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INTERVENTION SUR LE TRAVAIL LE DIMANCHE

INTERVENTION DE IAN BROSSAT

Laissez-moi tout d’abord me réjouir de ce débat qui répond à la lutte des salariés et de leurs représentants, ainsi que d’un certain nombre d’élus, dont ceux de mon groupe. En effet, le repos dominical est régulièrement attaqué depuis plusieurs années. Il s’agit là d’un bras de fer qui dure, entre les travailleurs et les patrons, mais aussi entre droite et gauche.

Ce jour, le seul où la ville respire, celui des familles, des loisirs, du sport ou de la culture, porte probablement un signe d’infamie pour la droite. Le dimanche est un symbole du droit de ne pas seulement se définir par son travail. Le symbole du droit de s’émanciper et de s’épanouir loin des Dieux de l’UMP : du marché et de la concurrence, des rivalités et de la pression entretenues par les managers. Pour tous ceux-là, c’est un manque à gagner évident, j’en conviens. Pensez-vous : un jour sur sept qui ne permet pas à quelques-uns de s’enrichir toujours plus sur le dos de tous les autres.

Ce constat motivait certainement les propos du Président de la République concernant Paris, rappelés par le Maire dans sa communication, au moment de l’adoption de la fameuse loi scélérate de 2009 sur le repos dominical. Heureusement, la décision du Conseil Constitutionnel lui rappelle que les Parisiens votent encore pour une équipe municipale et que les élus locaux ont leur mot à dire.

Dans votre communication, Monsieur le Maire, que nous approuvons, vous opposez le pragmatisme et le dogmatisme. Le dogmatisme est un terme qui convient tout particulièrement à l’offensive idéologique menée par l’UMP. En 2007, Nicolas Sarkozy parlait de la « valeur travail » avec des trémolos dans la voix : travailler plus pour gagner plus, disait-il. Il omettait simplement de dire qui gagnerait plus. Car ce ne sont pas les salariés. Eux, ils travaillent plus, c’est tout. La droite veut repousser l’âge de leur départ à la retraite, elle veut aussi les faire travailler le dimanche. Je me réjouis que la pause déjeuner existe encore.

Puisqu’il s’agit d’idéologie pour la droite, il faut une gauche d’autant plus mobilisée et déterminée, forte et convaincue.

La question qui se pose est celle du mode de développement de Paris.

Du mode de vie des Parisiens.

Souhaitons-nous laisser scandaleusement privatiser le temps des travailleurs – et de leurs familles ? Le sacrifier à une logique du profit et de la rentabilité par l’absurde qui ne les servira pas et qui n’augmentera en rien leur pouvoir d’achat ?

Ou croyons-nous que l’être humain n’est pas seulement une force de travail dévouée à son entreprise, et à l’occasion un consommateur frénétique – histoire que l’argent retourne bien d’où il vient, dans la poche des patrons ?

En ce qui nous concerne, nous affirmons le droit à la vie privée, à la vie de famille, le droit à la culture, au sport, aux ballades en vélo sur les futures voies sur berges réaménagées : en somme, le droit de faire ce que l’on veut, le dimanche. Car le droit d’avoir du temps à soi est un droit comme les autres.

Il faut chasser les fantômes et les fantasmes de ce débat. Le volontariat est un leurre. L’idée selon laquelle les salariés n’ont pas d’autre ambition que d’abandonner leurs familles et leur temps libre pour travailler le dimanche est une hypocrisie. On le sait bien, les travailleurs concernés sont en très grande majorité des femmes qui n’habitent pas Paris, et qui ont de très bas salaires et des contrats plus ou moins précaires.

C’est pour cette raison que les syndicats sont unanimement hostiles à l’extension du travail le dimanche. Et je tiens à le dire : comme beaucoup d’entreprises, notamment les petites et les moyennes. Les seuls à qui ce crime profite, encore une fois, ce sont quelques grands patrons.
Je me réjouis de voir qu’ici, notre majorité de gauche reste fidèle à la défense des salariés. Et à ce stade du débat, je ne peux m’empêcher de repenser aux propos de M. Goujon qui, lors d’un précédent Conseil de Paris, me taxait d’anticléricalisme. Avouez tout de même que ces propos prennent une saveur particulière alors que ce même M. Goujon et ses collègues s’apprêtent à brader leurs convictions sur l’autel de la loi du profit. Tout cela a de quoi faire sourire.

Publié le

10 juin 2010