Rechercher sur le site

INTERVENTION SUR LES HALLES

INTERVENTION D’EMMANUELLE BECKER

Monsieur le Maire, chers collègues,

La délibération qui nous est proposée porte probablement l’un des projets les plus emblématiques et les plus essentiels de la mandature. La rénovation du quartier des Halles participe d’un mouvement qui redessine la ville. L’ambition du projet, sa complexité, mais aussi sa situation centrale, en font une pièce essentielle du Paris à venir qu’il nous faut absolument imaginer dès aujourd’hui. Il s’agit pour notre municipalité de trouver l’équilibre entre un constat et une vision, des besoins actuels et des besoins futurs : être enthousiaste, être audacieux.

Ventre de Paris, il y a encore cent ans, les Halles sont aujourd’hui le cœur battant de la capitale – plateforme unique d’échanges humains et économiques. Les centaines de milliers de voyageurs transitant par la gare des Halles ont considérablement intensifié les relations de la Ville avec son agglomération. L’entrée dans Paris ne se fait plus seulement, désormais, à la périphérie, mais aussi en son cœur géographique et urbain. En irrigant la capitale depuis le cœur, les habitants des villes voisines de Paris lui ont non seulement donné un supplément de vie économique et sociale – mais ont également accéléré un processus d’intégration métropolitaine qui est notre horizon à tous.

I / En cela, les Halles d’aujourd’hui esquissent déjà les Halles de demain. Ce projet de rénovation en découle logiquement.

La fréquentation exceptionnelle de la gare et du forum a en effet intensifié le vieillissement des installations et des structures. Les différents usages du lieu, son mouvement permanent, ont rapidement rendu évident la vétusté comme l’obsolescence des différents espaces. L’augmentation du trafic ferroviaire d’une part, à l’interconnexion de quatre lignes de métros et de trois lignes de RER, mais aussi le succès du centre commercial et des équipements publics ont progressivement étouffé le cœur de Paris. Ainsi sont apparues, ces dernières années, non seulement de réelles difficultés fonctionnelles, mais également des risques pour la sécurité des usagers et des visiteurs, ou encore une inscription perfectible – pour le moins – de l’ensemble des Halles dans la continuité du quartier et de l’arrondissement.

Si la municipalité n’avait pas lancé ce projet de rénovation, c’est d’une véritable asphyxie du cœur de Paris que nous aurions à répondre. Or le nœud de communications et d’échanges des Halles est tel qu’il est évident que cette asphyxie aurait largement dépassé la simple nécrose d’un espace ou d’un quartier. Il fallait le faire. C’est pourquoi le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche accueille favorablement cette délibération. Cette rénovation s’inscrit à l’évidence dans une ambition de réinventer constamment Paris, de ne pas la laisser s’endormir et se muséifier. Pour soutenir cet effort, notre ville a besoin d’un cœur neuf.

Aujourd’hui, 800 000 voyageurs empruntent chaque jour la gare des Halles – 500 000 visitent le forum. Quand on compare ces chiffres aux 17 000 habitants du 1er arrondissement, on comprend vite que le défi des Halles est avant tout celui de la concentration des usagers, des équipements publics et des transports urbains. Dans un espace relativement réduit – puisqu’il ne fait qu’un peu plus de huit hectares – il nous faut repenser nos modèles urbains en tenant compte de cette concentration exceptionnelle. Il faut que les Halles restent un lieu d’échanges, ouvert, créatif – et deviennent encore plus un lieu de partage et de rencontre entre les Parisiens et les non-Parisiens.

II / Parce que cette densité sans équivalent du cœur de Paris est un élément d’avenir, un atout en même temps qu’un enjeu fragile.

Dans le cadre de la concertation sur le projet de rénovation des Halles, il ressortait d’une étude sur les jeunes métropolitains que cet espace au cœur de Paris valait justement par sa diversité et sa densité. On vient aux Halles pour s’y retrouver mais aussi et surtout pour voir du monde, pour voir le monde. Dans la bouche d’un grand nombre de jeunes interrogés, il y avait cette expression : « on vient aux Halles pour être tranquille ». Contrairement à beaucoup de préjugés donc, de nombreux jeunes viennent aux Halles pour être tranquilles. Nous sommes très attachés à ces expériences et nous ne voulons pas qu’une politique de contrôle de police systématique des jeunes vienne fragiliser la fréquentation de ce quartier.

