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Fondation Pinault

Intervention de Raphaëlle Primet

Madame la Maire,
Mes cher-es collègues,

Je crois que si on m’avait dit un jour que j’aurais à faire une intervention en Conseil de Paris sur un dossier dans lequel apparaissent François Pinault, la Chambre de Commerce de Paris et la ville, je ne l’aurai pas cru.

Certains peuvent s’étonner, que nous ne prenions pas le parti de ceux qui s’opposent frontalement à cette opération et qui considèrent, que signer un même document avec François Pinault est le comble de la compromission politique.

François Pinault est pour certains ce que l’on appelle « un self made man », qui a atteint les sommets de la richesse, se situant désormais dans les 10 premières fortunes françaises et dans les 60 premières fortunes mondiales.

Pour mémoire, les derniers chiffres en ma possession sont : 6,2 milliards d’euros de fortune personnelle, 8,1 milliards d’euros de patrimoine professionnel, quand à Kering il la contrôle à 41% via la holding ARTEMIS et elle pèse 19,7 milliards d’euros.

Si nous étions aux États Unis il y aurait un halo de gloire autour de cet homme d’origine modeste devenu capitaine de la finance.

Mais nous sommes en France et nous savons comment François Pinault a « fait » sa fortune. Grâce à ses amitiés politiques et à des prêts bancaires comme seul le Crédit Lyonnais était connu pour les faire.

Il a , depuis les années 70 , racheté une à une des entreprises en faillite et en les revendant avec des plus-values mirobolantes , en grande partie réalisé sur le dos des milliers de salariés licenciés et laissés sur le carreau ....
Cela lui a valu le surnom de « Bernard Tapie du bois ».

Désormais il est à la tête d’un groupe énorme : la Redoute, la Fnac, le Point, Christie’s, Gucci et le Printemps, le Stade rennais mais je ne saurai toutes les citer.

Depuis les années 80, une fois sa fortune faite, il commence une vie de collectionneur, sa collection pèserait 1,4 milliards de dollars (chiffre de 2014). Si on écoute François Pinault, ce qui le guide c’est l’amour de l’Art, dont acte. Mais on sait aussi, depuis quelques années, que l’art fait l’objet de placements spéculatifs juteux qui peuvent dénaturer le noble « amour de l’art ».

Le mélange des genres : sens des affaires, politique et facilités bancaires lui a permis pendant des années d’échapper en partie à l’impôt en utilisant les paradis fiscaux aux Antilles hollandaises. Il s’est aussi abstenu de verser sa part d’impôt sur la Fortune en rachetant un organe de presse Le Point en 1997, mais aussi grâce à la création de sa fondation familiale, qui avec ces 3500 œuvres d’art environ, lui garantit pour longtemps d’échapper à une fiscalité conservatoire, doux euphémisme.

Oui pour moi, pour nous les communistes, François Pinault est un des symboles de ce système capitaliste que nous combattons , l’agilité à échapper au fisc n’est pas une performance mais bien une faute grave.

Si François Pinault n’avait pas pratiqué, l’optimisation fiscale, voire la fraude fiscale, il aurait payé l’impôt, beaucoup d’impôts et l’État comme les collectivités locales auraient pu avoir des rentrées plus importantes et donc plus investir dans la culture.

Le budget d’achat d’œuvre des Musées nationaux et parisiens sont à côté de la force de frappe d’un Pinault, le combat de David contre Goliath. La réunion des musées nationaux dispose de 75 millions d’euros pour acheter des œuvres !

Puisque les règles du mécénat et des fondations en France sont ce qu’elles sont et nous souhaitons qu’elles changent. Puisque la législation permet que des fortunes comme Pinault n’aient jamais à souffrir de la crise et d’une imposition juste et efficace, par manque de volonté du pouvoir politique.

Il convient donc d’une manière ou d’une autre qu’il rende au peuple français ce qu’il lui a subtilisé en ne payant pas l’impôt au niveau où il le devrait le faire.

Nous souhaitons bien entendu que la France soit exemplaire en matière de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale et que l’on combatte cette délinquance en col blanc qui jamais ne rend compte de ces « exactions » financières.Notre ami le sénateur communiste Eric Bocquet travaille et porte nombre de propositions de loi qui permettrait de mettre fin à l’ évasion fiscale.

En attendant leur adoption et leur application, exigeons à minima de la Fondation Pinault qu’elle mette à disposition de toutes et tous les œuvres en sa possession.

Le mécénat dans l’histoire a toujours été suspect, par l’origine de ses fonds. Malheureusement on ne peut plus demander aux Papes comment ils ont construit St Pierre et la chapelle Sixtine. Mais ce dont on peut être certain, c’est que ce n’est pas uniquement par la récolte du denier du culte, ni de la vente des indulgences.

Malgré notre détermination à le combattre , nous subissons encore pour quelques temps le capitalisme financier, en attendant demandons lui des comptes et faisons que cette collection puisse être vue par le plus grand nombre et dans les meilleurs conditions.

Qu’elle serve à éveiller le goût de l’art contemporain.

Je vous remercie

Publié le

6 juillet 2016

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