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INTERVENTION SUR LE COMPTE ADMINISTRATIF

INTERVENTION D’EMMANUELLE BECKER

Le budget 2009 était un budget de crise : la Ville prévoyait des recettes fortement en baisse, principalement du fait de la chute des droits de mutation. Pour autant, le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche a soutenu le choix de la municipalité de continuer une politique d’investissements et de dépenses sociales fortes. En période de crise, quand une égalité déjà fragile se fissure et que le pouvoir d’achat est exsangue, il est de notre devoir de tout faire en effet pour garantir le droit et la dignité de tous les Parisiens. Pour le dire autrement, nous partons du principe qu’il faut justement faire plus pour les habitants quand ceux-ci en ont besoin. C’est exactement l’inverse de la politique du gouvernement – qui en fait toujours moins dans ces moments-là.

A l’examen de ce compte administratif, force est de constater que la Ville avait raison de tenir son cap, puisqu’au bout d’une année difficile, économiquement et financièrement, Paris et son département témoignent d’une réelle vitalité financière. La hausse de la fiscalité locale, si critiquée à droite, a justement permis de compenser en partie la baisse de recettes au titre des droits de mutations. C’est de cette façon que nous pouvons offrir aux Parisiens toujours plus de services, soutenir les plus démunis, les plus précaires, sans dire que les caisses sont vides et que leurs contributions ont été dilapidées en pure perte.

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Au premier chapitre de nos dépenses de l’année 2009, les travaux et les acquisitions foncières : autrement dit le logement social dont nous parlions hier. Cette politique, la plus ambitieuse jamais menée à Paris, lutte contre des phénomènes d’exclusions amplifiés par la crise – et contre la gentrification due à la spéculation immobilière. Le moindre ralentissement serait coupable, ses conséquences désastreuses. C’est pour cela qu’il fallait que la Ville continue sur ce rythme, surtout aujourd’hui.

En 2009, l’essentiel de ces opérations s’est concentré sur le 17e arrondissement, ce dont nous nous félicitons. Mais nos objectifs n’ont de sens qu’à l’échelle du territoire parisien, à l’Est comme à l’Ouest, dans le soucis de corriger le mieux possible les déséquilibres du passé. Et si nous constatons que la situation s’améliore dans certains arrondissements, d’autres font de la résistance. Les propos du Maire du 16e proférés en pleine séance, hier, ne nous laissent pas beaucoup d’espoir de le convaincre. Mais puisqu’il persiste et signe, je veux lui dire qu’il n’est pas le seul à le faire. Nous aussi, nous persisterons. Plus il renchérit en caricatures et en dérapages, plus il nous motive.

Afin de poursuivre nos objectifs en matière de logement, notre collectivité doit continuer à préempter et à réhabiliter. Et à ce titre, la baisse de moitié des investissements en matière d’éradication de l’habitat insalubre au cours de l’exercice 2009 nous confirme dans les choix budgétaires que notre groupe a portés en décembre dernier : il n’est plus acceptable que des familles mal logées continuent à être exposées à des risques multiples dont le saturnisme. C’est pourquoi à l’occasion de ce compte administratif 2009, nous portons une nouvelle fois la demande d’un effort renforcé en la matière.

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Face à la crise, de nombreux Parisiens rognent sur des dépenses essentielles, notamment sociales, des dépenses de santé en particulier. Fidèle à sa politique de la « Caisse Vide », le gouvernement en profite pour porter un coup fatal dans le dos de l’hôpital public, accusé de coûter trop cher et de ne pas être rentable, bradé à des logiques économiques libérales dramatiques.

Dans ce contexte, nous avons accueilli avec une vraie satisfaction le maintien et la hausse d’une partie des dépenses sociales du département : l’action sociale, la planification familiale, la prévention médico-sociale. Mais j’ajoute qu’à l’heure du « coup de poignard » de Roselyne Bachelot, nous devons absolument concentrer nos efforts en destination des centres de santé municipaux et associatifs. C’est une ressource collective qui permet à de nombreux franciliens de se soigner – une ressource de plus en plus rare.

En choisissant le régime le plus maigre en ce qui concerne les services publics, l’Etat pratique une double peine. Non seulement il prive les français d’une partie de leurs droits et de leurs acquis, mais il met de nombreuses collectivités devant un dilemme insoutenable. En effet, ni nous, ni aucune autre, ne pouvons nous substituer à l’Etat. Nous ne pouvons pas compenser le démantèlement de l’Education nationale, du système de santé, de notre modèle social et solidaire. Cependant nous avons le devoir de faire le maximum. Cet exercice 2009 montre que nous avons encore quelques marges budgétaires si nous réorientons certains aspects de notre politique municipale, par exemple le soutien aux établissements privés d’enseignement.

2010 verra sans doute une refonte de la politique de la Ville dont les crédits sont notoirement insuffisants. Le gouvernement ne se privera pas d’exacerber encore un peu plus les inégalités sociales. Cela va dans son sens et dans son idéologie. En juillet, à l’examen du budget supplémentaire, nous y reviendrons, j’en suis certaine.

Publié le

10 juin 2010