambroise Croizat proposera un principe d’égalité salariale entre femmes et hommes. Proposition qui sera rejetée mais les premières bases étaient posée et feront leur chemin…

Mettre fin aux inégalités et parier sur le progrès social pour faire avancer toute la société, quelle belle leçon !
Honorer la mémoire d’Ambroise Croizat, faire connaître son histoire n’est pas déconnecté de la vie du peuple d’aujourd’hui et de la situation actuelle.

En tant qu’élue parisienne, je constate tous les jours le fléau des politiques étatiques d’austérité et de mise à mal des acquis sociaux gagnés il y a 70 ans sur une partie des Parisiennes et Parisiens.
Et notamment sur les familles monoparentales qui à Paris représentent 26% des familles ; et parmi celle-ci 86% sont des femmes seules avec enfants.
Nous assistons à une paupérisation de certaines femmes. Non seulement elles ont de moins en moins le filet de sécurité qui leur garantissait de ne pas tomber dans la pauvreté.

Mais en plus, elles subissent de plein fouet, la précarisation même de leurs conditions de travail et de vie.
Elles sont obligées de combler les vides des services publics de plus en plus privatiser, interrompre plus souvent leur participation au marché du travail pour répondre aux besoins de la famille, accepter des emplois à temps partiel voire les pires conditions de travail qui soient.

En disant cela, je me réfère aux luttes des salariés des ongleries et des salons de coiffure boulevard de Strasbourg dans le 10e et des femmes de chambres des hôtels de luxe : Hyatt, Crillon et compagnies.

Pour les premières, elles ont mis à jour des conditions de travail innommables, victimes d’une mafia qui les exploitaient : pas de contrat de travail, ni de fiches de paie, un salaire de misère versé de la main à la main les meilleurs mois, des conditions d’hygiène et de sécurité déplorables.
Grâce la CGT, avec mon camarade Didier le Reste, avec le soutien du conseil de paris et de toutes les associations mais surtout grâce à leur lutte elles ont réussi à obtenir un titre de séjour. Le combat continue pour qu’elles puissent travailler et faire valoir leurs compétences.

Pour les secondes, les femmes de chambre, elles remettent en cause le système de sous-traitance, de paiement à la tâche qui les maintient dans un rythme effréné pour des chambres qui sont tarifées à quelques milliers d’euros. Elles ont gagné à Hyatt Madeleine 400€ d’augmentation, une victoire qui en appelle d’autres.

Elles ont osé mettre à jour les pratiques véreuses de patrons qui profitent allégrement des populations les plus vulnérables femmes ou hommes d’ailleurs sans-papiers, primo-arrivants…

Je veux en profiter ici pour rappeler saluer le rôle des militantes et militants de parti, de syndicats, d’associations.
Alors que certains n’ont de cesse de vouloir discréditer les syndicats, les associations et les partis politiques voire les combattre, je salue leur action déterminée en France et à Paris en particulier.

Je finirai par les mots d’Ambroise Croizat qui exhortait alors le peuple lutter à propos de la sécurité sociale : « Rien ne pourra se faire sans vous, la sécurité sociale n’est pas qu’une affaire de lois et de décrets. Elle implique une action concrète sur le terrain dans la cité dans l’entreprise. Elle a besoin de vos mains. » Ces paroles sont toujours d’actualité et j’encourage tous les Parisiennes et Parisiens à s’engager pour conquérir de nouveaux droits.

Je remercie la RATP et toutes celles et ceux qui ont contribué à inscrire un peu plus au cœur de Paris la mémoire d’Ambroise Croizat.

Le comité d’honneur a fait là une belle réalisation qui en appelle d’autres.

Je vous remercie.