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Fonds Vert : La capitalisme vert ne doit pas être l’outil de la transition écologique

L’un des principaux maux du capitalisme est l’exploitation sans retenu de l’environnement. En proposant un "Fonds Vert" pour investir dans des entreprise vertueuses en matière de lutte contre le réchauffement climatique.
Jean-Noël Aqua expose que le capitalisme, source du problème, ne peut être la solution aux dérives et méfaits du capitalisme.

Retrouvez son intervention...

Madame la Maire, mes cher-e-s collègues,

Les fleurs du mal. Le titre du recueil de Charles Baudelaire est un bel exemple d’oxymore, figure de style qui réunit deux mots contradictoires en apparence. Je pense que le « fonds vert » sur lequel nous devons délibérer est aussi un oxymore. Les fleurs pour le vert, le mal pour le fonds.

Je m’explique. Avec cette délibération, il nous est proposé de contribuer à la réalisation des objectifs du Plan Climat. Bien. Pour ce faire, vous souhaitez lancer un fonds d’investissement territorial dédié à la transition écologique. L’enveloppe financière sera investie dans des entreprises vertueuse en matière de lutte contre le changement climatique, à travers la prise de participations en fonds propres. C’est là que nous cessons de vous suivre.

Oui, la transition écologique doit être financée. Oui il est nécessaire d’investir pour assurer aux générations de demain un environnement sain, et un avenir serein. Nous saluons d’ailleurs, le volontarisme de notre collectivité en la matière.
Mais pouvons-nous réellement faire confiance aux investisseurs privés et au monde de la finance pour prendre les bonnes décisions ? Pouvons-nous faire confiance au capitalisme vert pour résoudre le problème colossal posé par ce même capitalisme, à savoir l’exploitation sans retenue de l’environnement.

Dans la délibération qui nous est proposée, la place de notre collectivité est insuffisante.

Des précautions ont été prises, et nous savons les apprécier. Sont exclus de ce fonds les acteurs qui participent à des secteurs producteurs de gaz à effet de serre pour rester dans une logique environnementale vertueuse. Sont exclus également les acteurs qui ne présenteraient pas des gages suffisants en matière de transparence et de bonne conduite financière. Nous apprécions donc l’effort qui est fait pour donner une légitimité écologique et financière à ce fonds.

Mais la question qui nous est posée, est de savoir si ce fonds vert est le bon outil pour accompagner, impulser et approfondir la transition écologique. Permettez-moi d’en douter. Si aujourd’hui nous sommes face à des enjeux écologiques colossaux, c’est bien à cause du mode de développement et de production capitaliste / qui régente la grande majorité des sociétés de la planète.

La société de consommation, de production et les logiques financières qui ont permis le développement de nos sociétés, sont bâties sur des impératifs de rentabilité à court-terme. Le capital cherche la rentabilité la plus importante et la rapide possible. Cette temporalité vient en contradiction intrinsèque avec la temporalité des enjeux écologiques /, qui sont des enjeux bien souvent de long-terme. Le réchauffement climatique, cette menace la plus grave qui pèse sur l’ensemble de la planète, se joue sur des constantes de temps de 20-50-100 ans... Une temporalité bien trop longue au vu des exigences des marchés, qu’ils soient peints en vert ou non.

Dans ce domaine, les faits sont têtus et les communistes aussi. Ce dont nous avons besoin pour réaliser la transition écologique c’est d’une réelle planification écologique, impulsée, soutenue, conduite par la puissance publique. La puissance publique est la seule à même de garantir l’intérêt général et d’avoir une vision de long terme. Nous l’avons déjà longuement développé au moment de l’adoption du Plan climat au mois de novembre, et nous continuons sur cette ligne.

Le projet de fonds vert que vous nous soumettez aujourd’hui a le mérite de vouloir trouver des leviers pour réaliser la transition écologique. Mais, il ne trouve pas les bons. C’est pour cette raison que nous nous abstiendrons sur la délibération. Derrière le vernis vert que vous avez appliqué sur ce fonds d’investissement, nous voyons poindre les calculs égoïstes, ceux des logiques de rentabilité maximale, avec ses multiples visages et sa mauvaise conscience. Car non seulement, nous ne pensons pas que le levier de ce fonds est approprié.

Mais en outre, nous voyons qu’il permet à certaines grandes entreprises, de se racheter à peu de frais, une bonne communication repeinte en vert.

Cette communication qui est un élément si central dans la guerre économique des marchés. Quand nous voyons que le fonds verra comme fées autour de son berceau, les groupes du luxe comme LVMH, avec Bernard Arnault, la finance douteuse comme JP Morgan, la Société générale ou la BNP Paribas, ou des groupes en lien l’industrie du carbone comme Total ou Engie, nous ne pouvons nous empêcher d’être critiques.

Certains de ces groupes participent de l’évasion fiscale qui assèche justement les moyens des Etats et des collectivités, les empêchant d’investir massivement dans la transition écologique.
Le capitalisme est certainement très fort pour s’acheter une belle image. Mais cela ne doit pas nous concerner.
Les enjeux écologiques et sociaux méritent définitivement de sortir des eaux glacées du calcul égoïste, pour rentrer dans l’ère d’un développement humain durable, piloté et impulsé par la collectivité.

Publié le

15 février 2018

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