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Intervention Nicolas Bonnet sur le schéma de développement touristique

Madame la Maire, mes chers collègues,

Sur le constat, nous ne pouvons être que d’accord. Les épreuves qu’a traversées notre Ville l’année dernière ont eu un impact important sur le tourisme, nul ne le conteste.

Bien entendu, nous ne pouvons, ni ne devons être indifférents aux conséquences en matière d’emploi et de vitalité des entreprises directement liées au tourisme, comme à l’hôtellerie et la restauration. Ce sont près de 500.000 emplois qui en dépendent.
Il y a donc des raisons conjoncturelles qui font que Paris a été moins attractif pour les touristes. Les attentats n’ont pas touché simplement la France ; pensons à d’autres pays comme l’Egypte, la Tunisie ; deux pays qui ont vu fondre la manne touristique dans leur économie, du fait du terrorisme.

Dans l’économie française, francilienne et parisienne, le tourisme représente une part très importante du PIB, mais nous ne dépendons heureusement pas uniquement du tourisme.

Nous avons été scandalisés par les propos de Monsieur Nicolas BAVEREZ qui a fait la semaine dernière, dans "Le Figaro", un portrait au vitriol de notre capitale et de sa capacité d’attractivité.
Derrière l’outrance des paroles, il y a un projet de société, une ville dont les habitants ne seraient plus que des serfs corvéables à merci, ne travaillant que pour le tourisme, et quel tourisme ! Monsieur BAVEREZ en profite pour dire que c’est le logement social, le modèle social français, les charges des entreprises qui déclasseraient notre capital.
Cette tribune démontre que derrière la question de l’attractivité de Paris se joue la vision que nous pouvons avoir de Paris.
Nous avons sur le tourisme la même approche que nous devons avoir sur la population parisienne.

Est-ce que nous devons nous adresser à un certain tourisme d’affaires ou de luxe qui, pourtant, si l’on en croit les chiffres, ne représente qu’un tiers des touristes parisiens ou bien est-ce que nous devons nous adresser à toutes et à tous, aux jeunes, aux étudiants, et au tourisme social ?

Une ville pour toutes et tous, cela veut dire pas de zone de non-droit au logement social dans notre ville. Cela veut dire aussi de ne pas concentrer les emplois touristiques dans certaines zones. Le choix que nous avons fait en votant le P.L.U. est de mettre plus de souplesse dans la gestion de notre espace, et les investissements dans les quartiers populaires ne sont pas que la création de logements et d’équipements publics mais bien aussi des bureaux et des espaces dédiés à la réindustrialisation de notre ville, dans l’esprit qui a guidé notre MIE "Fabriquer à Paris".

Le prix du foncier nous contraint, nous le savons tous, et nous sachons aider et soutenir les projets d’auberges de jeunesse et de solutions coopératives qui permettent à des jeunes et moins jeunes de découvrir notre capitale dans de bonnes conditions, sans sacrifier leur budget à l’hébergement.

Les études faites sur le tourisme à Paris convergent toutes sur un point : les touristes ne viennent pas à Paris pour y vivre les mêmes choses qu’ailleurs. D’ailleurs, vous-mêmes, en 2015, lors de notre bataille contre la loi Macron et création des ETI, nous écriviez au Ministre : les zones que vous projetez d’instituer relèvent le fantasme d’une ville entièrement dédiée à un tourisme consumériste et vous insistiez sur la singularité de la vie parisienne.

Les touristes viennent pour une certaine qualité de vie, pour la diversité de son patrimoine, ils viennent pour l’histoire et la culture parisienne. Ils ne viennent pas pour courir des rayons de supermarché à 3 heures du matin.
Il est intelligent de travailler à de nouvelles entrées pour un tourisme parisien qui sorte des sentiers battus et fasse découvrir un Paris pittoresque soit, mais aussi un Paris qui bouge au plan culturel et architectural. Les pistes avancées par Jean-François MARTINS sont intéressantes en ce sens.

Je le disais en début de mon propos, le tourisme est source d’emploi, sachant, et là je m’adresse aux professionnels du tourisme, ne pas céder à la facilité. Il n’y a pas de fatalité à ne vendre que des produits touristiques bas de gamme fabriqués à 10.000 kilomètres de la Seine. Relançons la création d’objets à Paris, c’est aussi un défi auquel les professionnels du tourisme devraient s’atteler. Produire y compris à Paris des objets liés à notre histoire, notre patrimoine est un défi économique que nous devons aider.
Le luxe a sa place, mais tout touriste ne revient pas à Paris avec un carré Hermès ou un sac en toile aux deux consonnes enchevêtrées, n’est-ce pas

Je pense aussi à l’emploi direct, l’hôtellerie, la restauration, les guides et autres agences touristiques. Oui, nous devons aller vers plus d’emplois pérennes dans ce domaine. Il faut professionnaliser le secteur et ne pas avoir recours, comme le propose la Présidente de la Région, à des stagiaires. L’accueil et l’accompagnement des touristes, c’est un métier. Ne le dévalorisons pas ; au contraire, développons-le.
Pour me résumer, le tourisme doit encore croître et se développer à Paris, mais doit profiter aux Parisiennes et Parisiens et aux Franciliens et ne pas se faire contre eux. C’est à ce prix que nous verrons, comme c’est le cas depuis des dizaines d’années, cohabiter en bonne intelligence les Parisiennes et Parisiens et les touristes du monde entier.

Publié le

14 novembre 2016

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