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INTERVENTION SUR LE TRAVAIL DOMINICAL

INTERVENTION D’HELENE BIDARD

Le pire dans ce débat serait d’en rester à des considérations abstraites quand ce qui compte avant tout, ce sont les hommes et les femmes dont nous parlons, ceux que la droite prétend volontaires pour travailler le dimanche.

Ne nous leurrons pas, cela a déjà été dit mais visiblement il faut le répéter : ce volontariat est une chimère. Entre le salarié et son employeur, la relation est inégale, c’est d’ailleurs pour cette raison qu’on l’encadre par un contrat de travail et qu’on la pacifie par le droit. Etant donnée la crise économique et l’anémie du marché de l’emploi, les salariés sont d’autant plus fragiles : il ne peuvent pas se passer d’un salaire ! Et c’est exactement de cette situation précaire et difficile dont certains patrons et l’UMP entendent profiter. L’occasion est trop belle, visiblement, de réduire le droit des salariés et le code du travail à une peau de chagrin. C’est ce qu’on appelle en général « assouplir » le code du travail. La droite n’a pas le goût de la vérité, mais elle a celui des euphémismes.

Dans le cas de l’ouverture des commerces le dimanche, de quels salariés parlons-nous ? De personnes qui – très majoritairement – ont des rémunérations notoirement basses et qui vivent en dehors de Paris. Le plus souvent, ces salariés sont des femmes dont je tiens à rappeler qu’elles gagnent en France en moyenne 20% de moins que les hommes à diplôme et emploi égal.

Voilà donc la victime de l’offensive de l’UMP, qui souhaite maintenant les faire travailler le dimanche, alors que ces femmes salariées sont déjà surreprésentées dans les contrats à durée déterminée, dans le travail partiel contraint, et qu’elles n’ont pas la plus petite part en ce qui concerne les tâches ménagères comme chacun le sait. C’est définitivement une victime de choix, c’est la preuve ici de tout l’intérêt que porte la droite aux travailleurs, et donc aux travailleuses.

Mais nous pouvons prendre ici le pari que cela ne s’arrêtera pas là. Comme les syndicats le dénoncent déjà, et comme nous avons déjà pu l’observer pour les grands magasins : en plus des jours fériés, en plus des dimanches, on demande maintenant aussi aux salariés du commerce de travailler le soir. Car pourquoi seulement le dimanche, me direz-vous : au point où on en est, le soir est encore libre, et ce serait un scandale. Il ne manquerait plus qu’elles se plaignent de devoir rentrer à des heures indues à leur domicile 22h ou minuit, puisqu’elles habitent souvent à une heure ou une heure et demi de Paris. Mais il est vrai que la spéculation immobilière sévit et que nous manquons de logements à loyers raisonnables dans notre Ville. Mais encore une fois j’entends : « de quoi se plaignent-elles, ces femmes ont un travail, c’est déjà beaucoup ». Pour reprendre les mots de Ian Brossat, c’est ce qui s’appelle du chantage.

Comme si cela ne suffisait pas, notre région et notre agglomération compte un nombre plus important qu’ailleurs de foyers monoparentaux et de personnes qui ne peuvent pas s’appuyer sur la solidarité familiale pour faire garder leurs enfants par un oncle ou par des grands-parents. Et ce sont les mêmes à qui il sera reproché de ne pas s’occuper de leurs enfants.

Quand diverses études indépendantes et scientifiques pointent du doigt la dégradation des conditions de travail, la dégradation de la santé et de l’économie des travailleurs, le gouvernement parle de modernité et de volontariat. Ce n’est pas ce que nous appelons la modernité. Et je ne vois pas bien où est le progrès là-dedans, sinon pour de grands patrons et certains actionnaires.

La modernité selon l’UMP est en marche. On ne l’arrêtera pas, c’est une fatalité. Là encore, je ne vois pas de fatalité sinon celle qui fait passer le profit de quelques-uns, les plus riches et les plus puissants, devant le bien-être du plus grand monde. Nous devons au talent de prestidigitation du gouvernement de nous faire croire qu’il y a une fatalité à ce que les riches s’enrichissent toujours plus.

L’ouverture des commerces le dimanche en est un exemple parfait puisque dans la plupart des cas, elle se ferait au profit seul des grandes enseignes commerciales. Elles nous disent qu’elles vont créer des emplois, ce qui n’est pas vrai puisqu’un grand nombre des salariés en question sont employés dans des Corners, par des marques indépendantes, et ne sont pas bénéficiaires des garanties collectives négociées. A ce titre, par exemple et pour vous dire que ce n’est pas anecdotique, les galeries Lafayette de Biarritz ont été condamnées au civil et au pénal pour l’utilisation de ce personnel de démonstration, qui finalement se retrouvait à vendre sur un ensemble de stands et plus seulement sur la marque employeuse.

On voit bien la mécanique de la rentabilité et du profit à l’œuvre. Et on comprend aussi pourquoi les représentants des petites entreprises auditionnées par le groupe de travail ne sont pas favorables au travail le dimanche. La lutte serait trop inégale.

Le dimanche est un jour de sociabilité à Paris, où 20% des commerces sont déjà ouverts : marchés, cafés, restaurants, etc. Cela répond à une utilité sociale et non pas commerciale. C’est une question de mode de développement. Aller plus loin revient à briser la protection collective qui entoure le dimanche, et nous n’y sommes pas favorables. C’est pour cette raison d’ailleurs que nous nous inquiétons, Monsieur le Maire, de la proposition que vous évoquez d’autoriser des ouvertures 8 ou 10 dimanches par an plutôt que 5. A ce train-là, en effet, c’est un nouveau rythme de travail que l’on met en place, un rythme mensualisé, dans la mesure où les jours fériés –y compris le 14 juillet- ont déjà été banalisés. 8 dimanches par an, plus les jours fériés, revient à un dimanche par mois travaillé.

Contrairement à ce que dit l’UMP, nous avons encore le choix. Il n’y a pas de fatalité. La soi-disant modernité qu’évoque l’UMP est une illusion qui veut nous décourager de faire ce choix politique du vivre ensemble contre le tout marchand. Nous ne marcherons pas dans cette combine dont le seul but est d’avilir et d’affaiblir toujours plus les plus précaires et les plus fragiles pour le bénéfice de quelques uns. Ce n’est ni la modernité, ni le progrès pour nous. Pour tout vous dire, cela ressemble plus à une régression et à un nouveau servage économique.

Publié le

10 juin 2010