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Fondation sur la mémoire de l’esclavage ou cadeau de compensation pour Bernard Arnault ?

La Mairie de Paris veut présenter sans délai une délibération visant à attribuer la concession de l’ancien Musée des Arts et Traditions Populaires à Bernard Arnault.

Je suis très réticent à ce cadeau de compensation pour Monsieur Arnault alors qu’une fondation pour la mémoire de l’esclavage pourrait y voir le jour.

Après le jardin d’acclimatation et la fondation Vuitton, Bernard Arnault souhaite récupérer l’ancien musée des Arts et traditions Populaires fermé depuis 2005.
Son projet devrait être tourné vers les métiers d’artisanat d’art et les savoirs faire remarquables de notre capitale.

L’idée est de se tourner vers les jeunes des quartiers et de favoriser l’apprentissage, afin de retrouver des compétences dans des disciplines, qui faute de relève, pourraient disparaitre de notre territoire est une louable intention de Monsieur Arnault.

Ce projet lui coûtera la somme de 158 millions d’euros pour la rénovation et les aménagements du bâtiment historique de Jean Dubuisson. Il paiera une redevance de 150 000 euros à la ville par an pendant 50 ans, plus un pourcentage de la vente de produits dérivés, de la billetterie des expositions et de l’espace restauration ainsi que des spectacles et concerts.

Cette opération d’un strict point de vue budgétaire est bénéfique pour la ville de Paris. Mais il est surprenant que ces locaux vides depuis 12 ans n’aient pas été intégrés dans les projets « réinventer Paris » ou « réinventer la Métropole » ce qui aurait peut-être permis d’avoir des propositions différentes et diversifiées.

Ironie de l’Histoire, le jour où Bernard Arnault, François Hollande et Anne Hidalgo se retrouvaient pour porter sur les fonts baptismaux le projet, un rapport était remis au gouvernement par Monsieur Zinsou ancien Premier Ministre du Bénin, qui avait été chargé par le Président de la République de travailler à la préfiguration d’une future fondation « pour la mémoire de l’esclavage de la traite et de leurs abolitions ». Monsieur Zinsou propose que l’un des sites de cette fondation soit l’ancien Musée des Arts et Traditions populaires : « L’ancien musée national des arts et traditions populaires, une fois réhabilité, serait, sans aucun doute plus fonctionnel » écrit le rapporteur.

Nous ne pouvons que nous interroger sur la concomitance des deux évènements et la rapidité avec laquelle la Mairie de Paris confie cette concession à Bernard Arnault. Ceci nous fait douter de la volonté de l’État, voire de la ville, de voir aboutir, dans un délai rapide, ce site mémoriel sur l’esclavage.

Ericka Bareigts Ministre des outre-mer écrit dans la préface au rapport : « Sachez que le gouvernement de Bernard Cazeneuve (…), s’attachera à prendre toutes les décisions qui s’imposent pour mettre en œuvre ces propositions. Car j’en suis convaincue : notre pays s’honore toujours à regarder en face, avec lucidité et courage, toutes les pages de son Histoire. »

Le choix de Bernard Arnault est le choix de la facilité.

Sans être systématiquement opposés aux fondations privées nous ne pouvons que constater qu’une partie du bois de Boulogne pourrait devenir un « Bernard Arnault Land », ce Monsieur dont on sait par ailleurs que sa fortune profite d’un système qui « tolère » voire « organise » l’optimisation, voire l’évasion fiscale : sur 420 entreprises du groupe, 140 sont basées dans des paradis fiscaux.


Nicolas Bonnet Oulaldj, Président du groupe communiste Front de gauche au Conseil de Paris

Publié le

10 mars 2017

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