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Didier Le Reste sur la propreté à Paris

Didier Le Reste est intervenu au nom du groupe communiste-Front de Gauche lors des débats sur le renforcement de la propreté et la stratégie zéro déchet en conseil de Paris.

"Madame la Maire,

Si tous les débats du Conseil de Paris sont habités par l’intérêt général, la propreté fait partie de ces sujets sur lesquels nous sommes particulièrement attendus, écoutés et regardés. C’est une problématique importante dans toutes les municipalités, et une question touchant à la qualité de vie des habitantes et des habitants, comme à la sécurité et la salubrité de la ville.

Mais la spécificité parisienne démultiplie ces enjeux. Paris est à la fois une des zones résidentielles les plus denses de France, et un pôle économique central de notre pays. Son patrimoine culturel en fait une des villes les plus visitées au monde, et son dynamisme en fait un lieu reconnu de convivialité et de création culturelle.
Ce caractère multiple de Paris nous confère une grande responsabilité. Nous devons impérativement assurer à la propreté de Paris les moyens d’être un service public mobilisé et efficace, pouvant s’adapter aux changements d’une ville perpétuellement en mouvement. C’est pourquoi cette question doit être régulièrement mise au cœur du débat parisien, afin d’en faire un bilan serein, et de lui tracer de nouvelles perspectives.

En ce qui concerne le bilan, un examen sérieux de la propreté à Paris montre que ce service public fonctionne, et qu’il fonctionne plutôt bien. Cette efficacité, nous la devons en premier lieu à ces agents de terrain, travaillant jour et nuit à rendre notre ville plus belle.

Les éléments de votre communication, Madame la Maire, sont d’ailleurs éloquents : c’est 2.900 kilomètres de trottoirs et 1.600 kilomètres de voies qui sont nettoyés chaque jour par ces équipes. Il faut saluer leur implication sans faille, qu’ils soient en régie publique comme dans les entreprises privées délégataires.

Et la meilleure façon de préserver cette efficacité, c’est d’aller continuellement vers une amélioration et une sécurisation des conditions d’exercice de ces agents. Cela passe par des moyens supplémentaires pour leur direction, à la mesure des besoins constatés, mais également par un vrai plan de formation des personnels et une amélioration de la reconnaissance de leurs qualifications.

C’est pourquoi nous approuvons et appuyons le renforcement des équipes par l’arrivée de 100 nouveaux agents. Une décision dont le groupe Communiste Front de Gauche est en partie à l’origine, car nous demandions justement le renforcement de ces effectifs dans le budget 2016.

Au regard des enjeux en présence et aux fins d’atteindre nos objectifs, nous considérons toutefois qu’il faudra effectivement amplifier ce plan de recrutements au statut des agents de la propreté. Il faut garder à l’esprit que l’espace public a fortement augmenté depuis deux mandats, et que cette direction souffrait déjà de déficit d’effectifs importants dans les années 2000.

Ce premier renfort s’accompagne d’un investissement solide en faveur de la rénovation des équipements, et d’une organisation des équipes au plus près des territoires. Cette réorganisation permettra, nous l’espérons, de tisser des liens encore plus forts entre les agents et les usagers du service public.
Des moyens supplémentaires, donc, pour un combat qui concerne l’ensemble de ceux qui font vivre Paris. Il concerne les agents, bien entendu, mais également les habitants, les visiteurs, les voyageurs, les travailleurs et les entreprises, pour aller ensemble vers une ville plus belle.

Il faut créer un nouveau pacte pour la propreté de notre espace public. Notre collectivité doit être motrice pour faire émerger un cadre commun de la propreté, nécessitant l’implication et la responsabilisation de tous. Il n’a pas vocation à contraindre les activités sur l’espace public, mais justement à rendre possible leur développement par l’adoption de règles qui permettent leur cohabitation.

Il ne s’agit ici de pointer personne du doigt, car l’incivilité et la dégradation de l’espace public est un phénomène qui touche toutes les catégories de population et toutes les classes sociales. Nous pensons que l’espace public est un des principaux vecteurs de lien dans notre société, et qu’il est à ce titre fortement sous-estimé. L’émergence de ce cadre devient de plus en plus indispensable, alors même que notre ville ouvre davantage d’espaces à la disposition de la population.

