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Intervention d’Alain Lhostis sur la politique en direction des personnes âgées

Intervention d’Alain Lhostis sur la politique départementale en direction des personnes âgées, en séance du Conseil de Paris le 7 février 2011.

Monsieur le Président, Chers collègues,

Personnes âgées est une formule réductrice
Ce vocable, comme celui « les jeunes », recouvre des situations sociales très disparates que votre communication souligne fortement.
Mais , comme il est politiquement incorrect de parler de classes sociales nous parlerons de riches et de pauvres, nos amis Pinçon/Charlot ayant redonné, par leur talent, de l’actualité à ces termes

A Paris 12,6% (contre 9,6% au plan national) des 60-74 ans vivent en deçà du seuil de pauvreté. Mais les riches de cette tranche d’âge y sont plus nombreux et sans doute plus riches. Situation absolument intolérable, dans la capitale de l’un des pays qui produit le plus de richesses au monde.

Derrière ce chiffre se cachent bien souvent des personnes souffrant de solitude, de désespoir, de désœuvrement et d’isolement. Les élus locaux, de proximité que nous sommes sont pleinement dans leur rôle lorsqu’ils réfléchissent pour décider des mesures à renforcer ou à prendre pour aider ces Parisiennes et Parisiens à sortir de cette spirale de la résignation.

Le phénomène de précarisation et de paupérisation des seniors s’accroît à l’échelle nationale. Du fait de la concentration de populations et du coût de la vie dans notre ville, il est plus accentué encore à Paris que dans le reste du pays, où il a augmenté de 40% ces dernières années. Cette pauvreté se manifeste par une dégradation brutale du niveau de vie entre les quinquagénaires et les sexagénaires : l’INSEE relève une perte de 4 000 euros de revenus annuels entre les français de 59 ans et ceux de 75 ans.

D’ailleurs, une personne sur six vivant sous le seuil de pauvreté en France est un ou une retraité(e). Cela n’est évidemment pas sans conséquence sur leur santé. Et le mouvement social de 2010 concernant les retraites aura au moins eu le mérite de réaffirmer ce fait : l’espérance de vie en bonne santé d’un ouvrier est aujourd’hui de 9 ans de moins que pour un cadre supérieur. Les inégalités sociales criantes se renforcent avec l’âge. Comme le dit l’adage : il vaut mieux être riche, jeune, en bonne santé que pauvre, vieux et malade.
Il y a donc lieu lorsque nous examinons notre politique en direction de cette partie de la population de bien veiller à tenir la totalité du front. La communication le fait lorsqu’elle évoque 2 groupes les 60/74 ans et les plus de 75 ans. Toutefois et j’y reviendrai, une catégorie monte en puissance si j’ose dire : les personnes âgées dépendantes ou très dépendantes, cela est illustré dans le rapport par le chiffre de 30 000 bénéficiaires de l’APA, en croissance annuelle de 8 à 10% ces dernières années. J’y reviendrai

Nous avons la chance de vivre dans une ville qui dispose d’une richesse exceptionnelle en termes de loisirs, de culture et de sports. L’action de notre municipalité est allée vers une démocratisation de l’accès à ces structures, notamment pour les personnes âgées. Je salue à ce titre l’initiative de Jean Vuillermoz qui, avec la carte « Senior+ », a permis la gratuité d’activités physiques variées pour les plus de 60 ans (la gymnastique douce et d’entretien, le tennis, l’aquagym, le stretching, le taekwondo, la marche nordique et la prévention des chutes ).

Le soutien aux personnes âgées est un investissement financier important pour le département, mais c’est un choix de civilisation que notre groupe fait avec vous monsieur le président..

Vous étiez, comme moi, Monsieur le Président,) dans la rue cet automne pour manifester contre la réforme des retraites que l’UMP vient d’imposer par la force. Vous savez donc comme moi qu’elle pénalisera les bas salaires et les femmes, dont 30% sont concernées par des carrières morcelées, contre 5% de leurs collègues masculins. En clair, ce que nous offre l’UMP, c’est un « inégalitarisme » organisé pour nos aînés : les cadres contre les ouvriers, les hommes contre les femmes, les carrières courtes contre les carrières longues… A la voir tant chercher à diviser, on devine que la droite se sent en fin de règne.

