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INTERVENTION SUR LA DECENTRALISATION

INTERVENTION DE IAN BROSSAT

Monsieur le Maire, mes chers collègues,

En écoutant les interventions des uns et des autres depuis quelques minutes, j’ai l’impression qu’il existe deux débats qui n’ont rien à voir. D’un côté, dans la foulée de la communication du Maire, il y a des élus de gauche qui voient la décentralisation comme une chance de renforcer un droit de vigilance et d’initiative aux citoyens. De travailler avec l’ensemble des Parisiens à l’édification d’un Paris du XXIe siècle, d’un Paris pour tous. Mon amie Emmanuelle Becker l’a dit tout à l’heure. En ouvrant ce chantier, nous nous donnerons les moyens de mieux servir les Parisiens, nous nous donnerons les outils pour une meilleure pratique démocratique à Paris.

De l’autre côté de cet hémicycle, j’entends en revanche un tout autre discours dans la foulée des propositions faites par l’UMP, la semaine dernière. Un discours de colère et de frustration qui retentit avec énergie aujourd’hui. Cela m’inquiète, bien sûr. D’autant que j’entrevois comme un malentendu sur les termes même de la décentralisation. J’ai parfois l’impression que ce n’est pas la décentralisation qui obsède les élus parisiens de l’UMP, mais le gain d’un petit peu de pouvoir supplémentaire.

Vous nous faites la leçon, vous dites que le Maire ne va pas assez loin. Vous en voulez toujours plus. L’ambition est louable ! Au moins, vous reconnaissez implicitement que cette municipalité va dans le bon sens, et je ne peux que m’en féliciter. Mais vous voulez plus de quoi, au juste ?

Vous êtes bien sévère, je trouve, avec une municipalité qui a plus décentralisé que n’importe quelle autre ville française équivalente – plus que Lyon, plus que Marseille. Monsieur le Maire le rappelait justement dans sa communication. Le nombre d’équipements de proximités transférés aux arrondissements a été doublé. Les crédits inscrits aux Etats spéciaux d’arrondissements ont été multipliés par sept en sept ans. En matière d’urbanisme, le Maire de Paris va plus loin que la loi ne le prévoit quand il demande l’avis des maires d’arrondissements. Cela tranche avec les pratiques d’hier. Cela tranche avec le temps, pas lointain où le Maire de Paris, considérait les Maires d’arrondissements comme, je cite, ses « collaborateurs ». Quand aujourd’hui, la municipalité vous propose de décentraliser encore un peu plus, vous dites que ce n’est pas assez. Et je me dis que cet enthousiasme est formidable comme celui de tous les convertis.

Mais passons.

Je veux mettre cette impatience sur le compte d’une passion dévorante et soudaine pour la démocratie locale. Je veux croire que cette impatience conduit parfois à de la précipitation, et que vous n’êtes pas malveillants, mais seulement maladroits. Dans la rédaction des propositions que vous faites pour aller plus loin, notamment.

Ce que j’y lis ressemble en effet à un étrange fantasme, à un cauchemar. Et j’ai l’impression que ce qui vous hante, c’est d’avoir perdu les élections municipales, en fait, mais pas la décentralisation.

Je ne prendrai qu’un exemple. Vous proposez d’accroître notamment le pouvoir des Maires d’arrondissement en ce qui concerne l’urbanisme et la voirie. Vous réclamez que le Maire d’arrondissement rende un avis conforme sur les déclarations d’intention d’aliéner – comme les préemptions. Autrement dit, quand il s’agirait de logement social, le Maire de Paris proposerait, le Maire d’arrondissement disposerait. Ce que vous réclamez, c’est ni plus, ni moins qu’un droit de veto.

Alors en lisant cette proposition, j’ai compris. J’ai eu comme une révélation, comme un moment – oserais-je le mot ? - épiphanique. J’ai compris cette passion dévorante et soudaine pour la démocratie locale. La voilà, la solution à tous vos problèmes. Le logement social, oui, mais pas chez moi. La diversité, oui, mais ailleurs. La mixité, oui, mais loin de chez nous. Les anglo-saxons ont un nom pour ça. C’est le syndrome NIMBY. Not in my backyard. Je vous croyais heureusement convertis à la décentralisation, à la démocratie locale. Je vous découvre égaux à vous-mêmes.

La réalité, c’est que c’est votre pouvoir qui vous démange, et pas celui des Parisiennes et des Parisiens. Votre préoccupation, ce n’est pas Paris, sa diversité, la vie de ses quartiers. Vous voulez un Paris divisé, un Paris atomisé, un Paris de ghettos. On ne parle pas de décentralisation ou de démocratie locale dans ces propositions, on ne parle que de vous.

Votre rêve, ce n’est pas de construire avec l’ensemble des Parisiens un Paris pour tous. Votre rêve, c’est d’entraver à toute force et par tous les prétextes l’action de la majorité municipale. Vous voulez le pouvoir de dire non, le pouvoir de rester entre vous et d’attendre les prochaines élections bien au chaud dans des arrondissements forteresses, dans de petits Neuilly.

J’avais un espoir, le voilà déçu. Car cela ne s’arrête pas là, bien sûr. Je vois que vous avez aussi une pensée pour les personnels déconcentrés que vous voulez bien sagement aux ordres, à vos ordres. Pour résumer vous voyez la décentralisation comme un moyen d’arriver à vos fins : il ne s’agit pas de rapprocher le pouvoir de la population parisienne. Non. Il ne s’agit que de vous rapprocher du pouvoir.

Votre rêve, c’est l’entre soi. Vous n’hésiteriez pas à couper en deux la ville de Paris. Un Paris de droite, un Paris de gauche. Un Paris de la mixité sociale, un Paris sans diversité sociale. Un Paris de la majorité, un Paris de l’opposition. Vous avez une curieuse conception de la démocratie qui se résume automatiquement à la sécession dès lors que vous ne gagnez pas les élections.

Alors que les Parisiennes et les Parisiens sont touchés par la crise économique et sociale, vous n’avez qu’une chose en tête : affaiblir le Maire de Paris. Par tous les moyens, dès que possible, et jusque dans le cadre de la commission Balladur. A votre obsession de la destruction, nous ne répondrons qu’en construisant et consolidant le Paris du XXIe siècle en tendant la main à toutes celles, à tous ceux qui veulent travailler au service des Parisiens.

Car vous avez beau jeu de vous plaindre de la confiscation des pouvoirs au Conseil de Paris. C’en est même indécent quand on pense à vos amis du Parlement qui, non seulement concentrent effectivement tous les pouvoirs, mais en plus en profitent pour réduire le droit d’amendement à peau de chagrin.

A votre goût pour les manœuvres, la guerre de tranchée et les ténèbres sociales, nous répondrons en ouvrant la ville à ses habitants d’aujourd’hui et de demain. Vous voulez des remparts à l’intérieur de la ville. Vous voulez transformer les frontières administratives des arrondissements en frontières naturelles, infranchissables. Nous allons les ouvrir à tous les Parisiens.

Paris est une ville encore trop difficile d’accès. Pour les Parisiens comme pour les autres. Nous allons rapprocher les Parisiens de leur ville, nous allons faciliter leur accès à la ville, dans tous les sens du terme. Car c’est notre ambition d’une grande métropole moderne ouverte sur le monde et sur la diversité. C’est cette ambition que porte la communication présentée par le Maire de Paris. C’est pour cela que nous lui apportons notre soutien.

Je vous remercie.

Publié le

7 février 2009