Rechercher sur le site

Intervention d’Emmanuelle Becker sur l’aménagement des Berges de la Seine

Intervention d’Emmanuelle Becker sur les Berges de la Seine en séance du Conseil de Paris du 5 juillet 2010.

Monsieur le Maire, chers collègues,

Si le réaménagement des berges de Seine est un enjeu urbain, culturel et économique, on ne peut nier qu’il bouleverse également les déplacements à l’intérieur de Paris. Comme vous l’avez rappelé, cette opération s’inscrit dans une volonté de réduire la place de l’automobile dans les déplacements, ce que mon groupe a toujours soutenu.

Mais dans le cas présent, il s’agit bel et bien d’un acte fort, qui ne se limite pas à la réorganisation ou à la requalification d’une voie parmi d’autres. En intervenant sur les bords de Seine, nous supprimons de fait la seule voie rapide intra muros qui permettait de traverser Paris. Au fond le défi est double, il s’agit évidemment de restreindre la place de la voiture. C’est un objectif légitime que nous approuvons pleinement. Mais dans le même temps, il faut faire respecter le droit à la mobilité. Cela suppose qu’à chaque fois que nous faisons le choix de réduire la place de l’automobile dans les déplacements, nous prenons le parti d’accroître et d’améliorer l’offre de transports collectifs. A la différence de l’UMP, c’est une décision que nous voulons assumer.

Redonner les berges du fleuve aux Parisiens, c’est effectivement reconsidérer les usages de certains espaces, reconsidérer nos priorités d’aménagement à l’aune de la crise écologique que nous traversons, d’une part, ainsi qu’à l’aulne de la vision que nous avons d’une métropole moderne, d’autre part. Depuis 2001, notre municipalité a fait des efforts importants pour favoriser une diversification réelle des modes de déplacement qui permette à des véhicules plus respectueux de l’environnement et de la ville de trouver une vraie place dans nos rues.

La création de lignes de tramway, l’installation d’un réseau de pistes cyclables et le lancement de Vélib’, mais aussi la création des voies dédiées aux bus et aux taxis vont dans ce sens. La mise en service future d’Autolib’, également. De fait, si nous réaménageons les voies sur berges pour des raisons diverses, et notamment pour que les Parisiens se réapproprient un espace symbolique de la Métropole, les conséquences sur la circulation participent d’un même idéal de déplacements apaisés.

Néanmoins, et bien que les différentes études jointes à la délibération indiquent que les effets de reports sur le reste du réseau seront en partie accessoires, il faut les anticiper car Paris est une ville déjà engorgée. Si nous plaidons pour un changement des rythmes de la ville, pour une urbanité qui s’accorde aux nouveaux besoins des habitants, il existe des contraintes qu’il faut prendre en compte pour un grand nombre de personnes.

Mon groupe tient à attirer l’attention de ce Conseil sur les nombreux Franciliens qui travaillent à Paris et utilisent leur véhicule pour se rendre dans la capitale ou dans un département voisin. Nous le savons, les trajets entre domicile et travail s’allongent. A l’avenir, cela ne risque pas de s’arranger du fait de la spéculation immobilière et de la cherté de la vie à Paris. On ne choisit pas d’habiter loin de son travail et il ne faudrait pas que les familles franciliennes, les travailleurs précaires, ou certaines classes moyennes, voient encore leurs temps de trajet s’allonger davantage.

Pour cette raison, l’aménagement des voies sur berges renvoie pour nous à un enjeu essentiel, celui du transport collectif, qui existe bel et bien à Paris, mais qui est proche de la saturation. Dans la métropole, nous le savons bien, ces transports en communs sont largement insuffisants.

Or, comme le disait Ian Brossat avant moi, le seul succès possible des voies sur berges est métropolitain ou il ne sera pas. Nous ne pouvons pas inviter les franciliens à venir si nous leurs promettons des bouchons en récompense. La pénibilité des trajets longs à l’issue de journées de travail harassantes est une réalité que nous ne pouvons ignorer.

La responsabilité d’une offre renforcée de transports collectifs, nous la partageons avec la Région et avec l’Etat. Ce dernier est actionnaire de la RATP, il pourrait au moins à ce titre participer à la rénovation des rames ou décider d’un financement massif, voire contribuer à celui du tramway comme il le fait dans d’autres villes. Mais on le sait : la contradiction entre les vœux pieux du gouvernement en ce qui concerne le Grenelle de l’environnement et la réalité d’une action médiocre est trop proverbiale pour même en rêver.

C’est la raison pour laquelle, mon groupe tient à déposer un vœu rattaché à cette délibération qui s’adresse au STIF pour qu’il étudie une offre renforcée à l’échelle de la métropole. La question est trop sérieuse, en effet, elle concerne des milliers de salariés, et nous devons montrer une solidarité exemplaire avec les autres territoires de l’agglomération.

Le réaménagement des voies sur berges est un choix politique. Nous devons faire en sorte d’anticiper toutes ces conséquences. Car nous ne partageons pas le fatalisme aveugle de l’UMP qui voudrait faire de ce projet une question seulement de circulation, et qui s’en remet à une notion flou et magique de l’avenir qui a vaguement à voir avec la fameuse main invisible du marché. Ainsi, dans un entretien au Figaro, Monsieur Jean-François Lamour veut nous faire croire que le marché se chargera de tout, encore une fois. Il nous explique qu’il faut faire confiance à l’industrie automobile et que finalement les déplacements propres ne dépendent que du bon vouloir de ces entreprises à fabriquer des véhicules écologiques. A peine deux ans et demi après la crise financière, c’est au choix à la limite de l’indécence ou la preuve que l’amour du marché est définitivement aveugle.

La main invisible se retrouve plus souvent en train de faire les poches des Français que de dessiner les plans d’un futur véhicule propre. Sans compter que les Parisiens ne sont pas amnésiques : ils se souviennent de la privatisation de l’eau et des grandes professions de foi qui nous garantissaient que les entreprises concernées allaient innover et trouver la bonne formule. Le seul résultat a été la multiplication des montants à payer en bas des factures – et la multiplication de leurs profits.

De fait, dans ce projet, l’UMP a fait la démonstration de son manque d’imagination et de son archaïsme. En guise d’architecture : du béton. En guise de progrès : la main invisible du marché. En guise d’activités et de services : des magasins de luxe. Voilà comment la droite parisienne voit l’aménagement de la Seine, l’origine de notre ville et son lieu le plus naturel, le théâtre d’une culture et d’une histoire. Du béton, de l’argent et encore de l’argent.

Parce que nous, nous croyons que l’avenir s’invente avec les habitants de la Métropole et que le progrès urbain existe, nous proposons de faire des rives du fleuve un espace exemplaire, d’un point de vue urbain, humain, culturel, et économique.

Je vous remercie.

Publié le

3 décembre 2010

Auteur-e-s