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Discours lors de la cérémonie des vœux du 13...

Discours lors de la cérémonie des vœux du 13 janvier 2015

Mesdames et messieurs les élu-es,
Mesdames et messieurs les responsables syndicaux et associatifs,
Mesdames et messieurs,
Chers ami-es et camarades,

Les vœux de notre groupe prennent en ces jours une tonalité bien différente que celle que nous avions prévue.

Le drame qui a marqué le Monde, l’Europe, la France a bien entendu fortement touché les parisiennes et les parisiens.

Car c’est ici dans notre ville que vivaient et travaillaient les journalistes et le personnel de Charlie, c’est dans notre ville que le supermarché casher est installé. C’est dans notre ville que les policiers sont morts en faisant leur devoir.
Pour la première fois, depuis longtemps, c’est dans notre ville que des fanatiques ont fait régner la terreur.

Ils ont voulu frapper la presse, la communauté juive et des policiers. Leurs actes étaient délibérés, nous avons répondu par l’unité et la solidarité envers les familles et les collègues de Charlie et auprès de la communauté juive de Paris et de la préfecture de Police.
Mais permettez-moi d’évoquer quelques souvenirs qui nous sont communs.
Nous avons toutes et tous dans notre inconscient un souvenir, un dessin de nos amis pour certains Cabu sera à jamais l’inventeur du Beauf, pour d’autres ce sera l’un des personnages de RécréA2, Wolinski nous a tant chatouillé quand il faisait la Une de l’Huma ou l’illustration des gobelets de la fête de l’Huma.

Pierre Laurent, l’a rappelé hier, nous communistes, avions une relation privilégiée avec les dessinateurs de Charlie Hebdo, ils ont fait partie de notre Quotidien, au sens propre comme au sens figuré, leurs dessins ont illustré nos idées et surtout celles que nous n’aurions pas eues, dans l’Humanité comme dans l’Humanité Dimanche. Leurs dessins étaient parfois plus efficaces que nos textes. Combien de fois Tignous, Charb et tant d’autres ont croqué les milliardaires du CAC 40 offrant leurs dessins aux salariés en lutte.

Et nous pouvons être fiers, une nouvelle fois, de la réaction du peuple de Paris qui a su manifester ces jours derniers dans le calme, le recueillement et la dignité. Et ce, dès le premier soir, place de la République, les élu-es et militantes et militants communistes étaient là, faisant corps avec le peuple de Paris, touché dans sa chair mais aussi dans son âme et dans sa conscience. Ce sont ces valeurs cardinales qui nous ont guidées lorsque nous avons soutenu l’idée de la Maire de faire de Charlie Hebdo citoyen d’honneur de notre ville.

Le message que les manifestants de Paris ont voulu envoyer au monde c’est celui d’un peuple toujours prompt à se mobiliser quand les libertés fondamentales sont en danger. Nous y avons toute notre place, car la lutte pour la liberté de penser et d’écrire, la lutte contre l’antisémitisme et contre toute forme de racisme ou de discrimination sont consubstantielles de notre engagement communiste.

Ce fut le cas tout au long de notre histoire, ce fut encore le cas ces derniers jours. Celles et ceux qui pensaient que ces rassemblements seraient emprunts d’esprit de vengeance et de haine se sont trompés.
C’est la paix, la justice, les droits à l’expression et à la critique, c’est la laïcité qui ont guidé nos pas et inspiré nos mots.

La laïcité ce bien commun que beaucoup de par le monde nous envient. Nous fêterons cette année les 110 ans de la loi de la séparation de l’église et de l’état, cette commémoration prendra un sens particulier après le drame que nous venons de traverser. La laïcité ce n’est pas la lutte du bien contre le mal. C’est la garantie du bien vivre ensemble. C’est la reconnaissance à chacune et à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire, de pratiquer ou de ne pas pratiquer, sans imposer à l’autre sa vision du monde ou de la société.

Les plus grandes autorités religieuses, tous cultes confondus, se sont exprimées dans ce sens. Ils dénoncent cet acte barbare contre la liberté de conscience et la démocratie. Car, que l’on ne s’y trompe pas, cet acte criminel cible aussi les croyants de toutes confessions.

