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Intervention Sur Les Halles

Intervention d’Emmanuelle Becker

Chers collègues, cette délibération revient sur l’un des projets les plus ambitieux mais aussi les plus emblématiques et les plus complexes de cette mandature.
Le succès de la rénovation des Halles tiendra à la capacité du nouvel ensemble à intégrer le plus harmonieusement possible les services, les équipements et les usages commerciaux et sociaux du site.
L’ancien ventre de Paris est au cœur de huit hectares qu’il s’agit de reconstruire sans trahir son caractère.
Les Parisiens, mais aussi les Franciliens, attendent de nous que nous soyons audacieux et responsables, et si ces enquêtes publiques nous renseignent sur les attentes d’un certain nombre de riverains et de Parisiens, il ne s’agit pas d’oublier qu’avec la gare des Halles, c’est toute la région parisienne qui est concernée.
Le coeur de Paris est en effet au plus proche des villes voisines qui lui apportent quotidiennement un supplément de vie économique et sociale. Et à l’évidence, les enquêtes publiques, si elles sont instructives, nous offrent un point de vue surtout parisien.
Une première satisfaction à la lecture du rapport de la commission d’enquête tient néanmoins à la justification du projet dans son ensemble. Nous n’en doutions pas mais il faut le signaler : il ne s’agit pas seulement du constat du vieillissement précoce du site dû à une fréquentation exceptionnelle ; il s’agit également d’un enjeu pour les années à venir.
Comme le note la commission d’enquête, une réflexion à l’identique aurait coûté très cher et n’aurait pas répondu, je cite, "à la demande actuelle du public".
Autant dire que notre projet doit correspondre à une certaine vision humaine et urbaine, économique et sociale.
Aux Halles, il est indispensable de protéger le caractère du lieu, ouvert à la déambulation et aux échanges ; un espace démocratique avant tout dédié aux services publics et aux usagers.
Nous ne souhaitons pas que le cœur de la ville se contente d’être un centre commercial flambant neuf uniquement organisé selon une logique marchande.
Dans le même ordre d’idée, si une telle structure réclame bien sûr une attention renouvelée à la sécurité et à la sûreté des visiteurs et des usagers, il serait dommage que l’une des portes d’entrée principale de Paris ressemble à un gigantesque sas de banque aseptisé et vidéosurveillé.
La commission d’enquête relève que les contributions des Parisiens sont très limitées sur ce sujet. La sécurité ne les inquiète pas, qu’il s’agisse des Halles d’hier ou de demain.
Je renouvelle donc ici les préoccupations de mon groupe concernant la vidéosurveillance trop souvent considérée comme une solution a priori. La formidable fréquentation du site et ses différents usages invitent à une gestion policière humaine et patiente, à une politique essentiellement de prévention.
À moins de vouloir à tout prix transformer le cœur de la ville en coffre-fort ou faire de cette porte de Paris une frontière ou un octroi. Ce n’est pas la vidéosurveillance des chantiers pendant les travaux qui nous préoccupe, mais l’installation dite pérenne, intégrée au plan 1.000 caméras, qui prévoit également la vidéosurveillance du jardin.
Le groupe Communiste s’inquiète de ce dispositif et des conditions, à la fois de son installation, et de l’utilisation des images. C’est la raison pour laquelle nous voterons le vœu du groupe Verts qui va dans ce sens.
Une autre réflexion nous anime par ailleurs à la lecture des recommandations de la commission d’enquête et des réponses de la ville en ce qui concerne l’installation de cafés sous la Canopée.
Il faut prendre en compte les inquiétudes légitimes des riverains en matière de nuisances sonores et prêter une attention toute particulière aux horaires de ces établissements, ce que la Ville s’engage à faire.
Néanmoins, il faut aussi trouver cet équilibre qui permettra à ce site de vivre au jour le jour, y compris la nuit.
Vous l’aurez compris, il est essentiel pour nous qu’à terme, le cœur de Paris continue de battre, qu’il constitue un espace d’échanges et de liberté, de rencontres, qu’il participe de ce foisonnement démocratique et urbain qui fait la richesse d’une ville.
Au titre de l’intégration des usages économiques et sociaux du site, les enquêtes publiques nous renseignent peu, et c’est dommage, sur les services que les Parisiens et les Franciliens aimeraient trouver aux Halles. Il nous semble pourtant essentiel de maintenir une véritable exigence en la matière, comme un contrepoint aux logiques commerciales fortes du lieu. La vigilance de la Ville devrait tenir notamment au respect de l’équilibre entre les équipements publics, les services et l’activité économique des Halles. Au regard de la très forte affluence dans le quartier, il est légitime d’en profiter pour implanter des services utiles aux Parisiens.
Sa densité, sa centralité et son accessibilité invitent à aller dans ce sens, dans le sens d’un projet durable et utile socialement.
Pendant les travaux qui s’annoncent, vous prévoyez d’être attentifs à la préservation des emplois et de l’activité économique de ce quartier. Il s’agit également de protéger une part essentielle de l’esprit du lieu.
La commission d’enquête formule une recommandation légitime en l’occurrence, invitant le maître d’ouvrage à mettre en relation les parties prenantes avant le début des travaux. Nous apprécions tout particulièrement la diligence de la Ville ici qui tient à rappeler dans sa réponse qu’il s’agit d’une priorité.
Nous voudrions rappeler ici une proposition que nous avions déjà faite par ailleurs. Considérant le grand nombre de salariés présents sur le site, la fragilité des emplois parisiens à l’heure actuelle et la représentation insuffisante du monde du travail dans un certain nombre d’instances participatives, notre groupe avait fait voter l’idée de créer un Comité consultatif du monde du travail. Dans le cadre particulier de ce chantier emblématique, qui engage la pérennité d’un grand nombre d’emplois et de commerces, il me semble que la réunion de ce comité aurait toute sa place. Il ne s’agit pas, en effet, que de s’entretenir avec les propriétaires et les gérants des commerces voisins mais de prendre aussi en compte les inquiétudes des travailleurs et des salariés.
La tâche était difficile et le projet de la Ville est ambitieux. Ne nous y trompons pas ! Les recommandations de la commission d’enquête révèlent à la fois cette ambition et cette difficulté.
Il faut proposer au cœur de Paris un projet urbain moderne et qui réhabilite un espace vieillissant.
Un grand nombre de points positifs et d’éléments satisfaisants émergent du projet, comme de l’enquête publique. Tout reste à faire : la transition entre l’espace tel que nous le connaissons aujourd’hui et l’espace tel qu’il sera demain réclame une grande attention à l’esprit du quartier et à son caractère, à sa nature et à ses usages.
Je vous remercie.

Publié le

31 mars 2010