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INTERVENTION SUR LE CENTQUATRE

INTERVENTION DE IAN BROSSAT

A l’heure où la culture subit des attaques incessantes, la polémique actuelle au centre de laquelle se trouve le CENTQUATRE démontre, si besoin est, la nécessité d’une politique culturelle forte et généreuse. Alors que l’Etat recule, jour après jour, que le gouvernement abandonne les artistes et les créateurs, et qu’il méprise la curiosité et le plaisir du public, l’agitation qui entoure le CENTQUATRE témoigne d’un contexte municipal fort différent, voire tout à fait opposé.

La délibération qui nous occupe aujourd’hui tombe de ce point de vue à point nommé, car l’avenant sur lequel les conseillers de Paris sont amenés à se prononcer concerne en effet la clôture du marché de maîtrise d’œuvre – ce qui nous rappelle l’extrême jeunesse du CENTQUATRE, seulement ouvert au public à l’automne 2008.
Les vœux déposés par le groupe Les Verts et le groupe Nouveau Centre semblent faire de ce point de vue une étrange course à la lenteur quand ce lieu a justement besoin de trouver le bon rythme.

Il est indéniable que cet établissement public connaît un tournant essentiel avec le renouvellement de son équipe de direction. Mais il ne s’agit pas de revoir à la baisse tout ce qui n’aurait pas marché assez vite et assez bien. La culture se construit avec le temps, et pas contre lui. La Ville n’exigera pas des artistes de travailler plus et de coûter moins. D’autres le font très bien à notre place. Il ne s’agit pas de brûler tout, de faire table rase, de remettre tout en cause, de n’écouter que ceux qui disent que rien ne va ou qui aiment jouer les Cassandre.

Car à les écouter, non seulement, le CENTQUATRE est un échec, mais en plus il empire les choses, il vole les investissements qui pourraient être faits ailleurs. Bientôt, on nous expliquera que si l’art, le spectacle ou la littérature française se noient, c’est la faute du CENTQUATRE. Heureusement, ce n’est pas le cas, ni pour l’art, le spectacle ou la littérature française, ni pour le CENTQUATRE.

Depuis un an et demi, l’établissement culturel de la ville de Paris a accumulé les preuves de sa vitalité et de sa pertinence, mais par intermittences. Il serait faux de prétendre le contraire, convenons-en. C’est pourquoi les réactions de certains, ici, me paraissent contradictoires. Moi aussi, en tant qu’administrateur, je suis très curieux de connaître les résultats de l’Inspection commandée par la Ville.

Mais je ne vois pas pourquoi il faudrait mettre en sommeil les procédures nécessaires de renouvellement de sa direction pendant plusieurs mois. C’est-à-dire mettre en sommeil le CENTQUATRE. Plutôt que de soigner le malade, endormons-le : quel intérêt ? Au contraire, il s’agit de revivifier l’établissement, de combler le vide de sa nef et de combattre son manque encore trop grand de visibilité. Cela passe par un échange entre le public et les artistes, cela passe par la poursuite de son activité redéfinie et gorgée d’un sang neuf.

Les Parisiens ont le droit de profiter pleinement de ce nouveau lieu de culture de leur Ville. Les habitants du dix-neuvième arrondissement doivent l’investir, au-delà des grandes déclarations d’intention d’une part, et des grandes déplorations catastrophistes d’autre part. Le fantasme du rien ne vaut pas mieux que les autres : n’y cédons pas.

Je vous remercie.

Publié le

13 mai 2010