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INTERVENTION SUR L’AP-HP

INTERVENTION D’ALAIN LHOSTIS

Monsieur le Maire, chers collègues,
Je tiens d’abord à me féliciter de l’organisation de ces auditions sur l’AP-HP. Cette initiative remet la ville de Paris dans un rôle d’intervenant majeur vis-à-vis de l’AP/HP
Ces auditions ont démontré combien cette démarche faisait sens. Elles ont été d’une richesse, d’une diversité, d’une densité, de grande qualité. Elles ont souvent témoigné d’une émotion et d’un désarroi qui ont montré à la fois la profondeur du malaise et les ressources que les acteurs de cette institution étaient toujours prêts à déployer pour sortir de cette impasse où se trouvait leur « maison ». Hier, j’ai dans une déclaration, repris ce qui m’a semblé émerger de cette écoute. La loi Hôpital, Patients, Santé et Territoire (HPST) d’une part et de l’autre, l’évolution très négative de la démographie médicale en région parisienne, font que nous ne pouvons plus rester spectateur de ce qui se décide de l’autre côté de la place de l’Hôtel de Ville.
La nouvelle gouvernance d’abord. D’un conseil d’administration de 52 membres, elle fait un conseil de surveillance de 15 membres aux pouvoirs restreints qui ne se prononce même plus sur le budget. Des collectivités territoriales où l’AP-HP est largement implantée (le Val-de-Marne ou la Seine-Saint-Denis) n’auront plus aucun représentant, les Hauts de Seine et la Ville de Boulogne seront elles, représentées ! La présidence de ce conseil ne revient plus de droit au maire de Paris. La nouvelle gouvernance, c’est aussi un directoire médico-administratif appelé à diriger l’AP-HP. Le « conseil exécutif » qui a été amené à conduire les arbitrages actuels, des arbitrages qui ont soulevé autant de protestations, de manifestations, d’oppositions, est justement la préfiguration de ce futur « directoire ». (…)
Les Parisiens qui attendent plus de 8 heures aux urgences des hôpitaux parisiens, qui risquent d’en attendre 12 voire 15 dans quelques années, les Parisiennes qui ont plus de 3 semaines d’attente pour un rendez-vous pour une IVG, les futures mamans qui doivent traverser Paris pour avoir une chance de se voir inscrire dans une maternité publique, les malades atteints de troubles psychiatriques qui verront auront des délais pour voir leur ordonnance de médicaments renouvelée, les porteurs du VIH qui ne seront pas certains d’accéder le moment venu aux soins spécialisés de qualité auxquels ils ont droit. Ces Parisiennes et Parisiens finiront par nous rendre comptables des dysfonctionnements de l’hôpital public de notre ville. Ils nous en demanderont tôt ou tard des comptes ! Ils auront raison !
Le service public hospitalier est une chose bien trop grave pour être laissée à la seule décision des spécialistes si brillants et si bien intentionnés soient-ils.
Les « politiques de proximité », nous élus par les Parisiens, avons aussi notre mot à dire, nous devons nous en mêler parce que ces décisions impactent directement leur vie quotidienne dans leur souci d’accéder équitablement au même niveau de soins, à des services que les acteurs privés ne rendent pas, ne veulent pas rendre et ne rendront pas parce que la politique de santé actuelle se fonde sur une notion perverse de productivisme : la tarification à l’activité et la doctrine de la convergence entre le public et le privé ! (…)
Cela nous oblige, dés à présent, à nous déterminer en tant que collectivité territoriale de rattachement de cet Hôpital, l’Hôpital de l’excellence en spécialités, de la recherche, de la transmission du savoir, certes, mais aussi, l’Hôpital de tous les Parisiens et des Franciliens et, souvent le seul, pour les plus démunis, les plus précaires d’entre eux ! Et demain pour la grande partie des couches moyennes de notre ville.
Quels axes devrions-nous défendre par la voix de nos futurs représentants au conseil de surveillance mais aussi dans nos interpellations auprès des instances dirigeantes de l’AP-HP et de l’Etat ?Je voudrai en énoncer les principaux :
Il faut mener une réflexion dépassant les problématiques purement comptables pour viser la qualité, la sécurité des soins et la santé des franciliens entendue au sens large ; • Les réorganisations hospitalières doivent être conduites après une concertation large avec les intéressés, chefs de pôles, comités consultatifs médicaux, cadres supérieurs, comités techniques d’établissement, commissions de surveillance, conseil de surveillance et bien sûr avec les organisations syndicales représentatives de l’ensemble du personnel... • Les réorganisations étudiées ne sauraient partir de l’objectif de réduire la voilure des soins nécessaires à la population au seul motif qu’il faut faire des économies, notamment en diminuant des effectifs déjà insuffisants au lit des malades, mais en évaluant objectivement les besoins de santé ; • Les regroupements éventuels de services ne peuvent résulter que de la recherche d’une meilleure efficacité pour l’accessibilité des populations desservies et s’inscrire dans une amélioration de la couverture territoriale existante et, notamment, celle existant hors Paris • Il faut annoncer l’abandon de la diminution des postes de médecins et de soignants, aberration pourtant évidente au regard de la situation dans les services.