C’est pourquoi il faut aller plus vite et plus loin dans la sensibilisation et l’éducation, et la simplicité d’usage des différents équipements de tri des déchets. C’est la direction qui est prise par l’exécutif, et nous la soutenons.
Ce nouveau plan pour la propreté qui est soumis à notre Conseil est le produit d’un travail sérieux. Il pose des bases solides au développement d’un service public qui est, par essence, au plus près des citoyennes et des citoyens, et qui est profondément lié à leur qualité de vie. Notre groupe y souscrit, tout en apportant quelques remarques.
La première, c’est celle de la place de la Régie publique. Si le modèle mixte entre public et privé à Paris fonctionne, nous devons pousser à une plus grande part de régie publique lorsque cela est possible.
Nous pensons, tout d’abord, que la gestion en interne est plus économique que l’externalisation dans de nombreux cas. Elle permet également à notre administration de disposer d’une puissante force de frappe, qui dispose de moyens suffisants pour adopter rapidement, et sur un périmètre très large, des innovations techniques ou organisationnelles. Alors que nous sommes pleinement ancrés dans la transition écologique, disposer de moyens pour innover et adopter de nouvelles pratiques est une richesse qu’il ne faut pas négliger.

Mais la régie permet surtout de garantir aux agents des meilleures conditions de travail, et une meilleure sécurité professionnelle de par leurs statuts. C’est pourquoi nous examinerons systématiquement, au cas par cas et à la fin de chaque marché, le retour en régie de compétences externalisées et déléguées à des entreprises du privé. Nous regrettons, d’ailleurs, que cette question ne soit pas développée dans votre communication.

Enfin, notre dernière remarque sur votre communication portera sur l’économie circulaire. L’engagement ambitieux de la ville en faveur du recyclage répond à une réelle nécessité, et nous sommes satisfaits que cette question soit prise à bras le corps par l’exécutif.
La question du réemploi de nos déchets, de leur insertion dans un nouveau cycle d’utilisation devient primordiale. Nous apprécions les pistes que vous dessinez, notamment par l’utilisation des biodéchets pour le monde agricole.
La mise en place de l’économie circulaire n’est pas seulement une nécessité dans le monde d’aujourd’hui, elle est également un vecteur puissant de création de nouveaux emplois. La gestion des déchets, le recyclage, la récupération et la réparation présentent un important potentiel de développement. Du point de vue environnemental, économique et social, elle est porteuse de progrès à travers les créations d’emplois qu’ils sont susceptibles de générer.

Et nous disposons de véritables atouts pour mettre en place cette nouvelle économie. L’utilisation des voies navigables, ou ferroviaires comme la petite ceinture, aux fins de transporter les déchets dans les usines de traitement permettrait de limiter les va et vient des camions, et par extension les embouteillages et la pollution.
C’est pourquoi nous devons aller plus vite dans la création d’un système performant de recyclage des déchets, et que nous devons l’inscrire dans une stratégie qui touche tous les niveaux institutionnels. Au niveau parisien, métropolitain, Régional comme national, un plan de réutilisation des déchets doit émerger pour inscrire notre modèle de société sur des bases plus saines.

L’économie circulaire est un des moyens d’entamer à notre échelle la transition écologique. Et nous le répétons, cette transition relève d’un intérêt général majeur. Elle ne doit pas être polluée par les questions de marges financières et de rentabilité à court terme. La question de la mutation écologique doit être portée principalement par la puissance publique, afin que ce progrès environnemental, économique et social soit partagé par tous.
C’est pourquoi nous avons besoin de moyens supplémentaires, à tous les niveaux institutionnels, pour mettre en place cette transition, et garantir à tous le progrès humain. Et c’est dans ce sens que nous demandons régulièrement, dans ce Conseil, des recettes supplémentaires pour nous mettre en capacité de répondre à ces enjeux primordiaux.

Nous devons sortir au plus vite de cette logique comptable de réduction des dépenses publiques, ce dogme de l’austérité qui est en décalage total avec les défis que nous aurons à relever. Le plan que vous nous proposez, Madame la Maire, va vers une implication plus fine du service public dans les questions environnementales. Il faut maintenant que les autres échelons institutionnels, et particulièrement l’Etat, nous suivent, afin de permettre à tous de profiter pleinement de l’espace public et d’un environnement plus sain.

Je vous remercie."

Publié le

19 février 2016

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