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Intervention contre la réforme du Bureau de la Santé Environnementale et de l’Hygiène

Intervention de jean Noël Aqua

Madame la Maire, mes chers collègues,

Les élu-es communistes-Front de Gauche voteront contre les délibérations DASES 7 et 162-G qui entérine la restructuration du Bureau de la Santé Environnementale et de l’Hygiène, comme nous voterons contre la délibération DFA 23-G qui sera présentée plus tard dans ce conseil et qui prévoit le transfert au secteur privé du contrôle sanitaire des cuisines de plusieurs établissements de l’aide sociale à l’enfance.

Cette position n’est pas nouvelle, nous l’avons défendu dans cet hémicycle à plusieurs reprises ces derniers mois, sans pour autant avoir été entendu par l’exécutif. Nous le regrettons.
Car en effet, nous avons deux principales réserves sur ce projet de restructuration de ce service public de la santé environnementale.

Tout d’abord, la Ville fait le choix de confire au secteur privé toute une série d’analyse que nous réalisions par nous-même. Il s’agit notamment du contrôle des établissements sanitaires des établissements de l’ASE, comme je le disais à l’instant, ou du contrôle de la qualité de l’air, sujet de santé publique ô combien important pour nos concitoyens. Pourquoi sommes-nous opposé au transfert de ces activités au privé ? Tout simplement parce que nous constatons chaque jour qu’en matière d’expertise les acteurs privés ne sont pas fiables.

Il y a quelque mois, on apprenait que le groupe Volkswagen, vernis scientifique à l’appui, mentait sur les émissions polluantes de ses véhicules.
Plus récemment, c’est le cas du professeur Michel Aubier qui a mis en lumière les dérives du secteur privé. Ce professeur, chef du service de pneumologie-allergologie à l’hôpital Bichat de Paris, professeur à l’université Paris-Diderot, déclarait récemment à la télévision qu’il ne pensait pas « que le fait d’être exposé à une pollution ambiante, comme on en a dans des villes comme Paris, prédispose au cancer du poumon ». Le problème de cette déclaration, c’est que le professeur Aubier oubliait alors de rappeler qu’il était également médecin conseil de l’entreprise Total, fonction qu’il occupe contre une rémunération avantageuse de 50 à 60.000 euros par an. Fonction que le professeur Aubier n’avait pas non plus daigné déclarer lorsqu’il était auditionné par la commission d’enquête du Sénat sur le coût économique et financier de la pollution de l’air en avril dernier.

Je m’arrêterai à ces deux exemples qui suffisent, je pense, à expliquer notre opposition à l’abandon d’une partie des capacités d’analyse publiques.
Vous le savez, nous sommes extrêmement attachés au service public car nous pensons que le secteur public offre une garantie de statut pour les personnels et des moyens récurrents qui peuvent permettre de s’affranchir des logiques purement comptables. Les chercheurs et les techniciens du service public peuvent plus facilement développer un travail rigoureux dans l’intérêt de tous.
L’exemple le plus flagrant des formidables capacités du secteur public est celui de l’alerte au réchauffement climatique. La mobilisation des peuples et de leurs Gouvernements lors de la COP 21 n’aurait jamais eu lieu sans le travail du G.I.E.C, ce groupe d’experts indépendants constitué en France par des chercheurs, statutaires, travaillant dans des laboratoires publics. Ces chercheurs ont révélé la réalité objective du réchauffement. Les garanties que leur ont apportées leur statut et le financement récurrent de leurs recherches a permis à ces chercheurs d’être de vrais lanceurs d’alertes, indépendants des lobbys pétroliers, indépendants des lobbys religieux et indépendants des lobbys idéologiques.

Notre deuxième réserve sur ce projet est liée à son impact sur les personnels et les usagers.

Nous nous demandons encore ce que deviendront précisément les dizaines d’agents du SMASH, le service de désinfection de la Ville de Paris. Dans quelle direction seront-ils incorporés ? Pour quelles missions ? Dans quelles conditions ? Les agents ont essayé de se faire entendre pour que leur avis soit pris en compte mais ils se sont heurtés à un mur, à un projet déjà ficelé qu’il a été impossible de négocier.
Du côté des usagers, la Ville assurait jusqu’à présent des interventions chez les particuliers comme par exemple la dératisation. Là encore, le choix a été fait de laisser le champ libre au secteur privé. Mais si je m’en tiens aux derniers échanges avec l’exécutif, la Ville devrait conserver une partie de ses moyens pour continuer à intervenir chez les particuliers les plus modestes. Des critères sociaux ont-ils été arrêtés pour ces prestations ? A quel stade en est-on ?

C’est pour l’ensemble de ces raisons que les élu-es du groupe communiste-Front de Gauche voteront contre ces trois délibérations.

Je vous remercie.

Publié le

29 mars 2016

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