Quel que soit le rapport que chacune ou chacun a avec la religion, nous sommes en droit partout d’en critiquer les dérives et surtout par l’humour et la caricature. Charlie ne s’attaquait pas aux croyants mais bien à celles et à ceux qui pensent que les lois divines président aux lois humaines et qui souhaitent imposer leur lecture de la religion à toutes et tous.

Ces derniers jours j’ai relu des passages du livre de Naomi Klein : « la stratégie du choc : la montée du capitalisme du désastre » je souhaitais vous en lire un passage.
Un traumatisme collectif, un coup d’état, une catastrophe naturelle, une attaque terroriste, plonge tout un chacun dans un état de choc. C’est ainsi qu’après le choc, tel un prisonnier dans un interrogatoire, nous redevenons des enfants désormais plus enclins à suivre les leaders qui prétendent nous protéger.

Milton Friedman, le prix Nobel d’économie de 1976 aux théories ultra libérales, comprit très tôt ce phénomène et conseilla aux hommes politiques proches de ses idées d’imposer immédiatement, après une crise, des réformes économiques douloureuses et impopulaires (privatisations effrénées de l’école à la santé), avant que les gens n’aient le temps de se ressaisir. Il qualifiait cette méthode de traitement de choc, c’est-à-dire préparer le terrain à l’introduction de « réformes » radicales axées sur la libéralisation des marchés.

Face à la barbarie et à l’obscurantisme, nous avons le devoir de convoquer l’esprit des Lumières. Nous avons l’obligation d’allumer les étoiles, celles qui nous viennent de la Révolution Française, de la Commune, du front populaire, de la résistance et de la libération, sans oublier cet esprit frondeur de 1968, que certains, qui disent pleurer Charlie depuis une semaine, voulaient bel et bien faire taire.
Celles et ceux qui voudraient faire dire autre chose à cet immense rassemblement de solidarité de dimanche dernier, le trahiraient.

Le rassemblement de dimanche ne demande pas l’unanimité encore moins l’unanimisme, mais au contraire, il exige que notre démocratie se renforce et que le nécessaire dialogue civil et apaisé remplace le bruit des armes. Cela seule la République peut le permettre. Alors changeons la et portons haut et fort l’exigence d’une démocratie rénovée et renforcée.

Déjà, suite aux évènements, certains n’ont qu’à la bouche les mots de sécurité.
Si bien entendu, les mesures de sécurité peuvent et doivent être prévues à proximité de lieux symboliques, nous ne devons en aucun cas aller vers un « patriot act » à la française, car une démocratie doit répondre par le dialogue et pas par des mesures d’exception ou potentiellement liberticides.

Nous devons en tant qu’élus parisiens prendre notre part dans cette lutte contre le fanatisme. Il ne s’agit en aucun cas d’un combat de civilisation. Il n’y a pas non plus de culpabilité collective dans un état démocratique. Aucune communauté n’est épargnée par l’extrémisme, sachons ne pas céder aux sirènes de celles et ceux qui voient déjà dans Paris une 5 ème colonne…
Et je le dis plus clairement, si certains veulent exiger de nos compatriotes de confession musulmane une expiation collective, elle n’a pas lieu d’être. Ce ne sont pas quelques fanatiques qui la représentent.

Dès aujourd’hui le gouvernement profitant de l’émotion entonne le clairon de l’union nationale autour de la continuation des opérations militaires en Irak, dès ce matin il fait appel à la droite pour soutenir la loi Macron. Cette loi qui, si elle était adoptée, changerait la vie de centaines de milliers de parisiennes et de parisiens au seul bénéfice des touristes des hôtels de luxe.

La juste émotion ne doit pas servir à certains pour faire passer des lois qui aggravent la situation économique et sociale de nos compatriotes. Et au contraire nous faisons confiance à notre peuple pour qu’il prenne conscience que c’est bien une société solidaire qui place l’humain d’abord qui est la solution aux crises et aux maux qu’elles engendrent.

