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Hommage à Missak Manouchian et aux 23 de l’Affiche Rouge

22 février 2016

Mesdames, messieurs chers amis et camarades,

Comme tous les ans, nous nous retrouvons ici, pour Missak, pour Mélinée, pour tous les étrangers qui se sont levés, pour qu’ici, en France, on puisse vivre libre.

Si je ne m’en tiens qu’à l’histoire, je pourrais devant vous raconter l’épopée de ceux qui ont donné un des plus beaux visages de la résistance au Nazisme. Ceux dont les nazis avaient utilisés les photos « hirsutes et menaçants » afin de faire peur, mais qui, pour bon nombre de français étaient ces hommes courageux qui avaient donné leur vie pour que la France redevienne la France et qu’elle lave la souillure de Vichy et de la collaboration.

La vie de Missak et Mélinée est un roman, comme l’étaient la vie des militantes et des militants qui ont dû pendant les années d’occupation se cacher et s’éviter afin de ne pas mettre en danger l’organisation.

En regardant leur engagement d’hier, les mots qu’ils nous ont laissé quelle leçon devons-nous retenir ?

Missak le poète, l’intellectuel, l’enfant d’Arménie, le communiste n’aurait certainement pas voulu que nous le célébrions sans mettre en perspective sa vie d’hier avec notre expérience d’aujourd’hui.

Il aurait voulu que nous continuions à vivre et construire le monde de paix et de justice pour lequel lui Mélinée et ses camarades ont combattu jusqu’à en perdre la vie. Il était attaché à la France, notre pays où nos valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, ce pays refuge pour des milliers d’arméniens qui avaient quitter leur terre où avait lieu le plus grand génocide jamais connu avant la shoah.

Avant même que la France ne perde la guerre dans quelle France vivons-nous ? Après l’euphorie des premiers mois du front populaire, la guerre est à nos portes en Espagne, les régimes fascistes et nazis sont à leur apogée.
En France, une certaine presse, des hommes politiques ont trouvé des boucs émissaires : le juif, l’étranger, le syndicaliste, le communiste….
Si vous relisez les articles de « je suis partout » et que vous changez le mot juifs par réfugiés ou migrants vous comprenez que ce sont les vieilles recettes de la xénophobie et du racisme que l’on agite à nouveau.

C’est un Président du Conseil radical qui fait passer les décrets lois sur la déchéance de nationalité en 38, qui revient sur les avancées sociales du front populaire, qui fiche à leur entrée les étrangers qui viennent se réfugier en France, dont beaucoup de juifs d’Allemagne ou d’europe centrale.

Ce contrôle des étrangers est présenté pour renforcer la sécurité des français, l’étranger sur notre sol c’est l’ennemi en puissance…

Ces fiches des préfectures, si bien tenues, seront bien utiles pour la police allemande et celle de Vichy, avec les conséquences que l’on connaît.

C’est pour cela qu’il faut se battre contre les lois d’exception car elles ont toujours été utilisées pour brimer la démocratie.

L’étranger c’est l’ennemi, le communiste est à l’est.

Les amalgames sont au plus fort.

Et pourtant c’est avec la MOI, avec ces étrangers militants que va s’écrire cette page glorieuse de notre histoire. Ce sont des français et des étrangers qui n’écoutant que leur courage vont faire dérailler la machine d’occupation et leurs complices vichystes.
La peur va changer de camp.

Les allemands auront beau fusiller des otages, plus rien ne sera comme avant. Les enfants découvrent sur de vieilles cartes le nom des villes russes libérées, des oasis africaines qui passent aux mains des anglais.

Et ce qui semblait impossible en 40 devient réaliste en 44 les allemands pourront être battus et la résistance française apportera sa pierre à l’édifice.

Que voyons-nous aujourd’hui, la peur de l’étranger s’installe, on ferme les frontières à ceux qui fuient la guerre, on élève des murs et on ne cesse de parler d’identité nationale.
La France de 2016 n’est pas celle des années 40 mais dieu que parfois elle lui ressemble et surtout quand certains peuvent croire que l’issue est du côté de l’extrême droite.

Missak et Mélinée eux qui se sont engagés, alors que l’ombre couvrait la France, nous auraient dit ne craignez rien après la pluie vient le beau temps, votre cause est juste même si elle est pour l’instant incomprise.

Alors chers amies, continuez, expliquez, ne cédez pas aux sirènes.

Voilà pourquoi en pensant à eux deux, je pense à tout le groupe de l’affiche rouge qui sont les meilleurs partisans des valeurs de notre nation, 24 étrangers et nos frères pourtant, qui criaient la France en s’abattant. Celestino, Joseph, Georges, Rino Della Négra, toi le grand buteur du Red Star que tu dois être fier de ton club qui est de retour au premier plan, Thomas, Maurice, spartaco, Emeric, Jonas, Léon, Szlomo, Stanislas, Mardin, Cesare, Missak, Marcel, Roger, antonio, Willy, Amedeo, Wolf, Robert, Olga et Joseph, nous ne vous oublierons jamais, vous êtes tous dans notre panthéon, dans nos coeur et vous nous donnez la force nécessaire pour faire face.
En pensant à eux, je pense à toutes celles et ceux qui sont entrés en résistance, et bien évidement, nous avons une pensée particulière pour notre camarade Roger Trugnan qui vient de nous quitter ces derniers jours.

Que je suis fier d’être communiste, fier de ne pas abandonner, malgré les vicissitudes, le combat de la justice, le combat pour la liberté, pour l’égalité, le combat de l’émancipation humaine.

Alors permettez-moi pour conclure de vous citer ces quelques vers de Missak écris bien avant la guerre mais qui résonnent aujourd’hui d’une criante actualité.
Il semble parfois que tu vas t’éteindre,
cependant chaque jour
Des volontés d’acier t’attisent, te tiennent debout
Et toi haletant, comme un apôtre aux jours de combat
Tu montres le chemin de la lumière
pour la grande victoire de l’Humanité

Je vous remercie.

Publié le

22 février 2016

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