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FEMMES VICTIMES DE VIOLENCES : HEBERGEMENT ET ACCES AU LOGEMENT 1ÈRE DÉLIBÉRATION DU GROUPE PCF/FDG PORTÉ AU PROCHAIN CONSEIL DE PARIS

Discours conférence de presse du 2 février 2015

« Les années ont passé et un jour, il a levé la main sur moi et là, j’ai mis le mot violence conjugale sur ce qui se passait, là vous vous dites ’stop’. J’ai pris la décision de le quitter. Quand j’ai trouvé un appartement, je me suis enfuie avec notre fils. L’autre jour, j’ai entendu mon fils chanter, je ne l’avais jamais entendu chanter pendant treize ans. Rien que pour ça j’ai bien fait. »
Chantal, 58 ans (tiré du Monde.fr)

De 2008 à 2014, j’ai été adjoint à la maire du 12eme arrondissement en charge de l´égalité femme-homme. Pendant mes permanences, j’ai souvent reçu des femmes victimes de violences, rendez-vous après rendez-vous, entretien après entretien, leurs histoires m’ont souvent touché et je me suis senti souvent impuissant.
La violence de genre est l’une des attaques les plus flagrantes aux droits fondamentaux que sont la vie, la liberté, l’égalité, la sûreté et la non-discrimination. En France, la violence de genre tue tous les 2 jours et demi. À Paris, 10 femmes ont été assassinées par leur conjoint entre 2010 et 2013.
Que soit une question d’urgence, d’insertion mais aussi de logement, le parcours des femmes est un véritable parcours du combattant.
De fait, la femme, souvent avec ses enfants, est condamnée à une errance programmée, prévisible : d’abord en hôtel ou en Centre Hébergement Urgence, après en CHRS, s’il y a la place.
Le groupe Communiste-Front de gauche s’est interrogé :
Comment transformer la chance d’avoir une place en une certitude d’avoir une réponse ?
Comment aider à la détection des situations de violences faites aux femmes, le plus tôt possible, et de traiter en amont la question de la solution et donc du « lieu de vie » ?
Comment mettre fin à ces situations de violence et d’emprise du conjoint ou du compagnon et procurer à la victime, avec ou sans enfants, un lieu de vie adapté et propice à sa reconstruction psychique et physique ?
En Ile de France, comme au niveau national, les élus communistes se sont toujours mobilisés aux côtés des associations féministes. Il y a plus de 10 ans que la Seine- Saint-Denis a créé l’Observatoire des violences envers les femmes par le Conseil Général 93. Il était naturel et évident que notre première délibération soit sur ce sujet : femmes victimes de violence hébergement et accès au logement.
Nous sommes partis du constat du nombre insuffisant de places en centre d’hébergement, avec la ferme volonté d’aller plus loin, de nous mettre à la place d’une femme victime de violences mais aussi prendre en compte la pratique quotidienne des associations et des services sociaux municipaux qui travaillent tous le jours avec ces femmes.
À partir de l’observation, naissent des dispositifs, qui permettent ensuite de modifier les pratiques professionnelles et de dégager des pistes d’actions utiles à la construction d’une politique publique efficace.
Grâce à un travail de terrain, une enquête pilote auprès des centres d’hébergement et les associations qui font un accueil spécifique pour les femmes victimes de violences nous avons pu quantifier et faire une photographie des dispositifs existant aujourd’hui à Paris.
Avec seulement 37 places en urgence dédiées aux femmes victimes de violences, seulement 88 places en insertion pour les femmes (et 36 places pour les enfants) et aucune place n’existant à ce jour pour l’accueil spécifique des femmes handicapées. Paris est en retard.
Toutes les associations spécialisées dans l’accueil de femmes victimes de violence ont dû faire face à des situations de refus d’accueil faute de places.
La conséquence de ces refus est que les femmes sont envoyées vers les structures d’urgences ouvertes à toutes et tous, voire mixtes ne disposant souvent pas d’accueil spécialisé.
Il faut rappeler que les femmes victimes de violences, notamment conjugales, ne sont pas des femmes à la rue mais des femmes victimes et en danger chez elle, au sein de leur foyer : elles ont des besoins spécifiques.
Il est primordial d’agir de manière à ne pas stigmatiser ces femmes ou à renforcer une problématique qu’elles n’ont pas créée par elle-même.
Enfin, quand les femmes ont développé un projet de vie intégrant la rupture définitive avec l’auteur des violences et une prise d’autonomie qui les rendent prêtes à rentrer dans le dispositif de logements de droit commun, là le parcours devient encore plus difficile, presque utopique.
Coincées entre les sorties des structures d’urgence et les entrées dans le logement social. Finalement, pour les victimes comme pour la société, les coûts sociaux et financiers s’en trouvent maximisés.
L’engorgement de tout le réseau d’hébergement provoque parfois une véritable déstructuration du travail social d’insertion qui a été effectué.
Il faut plus de places, mais les réponses doivent être cohérentes aux besoins et ressources des femmes et pas seulement sur leurs manques.
C’est pour ça que notre délibération demande 60 places en CHRS, mais aussi 60 places en résidence sociale et la mobilisation de 50 logements, pour que chaque femme puisse retrouver une réponse conforme à ses attentes et à son droit à la réparation.
Mais nous ne sommes pas arrêtés là :
Dans le cadre de la prochaine charte des mutations, nous demandons la prise en compte de la situation des femmes victimes de violences au titre des mutations, même si le conjoint conserve le logement familial
Dans le cadre de la cotation à la demande de logement, actuellement le document à fournir pour obtenir la surpondération est le dépôt de plainte ou la mesure de protection ordonnée par un juge. Nous demandons que cette procédure soit étendue aux dépôts de main courante et donc doubler les points du scoring (de 6 à 12).
Dans le cadre de la négociation du prochain Accord Collectif Départemental nous demandons une prise en compte renforcée de la situation des femmes victimes de violence : soit une réduction du délai minimum d’inscription au fichier des demandeurs de logement social.
Notre délibération n’a pas le but de préempter ou définir les fonctions de l’Observatoire parisienne de Violences faites aux Femme, dont nous espérons la création concrète le plus rapidement possible, mais de dire quels engagements la ville pour sa part souhaite assumer pendant la mandature.
À terme nous espérons la création d’un lieu unique qui permettra une prise en charge pluridisciplinaire, co-responsable et cordonnée et qui pourrait éviter aux victimes fragilisées de se déplacer en organisant un accueil et une prise en charge dans un lieu unique.
L’Observatoire aura pour mission de rendre plus visible le phénomène et c’est pour cette raison que nous avons demandé cette délibération. Si elle est votée, je n’en doute pas, elle sera un véritable point d’appui pour l’action des associations et l’ensemble des professionnel-le-s sur le territoire parisien.

