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Intervention d’Emmanuelle Becker sur l’ouverture des bibliothèques le dimanche

Intervention en séance du conseil de Paris des 13, 14 et 15 avril 2015

Dans un contexte de contraintes budgétaires importantes qui pèse lourdement sur les personnels et le fonctionnement des équipements publics, Emmanuelle Becker et les élu-es communistes-Front de Gauche s’opposent à l’ouverture le dimanche de deux nouvelles bilbiothèques

Madame la Maire, mes chers collègues,

Les élu-es du groupe communiste-Front Gauche voteront contre cette délibération, je vais vous expliquer pour quelle raisons.

Depuis très longtemps, voire depuis leur création, de nombreux services publics fonctionnent sur des horaires décalés, le dimanche ou les jours fériés. Je pense par exemple aux transports en commun, aux équipements sportifs ou encore aux services de propreté. Il parait donc logique de se poser la question de l’ouverture des bibliothèques le dimanche : pourquoi ne pas garantir à la population un plus large accès à ces espaces de culture, aux livres et aux nombreux médias qui y sont disponibles ? Les élu-es communistes-Front de Gauche ne ferment pas la porte au débat, bien au contraire. Lors de nos débats de février dernier sur le travail du dimanche, notre groupe avait mis en avant l’importance du temps libéré que l’on peut consacrer aux loisirs, aux pratiques sportives et culturelles. L’ouverture des bibliothèques le dimanche entre bien dans ce cadre. Mais le contexte actuel nous interroge sur le bien-fondé d’une telle décision.

Demandons-nous d’abord, à quel besoin répond l’ouverture des bibliothèques le dimanche ?

D’une certaine manière, elle répond à la dérégulation des modes de vie : toujours plus de personnes travaille le samedi et même le dimanche. Mais souhaitons vraiment accompagner ces évolutions ? Souhaitons-nous permettre aux employeurs de toujours plus déréguler le travail en adaptant le service public aux exigences du secteur privé ? Si l’on poursuit la logique de la loi Macron qui veut généraliser le travail du dimanche, pourquoi ne pas plutôt ouvrir le lundi, jour de repos en devenir pour beaucoup de salariés !

D’autre part, la situation des jeunes et des étudiants qui n’ont pas d’espaces de travail adaptés à leur domicile est souvent mise en avant, cela est d’autant plus vrai à Paris. Dans ce cas-là, la réponse à ce besoin passe-t-elle nécessairement par l’ouverture des bibliothèques municipales le dimanche ? Nous n’en sommes pas persuadés. Plusieurs bibliothèques nationales sont déjà ouvertes ce jour-là. Et s’il faut multiplier les ouvertures, pourquoi ne pas ouvrir les bibliothèques universitaires le dimanche ? Elles sont bien plus adaptées pour répondre à ce besoin. Mais surtout, est ce que nous allons ouvrir nos bibliothèques le dimanche pour les étudiants ou grâce aux étudiants embauchés comme vacataires ? Posons-nous la question du salariat étudiant et de son impact dévastateur sur la réussite des études comme le font les grands syndicats étudiants comme l’UNEF.

Alors bien sur ce ne sont pas les premières bibliothèques municipales à rester ouverte le dimanche. Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir présenté de bilan sur cette expérimentation menée depuis plusieurs années ? Qui fréquentent ces établissements le dimanche ? Est-ce que cela permet de toucher un nouveau public qui sinon ne pourrait pas les fréquenter ? Nous devons aujourd’hui nous prononcer sans avoir les réponses à ces questions qui sont pourtant essentielles. C’est d’ailleurs en partie pour cette raison que toutes les organisations syndicales représentants les personnes de la DAC se sont opposées à cette délibération lors de son passage en CTP.

Enfin, la principale raison qui nous pousse à voter contre cette délibération est toute simple : avec quels moyens allons-nous assurer l’ouverture du dimanche ? Les contraintes budgétaires causées par le désengagement financier de l’Etat font peser une pression énorme sur l’ensemble des salariés de la Ville. Les dépenses de personnels, à la DAC comme ailleurs, sont compressées à leur maximum, les absences sont difficilement remplacées, les créations de postes presque impossible à obtenir. Nous ne pouvons pas demander toujours plus aux agents alors que les moyens ne cessent de se réduire. Le recours aux vacataires est lui aussi envisagé, mais dans quelles proportions ? Nous pensons qu’il est important de maintenir au minimum la parité entre titulaires et vacataires lors des ouvertures du dimanche, ce qui ne peut être garantie dans le contexte actuel.

Comme nous l’avons déjà signalé ici même, le réseau des bibliothèques est mis à mal. Les plus petits établissements ont du mal à fonctionner correctement avec des moyens très contraints, certaines doivent même réduire leurs horaires d’ouverture. Les budgets d’animation des établissements et d’acquisition des documents sont en baisse. C’est quand même un comble de parler d’ouverture du dimanche dans ce contexte-là !

Nous estimons qu’actuellement, les conditions d’une ouverture réussie des bibliothèques le dimanche ne sont pas réunies. Voilà pourquoi les élu-es communistes-Front de Gauche voteront contre cette délibération.

Publié le

14 avril 2015

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