A ce titre, un certain nombre de projets doivent être repensés ou simplement écartés : 1. il faut renoncer à diminuer le nombre des services d’urgences 2. les centres d’IVG doivent être maintenus, dotés de moyens humains suffisants et évoluer vers de véritables centres d’orthogénie ; 3. le regroupement des centres d’addictologie qui met en péril la fidélisation d’une population toujours difficile à intégrer durablement dans une trajectoire de soins doit être repensé ; 4. la lettre du directeur général de l’AP-HP revenant sur la désorganisation de la filière de prise en charge des patients porteurs du VIH et annonçant que le futur plan stratégique comprendra un chapitre spécifique sur les orientations générales pour les cinq prochaines années sur l’organisation de l’offre de soins pour le VIH en y associant les Corevih (Coordination régionale de lutte contre l’infection à VIH) et les associations de personnes vivant avec le VIH, doit se traduire immédiatement par le maintien annoncé des moyens existants et le renoncement de tout nouveau transfert de files de patients supplémentaires à l’Hôtel-Dieu ; 5. la reconfiguration de la pédiatrie parisienne, notamment celle drastique de l’hôpital Trousseau doit être totalement revue, à la lumière de l’éclairage qui sera donné par le grand jury qui a été désigné, mais qui devra fondamentalement tenir compte, des besoins du territoire de l’est parisien et de sa proche banlieue, fortement marqués par une population très diversifiée et à revenu largement modestes, et du projet élaboré par l’équipe hospitalière de ce site ; 6. le projet Hôtel-Dieu, centre hospitalier universitaire et de recherche, hôpital de santé publique et ambulatoire, porté par la communauté de cet établissement inscrit dans l’actuel plan stratégique doit être conforté dans sa liaison avec l’hôpital Cochin. L’implantation de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP) en son sein, en liaison avec l’université Paris Descartes, innovera en mettant au cœur d’un hôpital universitaire, la formation et la recherche dans les domaines de la promotion de la santé, de l’éducation sanitaire et thérapeutique du dépistage des sujets à risque, de la prévention et de la démocratie sanitaire ; 7. la fermeture de maternités au seul motif de regroupement géographique doit être réexaminée ; 8. la diminution des capacités d’accueil des personnes âgées dépendantes, à contre courant des évolutions de la démographie générale de la population francilienne, constitue une grave erreur d’appréciation en matière de santé publique. Elle doit être abandonnée ! Pour que tous les acteurs puissent débattre de ces enjeux majeurs, le conseil de Paris doit à nouveau exiger qu’une véritable concertation autour du futur plan stratégique soit organisée et que, pendant cette période qui pourrait durer jusqu’à l’automne 2010, le renoncement définitif à toute suppression d’emplois et un moratoire sur les réorganisations structurelles hospitalières ne faisant pas consensus, soient annoncées.
Le personnel doit pouvoir travailler avec toute la sérénité nécessaire pour la prise en charge des personnes malades qu’elles soignent avec une professionnalité et un engagement reconnus par tous. Une de leurs représentantes a utilisé le terme de « souffrance au travail ». Tout doit être fait pour redonner confiance à l’ensemble des personnels afin qu’ils puissent retrouver les points de repère indispensables, basés sur les plus hautes valeurs du service public. L’AP-HP doit pouvoir accueillir l’ensemble de la population et notamment, ceux pour qui l’accès aux soins reste le plus difficile, développer la qualité, la sécurité des soins, continuer à intégrer dans les thérapeutiques et les techniques diagnostiques les découvertes les plus récentes, rester un lieu d’excellence pour l’enseignement et la recherche, pour attirer les compétences et les talents Monsieur le Maire, je souscris au vœu qui est présenté à notre conseil, qui a intégré des propositions d’amendements notamment celles de notre groupe.
Mais, je pense qu’il pèsera de peu de poids si, une fois adopté, nous ne nous donnons pas les moyens pour veiller avec la plus grande vigilance à ce qu’il soit suivi d’effets. Je propose donc qu’une délégation d’élus conduite par vous, monsieur le Maire porte avec force et solennellement notre préoccupation légitime auprès des autorités gouvernementales pour défendre notre point de vue. Et bien sûr, il faudrait que cette démarche soit l’occasion de communiquer simplement mais avec force, auprès des Parisiennes et Parisiens sur les objectifs de santé, de sécurité et d’accessibilité aux soins pour tous que nous défendrons pour eux auprès de ces autorités gouvernementales.

Publié le

12 mai 2010