Oserai-je dire comme le disait Charb lui-même : « Le communisme c’est la solution à la crise. »

Je le disais il y a un temps, pour la peine d’avoir perdu des amis dans ce crime prémédité, il y a un temps pour l’analyse des causes et pour les propositions de solutions, il y a aussi un temps pour l’action et vous savez pouvoir compter sur vos élus communistes et du front de gauche pour être à vos côtés face à un patronat et à un gouvernement qui frappe fort avec ses politiques d’austérité.

Déjà, localement, par la création effective cette année du Conseil Économique Social et Environnemental de Paris, par la mise en place de l’observatoire des violences faites aux femmes et par l’amplification de la participation de nos concitoyennes et concitoyens au budget participatif, dont la première réunion se tient ce soir à quelques mètres d’ici ; nous élargissions la place et le rôle que nous voulons voir jouer aux citoyens dans la définition des politiques publiques municipales.

Nous sommes de ceux qui pensons que sans votre intervention, il ne peut y avoir de démocratie solide et revivifiée. Nous construirons avec vous actrices et acteurs syndicaux, associatifs et citoyens les solutions de demain.

En 2014, nous avons comme élu-es parisiens mis en pratique la mission que vous nous aviez confié. Elle était claire, que les engagements pris par la Maire et par nous, au moment des élections, soient tenus. C’est chose faite. C’est notre apport, nos exigences s’appuyant sur les messages que les parisiennes et les parisiens nous avaient signifié au moment des municipales qui ont aidé la majorité à pencher vers un plan d’investissements qui favorise l’emploi, le logement et le développement du service public en particulier dans les quartiers populaires.

Nous continuerons cette année à porter le nécessaire combat d’une meilleure répartition des richesses par l’impôt. Les assises de la fiscalité locale que nous avons initiées et qui est désormais un engagement de toute la majorité doit permettre d’avancer vers une fiscalité plus juste et plus efficace.

Nous aurons aussi à nous investir dans les états généraux de la santé qui doivent permettre aux parisiennes et aux parisiens de s’exprimer sur quelle médecine ils ont besoin, quel maillage en médecine de ville comme en médecine hospitalière. Nous serons vigilants face à ceux qui veulent continuer de démanteler l’AP-HP.
Parmi les rendez-vous que nous aurons à préparer tout au long de l’année il y a bien sûr en décembre la réunion de la COP 21 qui devrait être un moment essentiel de démocratie et d’éducation à l’environnement. Les mesures parisiennes doivent s’inscrire dans un moyen et long terme et le nécessaire rapprochement entre les lieux de travail et d’habitation et une organisation rationnelle des transports et de la logistique dans notre ville sont les seuls moyens de réduire la pollution de manière durable. Nous porterons des propositions originales en particulier sur la nécessaire réindustrialisation de notre capitale. Il en sera de même sur la question de l’eau, nous porterons des mesures qui engageront la ville à réduire le coût de la facture d’eau pour les parisiens.

Mais c’est bien entendu sur l’enfance la jeunesse, son éducation, la prévention des risques qu’elles encourent qui nous mobilisera. Nous avons déjà obtenu que le budget 2015 ne sacrifie pas ces politiques d’accompagnement éducatif.

Mais je pense aussi au rôle indispensable de la culture, de ses actrices et acteurs. Notre choix d’offrir à un illustrateur la page centrale de notre nouveau journal va dans ce sens. Car lorsqu’il y a perte de sens et hésitations sur nos valeurs qui mieux que les artistes les créateurs pour nous éclairer dans ce monde ? L’équipe d’auteurs de BD et les illustrateurs que nous avons choisi d’aider à s’implanter à Paris ont été chassés pour délit d’opinion de la commune de Saint Ouen récemment passée à Droite.
On ne peut gémir sur l’errance éducative et l’acculturation d’une partie de notre jeunesse si, dans le même temps, on ne donne pas les moyens, à l’école, à la prévention spécialisée et à l’indispensable tissus associatif, à l’art, de se développer.
Car si notre solidarité doit légitimement s’exprimer en faveur des plus démunis comme le prévoit le plan de lutte contre la grande exclusion et pour un meilleur accueil des Mineurs Isolés Étrangers, nous devons tout faire pour que ce soit l’ensemble de Paris qui soit concerné par cette nécessaire solidarité.

