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Hommage aux 12 victimes du 7 janvier 2015

Madame la Maire, Monsieur Le Préfet, Mes cher-es collègues,

Mesdames et messieurs, membres de la famille des victimes, collègues, ami-es, lecteurs du journal,

Au nom du groupe des élu-es communistes front de gauche, je voudrais vous exprimer toute notre douleur mais aussi notre détermination pour faire front face à la barbarie. Les réactions dans le monde entier montrent que nous ne sommes pas seul-es. Quand on assassine au coeur de Paris, dans un journal, c’est l’ensemble de celles et ceux qui sont attaché-es à la liberté qui sont touché-es, qui se lèvent et sont solidaires. Nous sommes toutes et tous Charlie.

Ce 7 janvier 2015, nous avons perdu 12 d’entre nous, sans compter les blessés dont certains sont encore dans un état critique, l’ensemble des habitants du quartier, des collègues et voisins qui sont sous le choc, c’est Paris qui est meurtri.

Si aujourd’hui Cabu, Charb, Tignous, Wolinski, Honoré, Bernard Maris, Elsa Cayat, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Frédéric Boisseau, Frank Brinsolaro et Ahmed Merabet ont été lâchement assassinés, au nom de la liberté, nous devons être dignes et fiers d’eux, nous devons être debout et résister à la haine. Nous avons le devoir de transmettre la mémoire de leurs vies, nous devons poursuivre leurs engagements. Nous nous inclinons devant les deux policiers morts dans l’exercice de leurs fonctions. Deux policiers qui protégeaient la liberté de journalistes qui n’étaient pas toujours tendres avec les membres des forces de l’ordre.

Madame la Maire, nous partageons vos propositions pour faire de Charlie Hebdo citoyen d’honneur de Paris et, pour honorer la mémoire des victimes, nous vous proposons d’apposer une plaque sur le lieu du drame avec leurs 12 noms inscrits dans le marbre de la République.

Je tiens à saluer les hommes et femmes du service public qui ont porté secours, les pompiers, personnels de santé, policiers, agents de la ville qui ont su réagir rapidement avec maîtrise et calme dans de telles circonstances.

Ces extrémistes ont fait le choix de s’attaquer à Charlie hebdo, un journal satirique qui avait chevillé au corps la lutte contre le racisme, contre les intégrismes et les obscurantismes, contre l’extrême droite, contre les abus du pouvoir, contre la stupidité du monde, un journal engagé pour la paix et le dialogue entre les peuples.

On pouvait aimer ou détester, on ne pouvait en aucun cas être indifférent à son ton, à ses dessins qui bousculaient nos certitudes et nous renvoyaient tel un boomerang nos petites lâchetés ou nos compromissions.

Nous ne devons en aucun cas laisser dire que ce journal allait trop loin, ce qui sous-entendrait qu’ils ont bien mérité ce qui leur est arrivé. C’est un journal qui était et qui est encore non seulement nécessaire mais indispensable à la démocratie.

Nous sommes fiers de la réponse immédiate, forte, déterminée et pacifique du peuple de Paris, qui, de suite, est descendu dans la rue et y a pris sa place. Cette réaction spontanée montre l’attachement des parisiennes et des parisiens aux valeurs de la République. Elle démontre que la peur doit changer de camp et que jamais nous ne baisserons la tête devant ceux qui veulent mettre à bas nos valeurs.

C’est quand il est uni sur ces valeurs que le peuple de Paris fait de grandes choses. C’est quand il ne cède pas aux sirènes de ceux qui cherchent à mettre au pilori des boucs émissaires, qui pensent que derrière tout musulman se cache un terroriste potentiel. Tout acte de violence, à l’égard de quelque communauté que ce soit, qu’il s’agisse d’une mosquée, d’une synagogue, d’une église, d’un lieu public ou politique ou d’un fonctionnaire doit vigoureusement être condamné et jugé.

Quel que soit le rapport que chacune ou chacun a avec la religion, nous sommes en droit d’en critiquer partout les dérives et surtout par la caricature et l’humour. Ce ne sont pas les croyants qui étaient visés mais bien celles et ceux qui pensent que les lois divines président aux lois humaines et qui souhaitent imposer leur lecture de la religion à toutes et tous.

En cette année d’anniversaire de la loi de 1905 de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la laïcité doit être notre combat pour la démocratie. Ce n’est pas le combat du bien contre le mal. C’est la garantie du bien vivre ensemble. C’est la reconnaissance à chacune et à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire sans imposer à l’autre sa vision du monde ou de la société. Les plus grands responsables religieux de notre capitale, tous cultes confondus, se sont d’ailleurs exprimés cette semaine dans ce sens. Ils dénoncent avec nous cet acte barbare d’une extrême gravité contre la démocratie et la liberté de conscience. Ils ne s’y trompent pas, cet acte criminel est aussi contre les croyants.

Nous communistes avions une relation privilégiée avec les dessinateurs de Charlie Hebdo. Ils font partie de notre quotidien, chaque jour dans les pages de l’Humanité et de l’Humanité Dimanche leurs dessins illustraient nos idées, et surtout celles que nous n’aurions pas eues. Leurs dessins étaient souvent plus efficaces que nos textes. Combien de fois Tignous ou Charb ont croqué les milliardaires du CAC 40, offrant leurs dessins aux salariés en lutte.

C’est aussi dans des gobelets qu’ils avaient illustré que tous les ans à la fête de l’Humanité nous trinquions à l’avènement d’un monde meilleur fait de justice et de paix.

Après le recueillement viendra le temps d’une réponse politique à la hauteur du danger qui pèse sur le pays. Face à la barbarie et à l’obscurantisme, nous avons le devoir de convoquer l’esprit des lumières. Nous avons l’obligation d’allumer les étoiles : celles qui viennent de la révolution française, la commune et la libération de Paris.

J’en appelle à toutes celles et à tous ceux qui ne veulent pas que notre nation se déchire à renforcer les fondamentaux de notre démocratie. La lutte contre le terrorisme doit être menée mais ne pourra triompher que dans un projet de société qui place l’émancipation humaine au cœur de ses choix, avec plus d’éducation, plus de prévention, plus de dialogue et de compréhension mutuelle, plus d’associations et de travail en commun. Face aux barbares, la réponse n’est pas du côté de ceux qui versent, avec micro ouvert, dans la haine de l’étranger. Elle est du côté des progressistes qui croient en l’avenir de l’humanité et de sa jeunesse, c’est-à-dire la raison, le progrès, l’amour, la joie, l’humour et la dérision. Celles et ceux qui, pour les futures générations, veulent construire un monde sans guerre où les bombes et les kalachnikovs auront disparues au profit des crayons, des dessins, des poèmes et des baisers. Nous avons tous ici, maintenant, la responsabilité politique de réaliser "les jours heureux", cet héritage si cher que nous ont laissé les membres du conseil national de la résistance.

Publié le

9 janvier 2015

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