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Intervention d’Emmanuelle Becker sur la réforme de l’administration parisienne

Intervention en séance du Conseil de Paris du 19 mai 2014

Madame la maire, chers collègues,

Il nous est présenté aujourd’hui le projet de réforme de l’administration parisienne. Nous partageons l’objectif d’une réforme qui améliore la vie quotidienne des populations, de services publics capables de répondre toujours mieux aux besoins des parisien-ne-s. Dans ce cadre, le rôle de l’administration, de tous ses agents, est évidemment décisif.

Permettez moi cependant de soulever dans cette intervention des craintes quant à sa mise en œuvre. L’objectif pour nous doit bien être celui de la réponse aux besoins des Parisiennes et des Parisiens, et en aucun cas l’adaptation aux politiques d’austérité. Il serait illusoire de croire que nous ferons mieux avec moins : la recherche d’une meilleure efficience de l’action publique est indissociable de la bataille politique pour obtenir de nouveaux moyens pour le service public. C’est d’ailleurs bien ce que Madame la Maire a exprimé en affirmant que nous ferons toujours le choix de l’intérêt des Parisiens face aux politiques d’austérité et c’est dans cet esprit que nous nous inscrivons.

Or, force est de constater que les annonces du premier ministre ne peuvent que susciter l’inquiétude. Dans le plan d’économie de 50 milliards d’euros, 11 milliards seront prélevés à terme sur les dotations aux collectivités.

Rapporté au budget de la Ville, cette mesure aura un impact considérable. Nous parlons ici d’une baisse de recette annuelle de 500 millions d’euro par an à horizon 2017. Ces nouvelles baisses viendront s’ajouter à celles déjà subies ces dernières années, à la dette de l’Etat accumulée depuis plusieurs années et à l’économie de 116 millions d’euros déjà intégré au budget initial pour l’année 2014.

Le plan de modernisation, aussi juste puisse-t-il être dans certaines de ses dispositions, ne conduira pas à l’objectif de réponse aux besoins des parisiens, si il s’inscrit dans ces mesures d’austérité. Cela provoquerait une modernisation au détriment des services publics, des agents, et donc des populations.

Il est donc nécessaire que cette réforme corresponde aux besoins de notre administration, des agents et des parisien-nes. Lorsque plusieurs services se retrouvent dans différentes administrations, il peut être pertinent de mutualiser.

Des regroupements permettront de doter ces services de moyens supplémentaires. Cette réforme doit en même temps conserver l’enjeu de la territorialisation des politiques publiques. Parce que chaque quartier est spécifique, les regroupements ne doivent pas conduire à un éloignement des problématiques locales des habitants et des usagers des services publics.

Nous serons également vigilants sur la méthode de la modernisation. À plusieurs reprises, il est évoqué le besoin de concertation et d’information des agents et de leurs syndicats représentatifs. Il est selon moi indispensable que cette démarche de modernisation se traduise dans les faits, qu’elle soit comprise, partagée et co-élaborée avec les agents. C’est une condition indispensable pour la rendre légitime. De plus, comme les agents de la ville sont ceux qui la mettent en œuvre, c’est une condition indispensable à l’efficacité de nos politiques publiques. Cela demandera plus de temps que le calendrier assez contraint et resserré dans lequel nous nous plaçons.

Cela implique évidemment un dialogue social poussé, mais aussi une réelle reconnaissance salariale et professionnelle des agents. Il est urgent que les conditions de travail du personnel de la ville s’améliorent. La mobilisation sociale de jeudi dernier a malheureusement laissé sourds Manuel Valls et Marylise Lebranchu sur le gel du point d’indice. C’est une mesure d’austérité qui va à l’encontre de toute modernisation progressiste de l’action publique.

C’est pourquoi nous devons promouvoir une politique de l’emploi qui favorise le pouvoir d’achat, qui poursuit la déprécarisation engagée dans la mandature précédente. Ce sont des leviers efficaces de la Ville pour développer notre territoire et améliorer la qualité de vie à Paris.

C’est aussi une condition nécessaire au bon fonctionnement des nouveaux équipements et à l’amélioration du service rendu. Embaucher un personnel stable et qualifié sera dès lors indispensable, car aucun redéploiement ne pourra suffire à répondre aux besoins des parisien-ne-s.

Il est donc indispensable de réaffirmer, à ce stade, que la recherche d’économie ne saurait être l’aiguillon de la réforme. À ce titre, la réduction des enveloppes budgétaire dans les arrondissements est un mauvais signal.

Si nous ne nous fixons pas comme seul cap la réponse aux besoins, nous prendrions le risque de faire peser sur les parisiennes et les parisiens les conséquences d’une politique gouvernementale qui va droit dans le mur. Cela serait terrible pour les services publics de la Ville qui sont en première ligne et interviennent au plus près des populations en difficulté, celles qui souffrent déjà le plus des conséquences de la crise.

Et parce que nous défendons l’intérêt général face aux appétits du marché, nous continuerons à promouvoir une politique qui couvre toujours plus de besoins, qui renforce au quotidien l’action publique à Paris, pour faire reculer jour après jour la part trop importante du marché.

Publié le

19 mai 2014

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