Nous étions aux côtés des postiers, des salariés de la santé, des lycéens solidaires, des femmes exploitées par des réseaux mafieux, des employées des hôtels de luxe, des parents d’élèves et des enseignants des zones d’éducation prioritaire et cela tout 2014. Nous ne relâcherons pas notre mobilisation en 2015 pour plus de droits et moins d’injustice.

Voilà pourquoi nous participerons aux rassemblements pour commémorer la loi Veil de 1975, car les droits des femmes sont non seulement à défendre mais de nouveaux droits sont à conquérir.

Je voulais vous dire que le groupe des 41 élus communistes et du front de gauche dans les arrondissements, les 13 élus du Conseil de Paris et les 4 adjointes et adjoints font un travail formidable. Avec les moyens qui sont les nôtres, nous pesons fortement sur les choix de la Municipalité et je le dis je suis heureux de cette responsabilité de présider ce groupe. Car s’y côtoient des femmes et des hommes engagés, au parcours politique, syndical, associatif et professionnel divers mais qui ont à cœur de mettre l’intérêt général dans toutes leurs interventions et dans chacune de leurs actions.

Alors merci à vous Hélène, Catherine, Ian et Jacques, à vous Raphaelle, Danièle, Emmanuelle, Fanny, Hervé, Didier, Sergio et Jean Noel et toutes et tous les autres.
Qu’un médaillé de l’académie des sciences côtoie un syndicaliste cheminot, que des enseignants, des ouvriers et des employés retraités ou en activité s’y retrouvent, telle est la richesse du groupe communiste front de gauche.

Le 25 janvier, Catherine et moi nous ferons le voyage à Auschwitz pour le 70 ème anniversaire de la libération des camps par l’armée soviétique.
Nous accompagnerons des élèves d’île de France et nous savons combien en ces temps troublés il est important que nous connaissions notre histoire.
Cette année sera une année particulièrement propice pour évoquer des dates importantes qui ont marqué notre pays et le monde. Le 100 ème anniversaire du génocide arménien, les 70 ans de la capitulation Nazie, leur évocation nous permettra de redonner un sens à nos combats d’aujourd’hui pétris de la mémoire des luttes et des victoires d’hier. La ville a d’ailleurs chois sous l’impulsion de Catherine de symboliser le prochain anniversaire de la libération de Paris le 25 août, par les mots « Construire le monde d’après ».

Qu’en 2015 ce soit bien le message du Conseil national de la Résistance celui des « Jours heureux » comme l’a porté toute sa vie, le dernier témoin vivant du CNR, Robert Chambeiron qui vient de s’éteindre. C’est à nous désormais de continuer à porter ce flambeau.

Que 2015 soit une année de luttes, de victoires mais aussi de joie et de rire. Car si nous abandonnions cette spécificité humaine nos amis et camardes de Charlie ne nous le pardonneraient pas. Et ils auraient raison.

Et si vous me permettez, pour conclure, j’emprunterai cette citation au grand pédagogue mais aussi communiste et parisien qu’était Georges Snyders et qui témoigne ainsi de sa déportation :
« Après Auschwitz, mon problème a été de reconstruire une joie –qui ne pouvait être qu’une joie nouvelle- et aider les autres à y parvenir. » *
Il poursuit dans un opuscule intitulé « Il y a trois hommes en moi » publié en 2011.
« C’est d’avoir connu la faim, le froid, l’injustice, qui m’a obligé de comprendre qu’il n’y a pas de démocratie, de vie heureuse et « bien tempérée », aussi longtemps qu’il y a des exploiteurs et des exploites, des profiteurs et des opprimés »

Georges Snyders se définissait aussi comme musicien amateur éclairé et c’est sous les notes de Jean Ferrat d’abord puis de Mozart que je vous invite à rejoindre les buffets.

Publié le

15 janvier 2015

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