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"Petite ceinture ferroviaire : osons le rail"

Didier le Reste est intervenu pour réinscrire la petite ceinture dans une dynamique ferroviaire. Nous avons obtenu l’organisation d’assises de la multimodalité de transport de marchandises et de la logistique urbaine.

Retrouvez l‘intervention de Didier le Reste

Madame La Maire,
Chers collègues,

Au regard de l’ambition que nous avons et des objectifs que nous nous sommes fixés au travers d’un certain nombre de mesures adoptées en matière de lutte contre la pollution et d’amélioration de la qualité de l’air, le citoyen confronté à ces enjeux peut être surpris voire désorienté par les dispositions contenues dans le protocole cadre relatif à l’avenir de la petite ceinture ferroviaire qui nous est soumis aujourd’hui.

En effet, en fonction des enjeux environnementaux lourds posés aux Parisiens : pics de pollution de plus en plus répétitifs, nombreuses lignes de métro et de RER saturées aux heures de pointe, et pas exclusivement, l’augmentation de plus de 30% de fréquentation du réseau Transilien en 10 ans, le tramway sur le boulevard des Maréchaux lui aussi de plus en plus saturé, sans aucune marge d’amélioration alors que l’on continue à construire le long de son tracé et enfin des axes routiers (périphériques et Paris intra-muros compris) également très souvent engorgés, générant des nuisances phoniques et pollutions atmosphériques,
comment comprendre que l’on propose de sacrifier la vocation ferroviaire de la petite ceinture ?

Je crois utile de rappeler que c’est la seule infrastructure ferroviaire en site propre de rocade à Paris. Elle offre des connexions avec 9 lignes de métro sur 14, 2 lignes de RER (B et C) des possibilités d’autres connexions avec la ligne RER A à l’Est, la B au Nord et la D au Nord et Sud-Est tout comme avec le réseau RATP de surface.
De plus elle est en relation avec des gares marchandises toujours actives.
Cette infrastructure ferroviaire fait partie du Réseau Ferré National et a une vocation régionale au regard de son maillage et des interconnexions susvisées.

De ce point de vue, je pose la question :
Pour quelles raisons la région Ile de France n’est-elle pas partie prenante des discussions avec la SNCF et la Ville de Paris alors qu’elle a inscrit la petite ceinture ferroviaire dans le SDRIF et le PDUIF sous l’impulsion du vice-président Vert du Conseil régional chargé des transports ?

Je pense, à l’expérience, que la petite ceinture ferroviaire est méconnue dans sa dimension transport, elle n’est vue et mise en valeur que par le prisme de la végétation et de la biodiversité qu’elle recèle, ce qui a mon sens a en grande partie tronqué les débats avec les citoyens.

La principale responsabilité de cette situation incombe bien sûr à la SNCF et à RFF qui n’ont jamais proposé de projets structurants permettant de réactiver cet axe ferroviaire.

Il est vrai que ces dernières années, la SNCF avec son groupe s’est plus attachée à développer des activités routières que le rail public avec le consentement des gouvernements successifs.

Les seules propositions qui ont été travaillées au-delà de celles d’organisations syndicales, l’ont été en 2006 de la part de la filiale ingénierie SYSTRA, commune à la SNCF et à la RATP visant à mettre en service un tramway au départ de la Gare de Lyon et empruntant la petite ceinture ou encore une étude du STIF proposant le prolongement du T8 dans Paris par le biais également de la petite ceinture.

Le prolongement du T8 vers la Porte de Vincennes et au-delà vers la Porte de Charenton offrirait par exemple aux usagers de la ligne 8 du métro un accès rapide au pôle d’échange que constituent les Gare de Paris-Lyon et Paris-Bercy.

On ne peut pas comme c’est semble-t-il le cas, éluder la question des moyens de dessertes et d’approvisionnement d’une ville de plus de 2 millions d’habitants et d’une agglomération de plus de 12 millions d’individus alors que l’on dispose d’une infrastructure de transport en site propre qui a certes besoin d’être rénovée.

A fortiori que le Grand Paris n’intègre pas la dimension du transport de marchandises par rail et que le métro de ce grand Paris ne sera pas prêt pour les JO, si Paris les obtient ce que nous souhaitons.

Lundi dans le cadre du débat sur les JO, plusieurs interventions ont souligné l’aspect déterminant de la consistance de l’offre de transport en commun pour valoriser la candidature de Paris.

En quoi ouvrir au public la petite ceinture, donc sacrifier en quelque sorte sa vocation ferroviaire de par le tronçonnage engagé, va-t-il réduire les émissions de gaz à effet de serre et désaturer les axes routiers ?

En quoi cette ouverture va réduire les nuisances phoniques et les pollutions que subissent quotidiennement les riverains du boulevard des Maréchaux et du périphérique !?

La Ville de Paris s’est engagée dans une démarche que nous soutenons visant à développer la logistique urbaine.

En considérant que de plus en plus les transporteurs ont cherché à maîtriser l’ensemble des aspects logistiques liés à la prestation transport.

L’idée est donc de préserver le foncier et d’investir dans des plateformes logistiques multimodales aux portes de Paris que la petite ceinture ferroviaire pourrait relier dans la mesure où elle est connectée aux gares de marchandises encore en activité.
La collecte et la distribution par mode routier ne se feraient donc plus que pour de très courtes distances à partir de points de relais/stockages afin d’assurer les livraisons/enlèvements au plus près des quartiers parisiens.

Le besoin d’espaces verts pour les Parisiens est une demande indéniable mais je ne pense pas que la réponse appropriée soit de sacrifier une infrastructure de transport malgré certaines formules rassurantes visant à démontrer le contraire.

Nous pensons que notre responsabilité d’élu au regard des enjeux en présence et à venir doit nous conduire à créer les conditions d’une réflexion approfondie sur les services que pourrait rendre à la collectivité parisienne et métropolitaine la petite ceinture ferroviaire en matière de transport.

C’est pourquoi, et c’est le sens d’un de nos vœux, nous proposons que la Ville de Paris organise les assises de la multimodalité du transport de marchandises et de la logistique urbaine, permettant de renforcer les conditions de la transition écologique.
Pour terminer je reprendrais un ancien slogan de la SNCF « là où le rail passe, la vie reprend », alors chers collègues, osons le rail !

Publié le

15 avril 2015

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