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INTERVENTION SUR L’INSTITUT DES CULTURES D’ISLAM

INTERVENTION DE IAN BROSSAT

Monsieur le Maire, chers collègues,

L’Institut des Cultures d’Islam (ICI) est à l’évidence un projet pertinent et juste, qui répond, à l’échelle du quartier de la Goutte d’Or, comme de la Ville et de la métropole Parisienne, à une demande forte en termes de savoir et d’art, mais aussi de vivre ensemble. Le défi qui s’impose à nous est d’autant plus grand et plus essentiel.

En tant qu’élu du 18e arrondissement, je ne peux qu’être très sensible à l’implantation des deux futurs bâtiments de l’Institut, au cœur justement de la diversité de l’Islam parisien, de ses traditions et de ses pratiques.

Il faut notamment avoir arpenté les rues adjacentes, le vendredi, pour se rendre compte de l’importance locale du culte et de la culture musulmane. Aujourd’hui, les conditions de prières sont néanmoins inacceptables et indignes. De trop nombreux fidèles sont contraints à prier sur la voie publique. C’est une situation d’une trop grande précarité, blessante pour de nombreux habitants du quartier. Les deux salles de prières qui accompagneront l’Institut des Cultures d’Islam, mais relèveront d’une autre gestion que celle de la Ville permettront d’y remédier, au moins en partie.

Depuis longtemps, la Goutte d’Or réclame que la ville prenne en compte son indéniable apport à l’identité Parisienne, plurielle et complexe. En effet, s’il s’agit d’un quartier populaire depuis toujours, chanté par Aristide Bruant et décrit en des termes très inquiétants par Emile Zola dans l’Assommoir, la Goutte d’Or est aujourd’hui un point de rencontre cosmopolite, multiculturel et vivant, au creuset véritable de ce qu’est Paris, au vingt-et-unième siècle.

En proposant un Institut des Cultures d’Islam ouvert sur l’extérieur, qui se veut un lieu d’échanges et de culture, la ville de Paris s’inscrit dans une démarche de vérité et de savoir qui contredit les lieux communs et les caricatures véhiculées. Mieux encore, nous nous gardons des fantasmes, mal définis et dangereux, de laïcité positive. Paris se distingue clairement, sans opposer bêtement le culte et la culture – en créant à l’occasion de ce Conseil de Paris, une association en charge de la gestion culturelle de ce nouveau site.

Avec l’Institut des Cultures d’Islam, nous contribuons à un changement de perception de certains Parisiens par d’autres Parisiens. Nous affirmons également la diversité et le raffinement des cultures d’Islam, hier et aujourd’hui, dans notre ville et dans le monde. Il ne s’agit pas d’une réplique dans un quartier populaire de l’Institut du Monde Arabe, mais d’un autre projet, tout aussi vaste et vivant, mais dans un autre contexte et pour répondre à d’autres curiosités et d’autres attentes.

La création de l’Association Institut des Cultures d’Islam, et l’adhésion de la ville, sont les premières pierres symboliques de ce nouvel ensemble scientifique et culturel qui doit servir avant tout l’intérêt général de tous les Parisiens, favoriser les rencontres, la découverte et l’enrichissement mutuel, ainsi que la bonne intelligence. Le risque, évidemment, serait qu’au lieu de rassembler, les différences s’exacerbent, ce qui doit nous inviter à la plus grande vigilance.

Le Groupe Communiste et élus du Parti de Gauche votera donc avec un grand enthousiasme ces délibérations, conscient du défi et de l’enjeu à venir. C’est pourquoi d’ailleurs, bien que partageant le même attachement à la laïcité que celui exprimé dans le vœu déposé de Laurence Goldgrab, Jean-Bernard Bros et Gilles Alayrac, nous n’y sommes pas favorables.

La convention d’objectif qui lie la ville à l’association nous semble en effet tout à fait claire, de ce point de vue. La cohabitation à venir avec l’association cultuelle doit se construire pas à pas, sans réserves préalables sinon celles que le principe de laïcité nous impose justement. Et nous sommes persuadés que son conseil d’administration saura trouver le bon rythme, de lui-même.

Publié le

13 mai 2010