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INTERVENTION SUR LE MARCHE DE COLLECTE DES ORDURES MENAGERES

INTERVENTION DE IAN BROSSAT

Monsieur le Maire, chers Collègues,

La collecte des ordures ménagères se rappelle encore une fois à notre attention. Je m’en réjouis tout particulièrement car aujourd’hui, le contexte a changé depuis juillet. La délibération qui nous est proposée porte la trace des revendications des personnels et des Parisiens en faveur d’un service public de la propreté.

En ce qui concerne le choix du public ou du privé, la conviction du groupe communiste est toujours la même, vous vous en doutez. Nous militons toujours pour une municipalisation totale de la collecte des ordures ménagères à Paris. Nous estimons que la comparaison entre les services rendus par le public et par le privé n’apporte aucun argument de bon sens en faveur de la privatisation. Et nous estimons surtout que la collecte des ordures ménagères est un sujet bien trop sérieux pour le laisser aux mains du privé.

En effet, la propreté est un enjeu symbolique à l’aune duquel les Parisiens verront l’action de leurs élus « au sens propre » si j’ose dire, à la porte de leurs immeubles et dans la rue. C’est un enjeu écologique et social qui dit notre vision d’un développement durable de la ville. C’est un enjeu politique qui montre, ou pas, notre ambition en termes de services publics, d’emploi, de conditions de travail. Nous sommes très loin du seul enjeu économique de grandes entreprises toutes prêtes à se disputer nos déchets.

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Car il faut dire aux Parisiens les choses telles qu’elles sont.

A l’heure actuelle, nous n’avons pas d’étude comparative sur le prix du service rendu. Nous pouvons seulement dire que les marchés parisiens de la propreté se distinguent parce qu’ils sont plus chers que dans d’autres villes de France – du fait, en partie, des particularités géographiques de notre ville. Nous pouvons seulement constater que les seules entreprises qui sont à même de répondre aux appels d’offre demeurent les plus « grosses » du secteur. Ce sont toujours les mêmes qui profitent de la manne publique et je le dis à ceux qui en sont malgré tout convaincus : il n’y a pas ici d’effets bénéfiques induits par la concurrence puisqu’il n’y a pas vraiment de concurrence.

Dans ce cas, comment choisir ? En évaluant de manière pragmatique la propreté des arrondissements, ceux gérés par le privé, ceux gérés par le public ? C’est le bon sens, semble-t-il.

A 65%, tous arrondissements confondus, les Parisiens sont satisfaits de la propreté de leur ville. Dans le détail, rien ne permet de dire que les arrondissements gérés par le privé sont plus propres. Les 10e, 11e et 18e arrondissements, gérés par le privé, sont mêmes parmi ceux que l’on considère comme les plus sales.

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Quels sont les arguments en faveur du privé ? C’est bien simple, il n’y en a pas. En revanche, il en existe bel et bien en faveur de la municipalisation. Et ces arguments devraient tout particulièrement flatter nos convictions de gauche. Car la municipalisation permet au moins de protéger et de traiter convenablement les hommes et les femmes qui collectent nos ordures ménagères – et c’est la moindre des choses.

En effet, à la différence des salariés du privé, les personnels de la ville sont polyvalents, et cette polyvalence les protège. Ils alternent des tâches de rippers et de nettoiement ce qui modère la pénibilité du travail. Ils bénéficient aujourd’hui d’une retraite à 55 ans. Les personnels considèrent avec raison la privatisation comme une menace pour leur statut, que ce soit en termes de rémunération, de déroulement de carrière, de prise en compte de la pénibilité de leur travail ou de retraite.

Vous comprendrez donc aisément que le Groupe Communiste ne souhaite pas particulièrement se prononcer sur le choix de telle ou telle entreprise, puisqu’il milite toujours plus en faveur d’une municipalisation totale et qu’il conteste l’existence d’une réelle concurrence entre ces entreprises.

En revanche, nous prenons acte – et nous nous en réjouissons – des discussions ouvertes par la municipalité avec les personnels mobilisés pour la défense de leur métier et du service public. Je veux d’ailleurs ici leur rendre hommage. Grâce à leur exceptionnelle mobilisation, deux arrondissements sortent aujourd’hui du périmètre de la privatisation initialement programmée.

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Nous regrettons que deux arrondissements soient en revanche toujours offerts aux appétits sans scrupules du privé, mais néanmoins, parce que la Ville de Paris a su engager un dialogue avec ses personnels, nous ne voterons pas contre cette délibération. Nous nous contenterons de nous abstenir, conscients qu’il est nécessaire désormais d’avancer, et que la droite ne mérite vraiment pas que le groupe communiste lui fasse le cadeau de mettre ce mouvement en péril.

Son aveuglement dès que l’on parle de service public, son entêtement à détruire des postes de fonctionnaires dès qu’elle le peut, me rappelle les enfants boudeurs qui veulent casser quelque chose à tout prix. Néanmoins, une fois n’est pas coutume, je voudrais saluer cette droite parisienne qui n’a pas peur du ridicule. Fidèle à son goût de la contradiction « sans complexe » – mais la droite est « décomplexée », n’est-ce pas – je constate qu’elle n’hésite pas à réclamer toujours plus d’agents de la propreté dans ses arrondissements alors qu’elle travaille sans relâche à la destruction de ce service public. C’est difficile à suivre, vous l’avouerez.

Le groupe communiste s’abstiendra donc. Mais nous vous donnons rendez-vous à la prochaine négociation des marchés de la collecte. J’ai le regret pourtant de vous dire qu’avec le temps, nos convictions ne s’altèreront pas. Hier, aujourd’hui, demain, seul le service public est une réponse adaptée à la question de la collecte des ordures ménagères.

Je vous remercie.

Publié le

12 mars 2009