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Engageons un Grand Paris du vélo

Jean Noël Aqua rappelle l’urgence à investir à Paris et à l’échelle de la Région, pour développer les déplacements cyclables. C’est un des meilleurs moyens de réduire le trafic automobile, et une priorité absolue de santé publique.

Retrouvez son intervention

Madame la Maire

L’INSEE vient de dévoiler il y a deux semaines à peine la part du vélo dans les déplacements domicile-travail en 2015. Malheureusement force est de constater que notre région est très très en retard. Seulement 4,2% des déplacements sont réalisés en vélo à Paris. De 1,4 à 2,3% dans les départements de petite couronne. Et les chiffres sont catastrophiques en grande couronne, puisque trois des quatre départements font partie des 10 départements de métropole où le vélo est le moins utilisé. Globalement à peine plus de 2% des déplacements quotidiens sont faits à vélo dans notre région.

Notre région, et même notre ville sont très en retard sur des agglomérations comme celles de Strasbourg, Grenoble et Bordeaux où la part des déplacements à vélo dépasse allègrement 10%, pour atteindre 16% à Strasbourg.

Il y a urgence à investir pour un Paris et une région cyclable. C’est le meilleur moyen de faire reculer le trafic automobile. Il s’agit d’une priorité absolue en matière de qualité de vie, et surtout de santé publique à tous points de vue.

La ville de Paris est engagée de façon volontariste pour le développement du vélo, comme d’autres collectivités comme le Conseil Général du Val-de-Marne. Mais soyons conscients que les investissements pour le vélo n’ont globalement jamais été aussi bas dans notre région. Les baisses de dotations de l’Etat ont fait chuter massivement les investissements de voirie en Ile-de-France de 30% en 3 ans entre 2012 et 2015, ce qui a un impact direct sur les investissements en faveur du vélo.

De plus, alors que dans des précédents contrats de plan Etat-Région, des dispositifs comme les contrats d’axe mobilien permettaient de financer des aménagements cyclables, ils ont été supprimés et pas remplacés. L’Etat ne finance donc plus du tout les aménagements cyclables contrairement à ce qu’il faisait auparavant.

Ce contexte est dramatique et paradoxal. La priorité est donnée dans le débat public par de plus en plus d’acteurs au vélo, mais concrètement on investit dans notre région de moins en moins.

Dans un tel contexte, les objectifs définis par le Plan de Déplacements Urbains d’Ile-de-France, soit la constitution d’un réseau cyclable structurant de 4 400 kilomètres / et la résorption des 100 principales coupures urbaines d’Ile-de-France à l’horizon 2020 n’a absolument aucune chance d’être atteint.
A ce rythme-là, nous devrons même attendre 2050, 2060 ou même plus tard pour atteindre cet objectif qui devrait être de court terme.

C’est d’autant plus dommage qu’en réalisant ce réseau, qui représente un investissement global de 2 milliards d’euros, un « Grand paris du vélo », 10 fois moins cher que le Grand paris express, on pourrait multiplier par plus que 5 la part modale du vélo en Ile-de-France, passer de 2 à 10% des déplacements, et faire reculer massivement l’automobile.

Paris doit être volontariste, très volontariste, et il est essentiel que nous engagions au plus vite un plan vélo ambitieux, sur de grands axes comme la rue de Rivoli.

Mais le seul volontarisme de quelques collectivités comme la nôtre ne suffira pas. Il faut développer l’usage du vélo à l’échelle régionale. Et pour nombre de collectivités en très grande difficultés financières, c’est très compliqué, d’autant plus qu’elles doivent requalifier entièrement des axes construits uniquement par et pour l’automobile.

Il faut des ressources spécifiques pour les aménagements cyclables. Nous proposons pour cela une proposition concrète. Nous avions obtenu en 2015 suite au vote d’un amendement au CA du STIF la création d’une Taxe Sur le stationnement (TSS) qui met à contribution des équipements particulièrement générateurs de trafic automobile, soit les parkings des grandes entreprises tertiaires et des hypermarchés et centres commerciaux. Le gouvernement avait alors accepté la création de cette taxe qui rapporte annuellement 60 millions d’euros par an, et de financer les investissements de transports publics en Ile-de-France.

Nous proposons d’au moins doubler le montant de cette taxe, pour affecter au moins 60 millions d’euros par an au financement des aménagements cyclables en Ile-de-France via l’Agence de Financement des Infrastructures de transports de France.
Cela permettrait de plus que doubler les montants investis pour le vélo annuellement dans notre région, et même de les tripler en utilisant l’effet levier que constituerait un emprunt assis sur cette recette, selon la même méthode utilisée par la Société du Grand Paris pour le Grand Paris Express.

Il y a urgence, plus qu’urgence à engager ce Grand Paris du Vélo. Il nous faut maintenant porter des propositions concrètes dans le débat public, nous sommes beaucoup trop en retard.

Je vous remercie.

Publié le

31 janvier 2017

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