Nicolas Bonnet –Oulaldj
Président du Groupe Communiste – Front de Gauche
au Conseil de Paris

L’ENVOL

Il te regarde, il ne dit rien. Les mots lui manquent, pas les poings. Il te balance dans les coins Et c’est ta vie au quotidien.

Il vient te demander pardon Il met en œuvre tous les violons Tu crois qu’il va devenir bon. Et tu acceptes sa chanson.

Et recommence la romance Tu lui laisses une nouvelle chance Tu enfouis toute sa violence Il te sourit : « Tu viens, on danse. »

Le quotidien reprend ses droits Il montre qu’il doit faire sa loi. Il croit qu’il doit régler ta vie Sans même te demander ton avis

ET recommence la violence Mais tu ne veux plus de dépendance Tu en as marre cette fois tu pars Tu ne veux plus broyer du noir. Tu te questionnes, tu téléphones Tu as peur car tu ne vois plus personne. Il y a bien quelqu’un qui te veut du bien Tu demandes de l’aide aux voisins

Ils appellent la police, Tu es perdue, tu crois que tu glisses Ils t’amènent à la maison des femmes Tu tombes au hasard sur Christiane

« Il t’a fait perdre l’estime de toi Tu dois retrouver confiance en toi C’est ton projet d’autonomie Que tu es en train de vivre aujourd’hui. »

Tu viens vers nous, tu nous embrasses Tu as réussi à briser la glace Tu as compris qu’il ne fallait plus traîner T’es persuadée qu’il ne va pas changer.

Demain, tu pars pour un nouveau voyage Tu t’envoles prends ton nouveau bagage Tu vas vivre ta nouvelle vie Tu vas enfin te faire plaisir.

Texte écrit par Graziella MAGIONE ,
Responsable enfants du Collectif pour femmes battues.

Publié le

2 février 2015

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