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Fin des pubs sexistes à Paris

Nous ne pouvions tolérer plus longtemps que des insultes sexistes soient placardées sur nos murs dans le seul intérêt consumériste ! Nous avons donc porté une clause interdisant les pubs sexistes et discriminatoires dans la convention avec JCDecaux. Un petit pas pour Paris, un grand pas pour la dignité de toutes et tous.

Retrouvez l’intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj

Monsieur le Maire, mes chers collègues,

Je veux d’abord souligner les aspects positifs de cette concession.
En effet, les efforts de réduction de la consommation énergétique, ainsi que la réduction de l’espace publicitaire, sont de bonnes mesures. Nous devons continuer dans cette voie pour réduire la pollution visuelle, dans une perspective sociale et écologique. D’ailleurs, je pose la question de savoir si les véhicules installant le mobilier urbain d’information fonctionneront à l’électricité, dans l’optique du développement durable.

Il nous reste un sujet discordant important : je veux parler du sexisme dans la publicité. Et j’en profite pour saluer ici dans les tribunes des associations féministes, "Les efFRONTé-e-s" et le Mouvement du Nid.

Nous proposons de rajouter un amendement au chapitre 19 de la convention, stipulant que le concessionnaire veille à éviter toute publicité qui utilise des stéréotypes sexistes, lesbophobes, homophobes et toutes les L.G.B.T. phobies, et des représentations dégradantes, dévalorisantes, déshumanisantes et vexatoires des femmes et des hommes et des rapports entre eux.

De même, le concessionnaire veille à éviter toute publicité cautionnant toute forme de discrimination fondée sur l’origine ethnique, l’origine nationale, la religion, le sexe ou l’âge, ou portant atteinte à la dignité humaine. C’est un sujet que l’on ne peut pas traiter avec désinvolture.

Comment est-il possible qu’au XXIe siècle, à Paris, capitale du tourisme et de la mode, pionnière de l’innovation, défenderesse des valeurs humanistes et ville refuge pour tous les opprimés et discriminés, nos murs puissent encore être recouverts d’insultes sexistes par la seule volonté de groupes n’ayant que la consommation comme intérêt ? Certes, la Ville de Paris réagit rapidement dès lors que des plaintes se font entendre. Ma collègue Hélène BIDARD veille à ce que ce type de publicité soit retiré dans les plus brefs délais, et son travail et ses déterminations sont salués par toutes et tous. Mais ce qui manque à la Ville, c’est la possibilité d’empêcher que le mal soit fait.

Des publicités comme celle de l’enseigne Saint-Laurent n’auraient jamais dû pouvoir être placardées. Je pense aussi à une publicité qu’on a fait retirer de l’AccorHotels Arena, et puis d’autres. Cela prouve que nous avons besoin en amont d’un outil de concertation, que nous avons besoin d’une charte entre l’ensemble des acteurs publicitaires et la Ville de Paris, afin de protéger notre ville de tels contenus inacceptables. C’est bien ce que nous réclamons, aux côtés d’autres groupes, comme les radicaux, le groupe des écologistes et des élus comme le maire du 2e arrondissement, Jacques BOUTAULT.

Nous ne pouvons pas nous contenter de réactions après-coup. Nous demandons la création d’un groupe de travail qui doit pouvoir travailler sur une charte afin de rappeler et faire respecter la législation en vigueur, ainsi que les multiples recommandations de multiples institutions qui ne nous autorisent pas de porter atteinte à la dignité de la personne humaine, comme c’est trop souvent le cas. Il ne s’agit pas de censure, ni de faire preuve de moralisme, il s’agit d’éviter aux Parisiennes et aux Parisiens, ainsi qu’à l’ensemble du monde qui vient visiter notre ville, de subir une pollution visuelle ayant des conséquences traumatisantes sur la considération du corps des femmes et sur les relations hommes-femmes.

Le corps est marchandisé à outrance, dans un irrespect teinté d’une violence certaine. Ce que nous essayons de faire comprendre, c’est qu’il faut maîtriser le visuel et le message publicitaire dans le cadre de la loi actuelle. Il s’agit de défendre les valeurs humanistes, les enjeux de santé publique et de protection de l’enfance. Nous avons tout à gagner à mettre en place cette charte, ce groupe de travail, sur le modèle londonien que Mme la Maire affectionne à raison.

JCDecaux a accepté de signer un accord avec la Ville de Londres. Nous ne doutons pas qu’il n’en sera pas de même avec la Ville de Paris. On peut faire de la publicité avec humour et sans insulte, on peut vendre en jouant sur une certaine forme d’esthétique du corps sans instrumenter ou dégrader.

Paris est une ville qui défend le droit des femmes et, dans ce cadre, nous devons bousculer les pratiques et avancer. Nous ne pouvons défendre les droits humains tout en laissant circuler des images correspondant à une vision archaïque et réactionnaire des femmes. Pour rassurer les plus réticents, les hommes ont également tout à y gagner. Personnellement, lorsque je vois les hommes représentés comme des machos, des idiots utiles, des gros bras sans âme, je ne suis ni satisfait ni fier de cette image.

Comme le martèle souvent Hélène BIDARD, le droit des femmes est au service des droits humains. Chaque avancée pour les femmes constitue une avancée pour l’humanité toute entière. Je salue d’ailleurs la dernière tribune sur le sujet publiée dans "J.D.D." qu’elle cosigne avec plusieurs responsables d’associations féministes et d’élus. J’espère que notre mandature sera celle qui sera fière de dire que c’est elle qui a mis fin à l’impunité des publicités sexistes et discriminatoires.

Je vous remercie.

Publié le

2 avril 2017

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