L’esprit des Halles, c’est celui d’une trêve métropolitaine, d’un espace pacifié où l’on se côtoie avec un sentiment égal d’appropriation et de tolérance. La grande inquiétude, d’ailleurs, de ces jeunes franciliens, ce n’est pas que l’on défigure les Halles, c’est qu’on en change l’esprit. Le but de cette rénovation doit être de penser l’espace sans en changer l’esprit. Le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche tient tout particulièrement à cette exigence qui rappelle la dimension métropolitaine du site. C’est d’ailleurs le sens du vœu que nous avons déposé demandant que la mixité sociale ne soit pas sacrifiée sur l’autel d’un centre commercial de prestige. Par ce vœu, nous demandons au Maire de Paris de s’assurer auprès d’Unibail que sa stratégie commerciale réponde à l’exigence d’une offre commerciale accessible, qui garantisse la mixité sociale, et qu’il inscrive cette exigence dans la programmation des espaces publics et commerciaux. Il n’y aurait pas de plus grande erreur que de vouloir altérer la fréquentation des Halles en attirant une clientèle plus fortunée. Cela contredirait justement cet esprit que nous voulons maintenir et renforcer.

Rien ne laisse présager que demain, la fréquentation du site se stabilise ou baisse. La seule chose qui pourrait peut-être la ralentir, c’est un effet de saturation – parce qu’il arrive un moment où on ne peut pas pousser les murs. En moins de dix ans, la fréquentation de la gare a progressé de 300 000 voyageurs. Sachant que les deux tiers fréquentent le forum, comment ferions-nous dans 10 ans avec 200 000 personnes de plus, encore ? Les Halles doivent être l’occasion pour nous de penser nos villes à venir à l’aune de cette densité renforcée et d’une diversité à promouvoir. Dans ce cadre, l’articulation dans le temps et l’espace de l’accès au travail, à l’éducation, à la santé, aux loisirs, est essentiel. L’urbanisme à venir ne s’inventera pas dans la seule alternative entre les différents modes de circulation.

III / C’est pour cette raison qu’un projet global de rénovation s’impose – et non un replâtrage au détail et dans l’urgence.

La complexité de l’ensemble, la nécessité d’un équilibre entre les usages, les hausses continues de la fréquentation de la gare et du forum, rendent indispensable une vision à long terme du quartier et de Paris. Et ce n’est pas la crise, en l’occurrence, qui doit nous le faire oublier. La constance de notre vision de la ville de demain est en effet une partie de la réponse locale à cette crise globale. Ce n’est pas en nous recroquevillant et en attendant le retour des beaux jours que nous serons utiles aux Parisiennes et aux Parisiens. Mais en leur donnant les moyens à la fois de surmonter la crise et d’imaginer leur ville à venir.

Le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche se félicite que ce projet soit justement global, ambitieux, et surtout qu’il respecte l’unicité du site. Il nous appartient désormais de faire en sorte que ce projet soit durable et qu’il porte une utilité sociale. C’est pour cette raison que nous sommes particulièrement exigeants quant à l’équilibre entre les services, les équipements et les usages commerciaux et sociaux du site. Et à ce titre, il nous semble que nous devrions poursuivre la recherche d’une meilleure répartition entre équipements publics et structures commerciales. Ce dont les Parisiens et les franciliens ont besoin, c’est d’un espace qu’ils pourront s’approprier, qui sera le leur – pas seulement d’un grand magasin de luxe sur plusieurs niveaux, ou d’une gare flambant neuve. C’est pourquoi, le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche a déposé un vœu demandant que la ville prévoie des équipements sportifs en libre accès dans le futur jardin des Halles. Ces installations permettraient de diversifier les usages de cet espace public par la mise à disposition d’équipements sportifs gratuits.

De plus, il est essentiel de se rappeler toujours, à toutes les étapes de la rénovation, la dimension métropolitaine du site – et d’associer à nos préoccupations et à nos efforts les franciliens qui fréquentent et construisent la vie des Halles, autant que nous. C’est dans le souci de préserver cet esprit si propre aux Halles et parce que ce lieu est tout à fait symbolique de la métropole qui s’est construite ces dernières années, que le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche a déposé ses vœux, notamment celui qui demande qu’il ne soit pas fait de distinction, dans la tarification des équipements publics, entre Parisiens et résidents des communes voisines.

Le cœur de notre ville doit être à son image, il doit rayonner et inspirer Paris tout entier. En miniature, il doit porter nos valeurs et la promesse que nous avons faite aux Parisiens d’une ville ouverte et d’une ville pour tous.

Je vous remercie.

Publié le

8 avril 2009