Rechercher sur le site

Intervention Danièle Premel contre le travail du dimanche

L’extension du travail du dimanche n’est une mesure ni pragmatique ni protectrice, elle est au service de la libéralisation du travail, à la déréglementation du droit du travail et au service des intérêts du patronat et des grands enseignes.

Retrouvez l’intervention de Danièle Premel

Madame la Maire,

Je me suis réjouie que vous soyez reconnue décisionnaire quant à la détermination du nombre de dimanches ouvrés sur notre territoire. J’ai considéré cela comme une victoire, une avancée majeure en terme de souveraineté, de surcroît après les différents passages en force du gouvernement comme la loi Macron.

Mais je suis aujourd’hui surprise et déçue d’avoir à réinsister sur le fait que ce pouvoir de décision doit être au service des salarié-e-s et des petits commerces indépendants de proximité. Le communiqué de presse de la Ville parue le 18 octobre annonçant les 12 dimanches ouverts, parle « d’une mesure pragmatique et protectrice des salariés ». Le communiqué évoque la difficulté pour les petits commerçants de faire face aux Zones Touristiques Internationales ainsi qu’à la chute de la fréquentation touristique.

Le rapport de la MIE, dont j’étais membre, est très clair, je cite : « la quasi-totalité des organisations syndicales considèrent qu’il n’y a pas d’autre justification à l’extension du travail dominical que la volonté des grandes enseignes de conquérir des parts de marché au détriment des petits commerces ». Vos adjoints ont exprimé la même inquiétude. La Chambre des Métiers n’est pas favorable non plus aux 12 dimanches. Le Comité des associations de commerçants de Paris insiste sur le fait que « le travail dominical et nocturne sera très difficile à mettre en œuvre pour les petites et moyennes structures et peut entrainer des distorsions de concurrence entre grandes et petites entreprises ».

Nous sommes dans un pays qui souffre : de la crise économique et de la peur des attentats. Tout le monde sait que le problème des consommatrices et consommateurs, des touristes ne vient pas de la politique de l’offre mais bien du pouvoir d’achat et du dépassement de la situation de l’État d’urgence. Ouvrir un jour supplémentaire est tout au plus une incitation à la consommation, mais surtout inutile lorsque l’on n’a de toute façon pas les moyens de faire des achats les autres jours. Le rapport de la MIE stipule que « la plupart des experts conviennent que le montant global des achats des Parisiens et Franciliens est déterminé par des facteurs infiniment plus décisifs que l’ouverture dominicale. La consommation globale ne changerait pas, parce que le pouvoir d’achat resterait le même ».

Vous œuvrez à ce que la fabrication française, parisienne, à ce que la création locale soit mise en valeur à Paris. Alors pourquoi offrir encore plus d’avantages et de visibilité à des grands groupes qui se cachent trop souvent derrière des petites boutiques ? Ouvrir le dimanche est une vitrine pour les chaînes, mais elle n’est en aucun cas un moyen de faire un chiffre supplémentaire.

Je cite pour conclure le rapport de la MIE dans le chapitre sur les préconisations formulées par la majorité municipale puisqu’elle a été faite pour qu’on l’écoute : « 20 à 25 % des commerces et beaucoup de services publics sont ouverts le dimanche. Nul ne peut sérieusement soutenir que les Parisiens et les touristes sont privés le dimanche des services et des commerces qui leur sont nécessaires. Les arguments économiques en faveur d’une ouverture dominicale plus large ne sont pas concluants. Elle ne changerait pas le pouvoir d’achat, et donc le chiffre d’affaires des magasins. Quant aux touristes, ils trouvent les magasins ouverts durant les 4 à 6 jours qu’ils passent en moyenne à Paris. »

Pour conclure, encore et toujours en m’appuyant sur le rapport de la MIE, ce qui remet réellement en cause l’existence des petits commerces, c’est l’augmentation des loyers ainsi que l’augmentation des magasins d’enseigne. Ces 12 dimanches ouvrés ne sont en rien une réponse pertinente aux difficultés que rencontrent les petits commerces indépendants de proximité. Cette mesure n’est ni pragmatique ni protectrice, elle est au service de la libéralisation du travail, à la déréglementation du droit du travail et au service des intérêts du patronat et des grands enseignes.

Le pragmatisme, Madame la Maire, c’est d’écouter les alertes et refus que mettent en valeur le rapport de la MIE, c’est d’écouter les organisations syndicales.

Le pragmatisme, Madame la Maire, c’est de prendre une telle décision que sur la base des études d’impacts prévues et non encore réalisées et non pas sur les sentiments, les impressions ou les pressions.

Le pragmatisme, Madame la Maire, c’est de revenir aux valeurs que vous portiez auprès d’Emmanuel Macron dans votre lettre du 4 septembre 2015 : « Paris, grâce à son patrimoine culturel, son organisation sociale et à sa politique offensive en faveur du maintien du commerce de proximité, a su jusqu’à présent, conserver son identité propre et sa spécificité. L’indifférenciation et la standardisation des grandes villes mondes n’est pas le projet que je porte pour Paris ».

Madame le Maire, faites que ce « Jusqu’à présent » soit pour demain l’avenir de Paris,

Je vous remercie,

Publié le

9 novembre 2016

Auteur-e-s