D’ailleurs, le gouvernement n’a-t-il pas annoncé vouloir s’attaquer, après les retraites, à la dépendance ? C’est à croire, ô rage, ô désespoir, que la vieillesse est ennemie de notre gouvernement. En ouvrant demain le débat sur la réforme de la dépendance, le président de la République va s’appliquer à mettre en œuvre, ça ne fait aucun doute, les mêmes recettes libérales que celles utilisées pour la contre-réforme des retraites.

Nicolas Sarkozy a ainsi annoncé vouloir aider les familles victimes de la dépendance, mais ayant vidé les caisses pour les riches il oriente sa réflexion vers le recours aux assurances privées. Quand on sait que M. Guillaume Sarkozy est à la tête de Malakoff-Médéric, on comprend bien quelle famille le président a l’intention d’aider en priorité.

Et ce choix, nous le constatonsici-même, dans cette assemblée, quand l’État, comme vous l’avez rappelé dans votre communication, ne paie pas sa part des dépenses dues au titre de l’Aide aux Personnes Âgées. Au lieu des 33% de compensations des dépenses, engagement du gouvernement ; depuis 2002, seulement 13,64% des dépenses sont compensées. Cette différence est à l’origine d’une dette minimale de l’État à la Ville de Paris de 219 millions d’euros depuis 2002 au titre de l’APA. Les contribuables parisiens paient donc 2 fois.

Face à cela, vous nous annoncez, Monsieur le Président, la création et l’extension de dispositifs départementaux à destination des personnes âgées. Le groupe Communiste et des élus du Parti de gauche est évidemment favorable à l’ensemble de ces propositions, je n’en prendrai qu’une : le relèvement du plafond permettant d’être exonéré du financement de tout le plan d’aide jusqu’à 1 000€ de revenus mensuels qui sera voté lors de cette séance Vous oser aller au-delà de nos obligations légales, nous vous approuvons.

Il faut le faire car nous sommes devant des cas de précarité absolue. Comment accepter en effet ce que constate l’Observatoire des loyers qui estime à 900 € en moyenne la location d’un 50m² dans le parc privé parisien, alors que dans le même temps, le minimum vieillesse, fixé par l’État, est d’à peine 700 € par mois. Là aussi la combinaison des dispositifs Paris Solidarité (garantie de 840€ par mois) et Paris Logement en cas loyer supérieur à 30% des ressources supplée partiellement aux carences de la politique de l’État. Mais les prix de l’immobilier continuent de grimper à folle allure et le pouvoir d’achat des minima sociaux à stagner, aussi les élus communistes et du Parti de gauche, demandent que ces questions fassent l’objet d’un suivi régulier dans le cadre de la commission ad hoc de notre conseil pour proposer éventuellement des ajustements.

Tout le monde sait, toutes les statistiques prouvent que les conditions de santé d’une personne sont étroitement liées à la fois à l’offre de lieux de soinsqui lui est accessible, et à ses propres ressources.
De ce point de vue la question de la dépendance et de sa massification dans les sociétés modernes la met au rang de fait sociétal majeur. Votre communication, l’aborde via la construction de 3 EPHAD par le CASVP et en relevant que Paris s’engage pour l’ouverture de 2200 places en EPHAD. La question du maintien à domicile des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de troubles apparentés y est aussi évoquée. A ce sujet, il ne faudrait pas là non plus oublier que c’est en France que l’on trouve les malades âgés les plus lourds et les plus dépendants à domicile. Ce qui est possible dans les familles aisées de l’Ouest parisien est insurmontable dans les familles défavorisées des quartiers de l’Est parisien.
Toutefois, il y a pour nous élus communistes et du Parti de gauche, une grande absente même pas citée dans votre communication, l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris qui dispose encore de 4 000 lits de longs séjours que d’ailleurs le département finance largement dans le cadre d’une convention tripartite. Nous tenons à ces lits comme à la prunelle de nos yeux. La Ville de Paris doit continuer à être attentive aux évolutions éventuelles faites sans concertation de la part de l a direction générale de l’AP/HP. Espérons que dans le cadre de la MIE qui doit se mettre en place, cette dimension soit très présente, en tout cas notre groupe y participera avec cette préoccupation.

