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Espace d’affichage sur l’échafaudage de restauration de l’église Saint-Eustache

Intervention de Raphaëlle Primet

Madame la Maire,

Épineuse question que celle de ces bâches publicitaires. La Mairie de Paris, et notre majorité, se sont engagées sur un programme ambitieux d’investissement comme l’a montré le débat sur le plan local d’urbanisme. Ces investissements dans le domaine du logement comme des équipements publics et des espaces verts répondent tous à des besoins évidents des parisiennes et des parisiens.

Mais dans ce plan d’investissement il y a aussi un programme de rénovation des églises de Paris, qui va nécessiter la mobilisation de quelques 80 millions d’euros de la ville, 11 millions d’euros de l’Etat ainsi que les contributions de fondations, de mécènes et Parisiens amoureux de ce patrimoine exceptionnel.

Nous ne rénovons pas ces églises parce qu’elles sont des établissements cultuels, mais bien parce qu’elles font partie de notre patrimoine commun. C’est une obligation légale depuis 1905 et nous devons l’ assumer. Ces monuments sont les témoins de l’histoire de notre pays et de l’histoire de l’architecture. Ce sont des repères emblématiques au sein des quartiers que bien souvent, ils ont contribué à faire naître.Ce patrimoine unique participe au rayonnement international de notre ville et de notre pays.

Ce plan nécessite des moyens financiers très importants dans notre ville, et si nous voulons qu’il soit pleinement réalisé celui-ci nécessitera de nouvelles ressources.

C’est l’enjeu central de ces délibérations pour les bâches publicitaires. Pour dégager des nouvelles ressources, l’exécutif nous propose de transformer ces chantiers de rénovation d’église, en affiches publicitaires. Cela dégagera une rente pour la ville, qui permettra de financer d’autres investissements, et de limiter le coût de ces rénovations.

Des moyens supplémentaires pour Paris et pour le service public, donc mais à quel prix ? Si nous rénovons ces églises au titre du patrimoine, et qu’elles sont la propriété de notre collectivité, c’est que ces monuments sont des espaces publics. Et que les transformer, même temporairement, en espaces publicitaires, c’est également les privatiser.

Nous avions souligné l’importance de lutter contre toute privatisation, toute tentative d’appropriation privée de l’espace public, et la création de nouvelles règles communes.

Dans le cadre budgétaire contraint du fait des baisses de dotations de l’état aux collectivités , le fait de rechercher des solutions pour maintenir une ambition d’investissement élevée est louable. Nous avons cependant adopté il y a peu, au conseil de Paris, des règles au sujet de ces bâches et nous tenons à ce qu’elles soit respectées , que ce soit au niveau de la taille qu’au niveau du contenu de la publicité . L’argent ne peut pas tout acheter et personne ne peut ni ne doit s’exonérer ni du cadre commun ni des règles qui s’appliquent à toutes et à tous quelque soit le montant que l’on pose sur la table.

Parce que nous devons respecter nos engagements vis-à-vis des parisiennes et des parisiennes, parce que nous ne pouvons pas nous permettre de faire des choix entre un projet d’équipement et un autre, faute de moyens, nous acceptons cette délibération. L’austérité, la réduction des dotations, nous oblige à trouver des solutions qui entrent en contradiction avec ce que l’exécutif porte par ailleurs.
D’ailleurs, si nous nous battons pour de nouvelles ressources pour la ville qui obligent les plus riches à contribuer ,c’est aussi pour s’exempter de la multiplication de tout ces espaces publicitaires dans la ville et de toutes les démarches de « naming » des équipements publics qui défigurent notre ville.

Nous voulons garantir à notre collectivité des fonds publics issus de la contribution de l’impôt, et nous laisser la possibilité d’investir pour l’intérêt général sans être obligé d’ équilibrer toutes nos actions par des campagnes promotionnelles pour de grandes entreprises. Nous préférions qu’elles contribuent plus aux recettes publiques par l’impôt, plutôt que de quémander leurs financements par le biais de partenariats qu’elles peuvent refuser librement et sur lesquels au final nous n’avons pas vraiment la main

C’est un vote pour donc,puisqu’on nous garanti que ces bâches sont réglementaires, mais avec de fortes réserves, loin d’ un blanc sein, et la possibilité d’adopter une autre position lorsque des délibérations de ce type se représenteront notamment si le règlement n’était pas respecté.

Je vous remercie

Publié le

4 juillet 2016

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