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Égal accès à la presse quotidienne dans les bibliothèques de la ville

L’égal accès à la presse quotidienne dans les bibliothèques de prêt doit être garantit.
Le pluralisme de la presse écrite participe à la vie du débat démocratique. Nous avons demandé que la ville s’attache à défendre le pluralisme de la presse dans l’offre qu’elle met à disposition des usagers. Il est important que nous donnions à voir aux usagers des bibliothèques un large panel de titres. Notre voeu a été adopté.

Retrouvez l’intervention de Raphaëlle Primet

Madame la maire, mes chers collègues,

J’interviens sur un sujet sur lequel j’aurais l’occasion de revenir un peu plus tard dans ce conseil lorsque je présenterai le vœu qui était initialement rattaché. Ce sujet, c’est celui de la défense et de la promotion de la pluralité de la presse.

Ce marché qu’il nous est proposé d’approuver par cette délibération, concerne l’achat de titre de presse pour l’ensemble des services de la Ville, des établissements de Paris Musées et de l’ensemble des bibliothèques municipales. Il nous parait important à ce stade de rappeler des principes liées à la liberté et au pluralisme de la presse qui sont, me semble-t-il, bien mis à mal à l’époque actuelle.

Nous connaissons d’abord la volonté de l’Union Européenne de restreindre la liberté d’informer des journalistes. Un projet de directive permettrait en effet aux multinationales de bloquer la divulgation d’information dès lors qu’elles estimeront que ces informations violent le « secret des affaires ». Rappelons-nous que bon nombre d’incident industriels que nous avons connu par le passé ont été révélé grâce au travail de journalistes. Si cette directive vient à s’appliquer, ce sera une attaque sans précédent sur la liberté de la presse. J’invite d’ailleurs les conseillers de Paris et les spectateurs qui suivent nos échanges sur internet à signer la pétition en ligne pour protéger le secret des sources qui est porté par la journaliste Elise Lucet, soutenue par de nombreux journalistes d’investigation.

Le pluralisme et la liberté d’informer sont également mis à mal par l’emprise exercé par les grands groupes industriels sur le financement de la presse. 90% des titres français sont détenus par ces grands groupes. A ce contrôle direct s’ajoute celui des annonceurs qui sont en mesure de faire pression sur les titres de manière extrêmement poussée.

Le système public de financement de la presse nourrit également de grandes inégalités. Certains titres de la presse quotidienne d’opinion à faibles recettes publicitaires, comme l’Humanité ou la Croix, sont bien aidés et c’est normal. Mais des journaux comme le Monde ou le Figaro, détenus par de grandes fortunes, sont tout autant aidés : ce n’est pas logique.

Je pense aussi à la situation d’autres titres, hebdomadaires ou mensuels, qui sont ô combien nécessaire au bon fonctionnement démocratique mais qui ne sont que très peu soutenu par les aides publiques. Par exemple, le Monde Diplomatique touche 5 fois moins d’aides que Closer, ce titre de la presse people surchargé de publicité : c’est incohérent.

En février 2015, le Sénat adoptait un amendement du sénateur communiste Pierre Laurent pour exonérer d’impôt les dons de particuliers effectués au bénéfice d’actions concrètes pour le pluralisme de la presse d’information politique et générale.
Nous pensons que la Ville doit s’engager sur cette même voie, celle de la promotion du pluralisme de la presse. Pour se faire, nous demandons que le marché pour l’achat et la gestion des abonnements réponde à cette volonté politique.

Il nous a semblé que la commande de la Ville restait trop évasive et ne se fixait pas d’objectif politique alors même que nous serons tous d’accord pour dire que la presse est un objet politique de premier plan. Ce marché reste muet sur la nécessité de mettre à disposition des agents et des usagers un large panel de titres qui représentent, pour chacun d’entre eux, la diversité des opinions et des analyses.

Nous pensons pourtant qu’il est nécessaire que la Ville défende et encourage cette pluralité notamment dans les bibliothèques municipales.

Vous le savez, les bibliothèques mettent à disposition de leurs usagers un ensemble de titres de presse, qu’il s’agisse de la presse quotidienne, de magazines ou de revues aux rythmes de parution divers et variés. Et il est important que nous donnions à voir aux usagers des bibliothèques un large panel de titres qui représentent la diversité des opinions et des analyses qui traversent la société.

Nous en convenons, il faut poursuivre cet objectif politique tout en laissant des marges de manœuvres aux bibliothèques, afin qu’elles puissent elles même adapter leur offre en fonction des demandes de leurs usagers. Il est de notre rôle de permettre ce travail au plus près des besoins des usagers tout en fixant un cadre politique qui soit à la hauteur de nos ambitions.

Je vous remercie.

Publié le

19 février 2016

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