Grâce à la protection sociale et aux progrès de la médecine, nous vivons de plus en plus longtemps. C’est une excellente nouvelle. Ceci étant, il est nécessaire d’en tenir compte, et de se préoccuper de l’ensemble de la filière sanitaire et médico-sociale de prise en charge des personnes âgées. Cela va de la Médecine de ville, des soins à domicile, aux maisons de retraire, EHPAD, et séjours hospitaliers en passant par les centres de santé et les services à la personne.

La prise en charge s’est construite difficilement, et souvent sans véritable cohérence. Ainsi, on a longtemps laissé le soin des personnes âgées aux associations caritatives, souvent religieuses. Par la suite, des associations régies par le bénévolat se sont implantées dans le secteur. Le salariat s’est développé dans de mauvaises conditions. Souvent déconsidéré, les métiers liés à la prise en charge des personnes âgées sont mal rémunérés, impliquent des horaires difficiles, ne bénéficient pas ou peu de formation.

Plus encore, aujourd’hui, le manque de financement est criant, tant pour le nombre de places d’aide à domicile, de soins infirmiers, que pour le nombre de places en établissement médicalisé. Les personnes âgées et leur famille en paient la plus grande part, engendrant de nouvelles injustices entre ceux dont la famille peut assumer le financement des établissements, et ceux dont les ressources sont insuffisantes.

De l’autre côté, celui du portefeuille, certains groupes du secteur privé commercial ont compris que le manque de places disponibles en EHPAD conjugué à la faible rémunération des personnels feraient de l’hébergement des personnes âgées dépendantes un secteur très lucratif.

Cet appétit financier dégrade le climat social interne aux EHPAD, ce qui est insupportable pour les salariés et engendre de considérables nuisances à la qualité d’accueil des résidents et à la bien traitance institutionnelle que nous exigeons pour les personnes âgées ; de surcroît pour celles en situation de dépendance.

Sur ce sujet, des progrès sont à attendre. Nous en sommes encore au stade de développement de la sensibilisation dans le domaine la maltraitance institutionnelle. Une bonne prise en charge des résidents ne va pas sans la formation et un taux d’encadrement décent de personnel.

En 2006, dans le plan solidarité grand âge, les pouvoirs publics ont retenu l’objectif d’une augmentation du ratio à un professionnel pour un résident. Aujourd’hui, en moyenne nationale, on compte à peine 0,6 agents, tous personnels confondus, par résident. Le taux d’encadrement en personnels soignants est encore plus faible : entre 0,25 et 0,30 par résident. Pourtant, l’accompagnement des personnes hébergées nécessite en premier lieu de se manifester au travers des tâches concrètes de la vie quotidienne. C’est de ça que les personnes âgées dépendantes ont besoin en priorité.

Vous comprenez donc, Monsieur le Président, que l’investissement de ce secteur par des groupes à visée uniquement lucrative nous alerte, et que nous considérons qu’il doit nous conduire à la plus grande vigilance sur les pratiques des gestionnaires d’EHPAD.

Pour ces raisons, nous pensons que le Département doit conditionner les conventions d’habilitation à recevoir des personnes âgées dépendantes à des exigences salariales fortes
et porter une vigilance toute particulière au climat social et au soutien psychologique apporté par les gestionnaires d’EHPAD tant à destination des résidants que des équipes de personnels soignants.
Je terminerai cette intervention en m’adressant aux plus jeunes d’entre nous dans cette assemblée pour qu’ils prennent part à ce débat central pour nos sociétés modernes car le vieux est l’avenir du jeune.

Je vous remercie.

Publié le

7 février 2011

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