Rechercher sur le site

Intervention d’Emmanuelle Becker sur la réforme des rythmes scolaires

Intervention prononcée en séance du Conseil de Paris le 12/02/2013
Vidéo ici !

Monsieur le Maire, Chers collègues,

Je vais essayer d’expliquer en deux points pourquoi nous demandons de ne pas appliquer la réforme des rythmes éducatifs à la prochaine rentrée. Deux points, le premier sur le fond de la réforme et le deuxième point sur la mise en place de la réforme.

L’Education nationale a été saignée par 10 ans de Droite. Le texte du projet de loi d’orientation et de programmation pour l’école a été présenté en Conseil des Ministres le 23 janvier.

Il y avait un espoir de rupture forte par rapport à la politique conduite par Nicolas Sarkozy. Il affirme des principes dont nous nous réjouissons concernant le recrutement, la reprise d’une formation professionnelle initiale et continue, la priorité donnée au primaire, le rôle de la maternelle, la réaffirmation du collège unique, mais il y a aussi des évolutions qui inquiètent, notamment la volonté de procéder à une territorialisation de l’Education nationale, en corrélation avec d’autres projets, comme l’acte 3 de la décentralisation.

Nous craignons que cette territorialisation n’opère une rupture dans ce qui est l’objectif de l’école, parvenir à un plus haut niveau de connaissance pour tous.

Le socle commun des connaissances et des compétences mises en place par la loi Fillon de 2005 demeure. Le projet de loi affirme l’importance de l’éducation artistique et culturelle, mais sans préciser la part dévolue au scolaire et au périscolaire.

On retrouve là toute l’ambiguïté contenue dans la réforme des rythmes scolaires, qui encore une fois se trouve déconnectée d’un projet global "école société" et du choix d’école et donc de société que nous voulons.
Cette réforme n’endigue pas l’échec scolaire. De plus, elle s’accompagne d’un désengagement financier de l’Etat. S’il est indispensable de redonner des heures d’enseignement à l’école primaire, la modification annoncée ne prévoit qu’une augmentation du périscolaire, donc une école à la carte et des inégalités renforcées entre les territoires.

Les conséquences négatives de ces choix d’austérité sont inquiétantes, le Gouvernement prépare un décret abaissant le taux d’encadrement des enfants pour les activités périscolaires. Ainsi, au lieu de consacrer les moyens nécessaires, il fait le choix d’un environnement éducatif au rabais, des conditions de travail plus difficiles pour les animateurs.
C’est pourquoi, à Paris, nous pourrions décider dès maintenant de ne pas mettre en place cette réforme à la prochaine rentrée et de se laisser un an de plus.

Une réforme des rythmes scolaires ne peut être mise en place qu’en étant accompagnée d’un projet ambitieux pour le périscolaire. Les activités proposées par le périscolaire parisien sont évidemment de bonne qualité, sont nombreuses et tous ici partagent l’idée d’un périscolaire de qualité.

Aujourd’hui, si nous voulons - et nous le voulons - tous avoir de l’ambition pour nos enfants et pour une réforme utile, nous devons nous en donner les moyens. Cela doit notamment passer - et vous l’avez dit, Monsieur le Maire - par la création d’une filière animation ambitieuse.
Nous sommes déjà intervenus sur ce sujet par le biais d’un vœu au mois de décembre qui demandait la déprécarisation des vacataires de la Ville et nous nous félicitons aujourd’hui que ce vœu ait été adopté en décembre.

La Ville recourt massivement, sur les temps périscolaires, à des recrutements de personnels vacataires rémunérés à l’acte, sans continuité d’emploi, sans garantie d’emploi, sans accès à la formation, sans droit aux congés.

Cette absence de statut professionnel participe à la fois au turn-over important des animateurs et aux difficultés de la Ville à pourvoir les emplois nécessaires au bon fonctionnement du périscolaire parisien.
La réforme des rythmes éducatifs n’est donc en aucun cas une urgence, et encore moins la question centrale pour une véritable refondation.
Sur la forme de la mise en place de la réforme, ce n’est pas une réforme qui peut se faire à la va-vite, elle nécessite de la concertation. S’il n’y a pas de consensus, cela ne peut pas marcher, car une réforme efficace bousculera forcément les manières de travailler. Les enseignants sont dans la rue et voilà que certains les accusent d’immobilisme.

Certains s’étonnent de la mobilisation massive de la communauté éducative aujourd’hui, mais nous devrions plutôt y voir là les attentes fortes à l’égard de la gauche et le sentiment de peur d’être trahi par celles et ceux qui, au contraire, devraient les comprendre.

Il a été dit que ceux qui s’opposaient à la mise en place de la réforme dès 2013 à Paris seraient des casseurs de la concertation, seraient des conservateurs.

Permettez-moi de parler de la concertation.

Pouvons-nous réellement parler de concertation quand le calendrier national a déjà été bouclé, quand les documents fournis lors des réunions publiques comme à Japy indiquent la mise en place de la réforme à la rentrée 2013 ?

Pouvons-nous parler de concertation réelle quand des expressions comme "corporatisme", "conservatisme", fusent dans la presse à l’encontre des enseignants ?

Je tiens quand même à rappeler que le plaisir d’un enseignant est de faire réussir les élèves ; aucun enseignant ne se lève le matin en se disant que l’échec scolaire est une fatalité. Nous devrions, la gauche, être fiers de nos enseignants, qui après 10 années de mépris par la droite au pouvoir, qui a constamment visé à démanteler le service public de l’Education nationale, continuent de se battre pour l’éducation de nos enfants, pour leur réussite scolaire, pour faire d’eux des citoyens à part entière.

Des élus de mon groupe et moi-même avons assisté aux réunions de concertation à Jaurès et à Japy ; ils étaient nombreux les enseignants, les parents d’élèves, les animateurs, à demander des explications, des éclaircissements, à demander pourquoi il était nécessaire de la mettre en place dès la prochaine rentrée, alors que rien n’avait l’air d’être réglé. Ils étaient venus en nombre, et c’est une bonne chose ; nous devons être ceux qui rompent avec le déni de discussion et de démocratie qui a été mis en place par la droite. Nous devons être ceux qui mettent en pratique notre vision d’une démocratie active, où la co-élaboration entre citoyens et ceux qui les représentent, les élus, est notre manière de faire de la politique.

Aujourd’hui et dans le mois qui arrive, nous pouvons, tous ensemble, faire la démonstration que le changement est une réalité sur la forme et sur le fond, et c’est pourquoi le report de la réforme des rythmes éducatifs est aujourd’hui pour nous une évidence et c’est le sens du vœu que nous déposons.

Je vous remercie.

Publié le

13 février 2013

Auteur-e-s