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Abolir la prostitution : un enjeu d’émancipation

Les débats sur la prostitution se heurtent souvent à la méconnaissance de la réalité ou à des légendes urbaines. Les faits sont pourtant là : la prostitution est le résultat du statut précaire des femmes, à 90% de nationalité étrangère et sous le joug de réseaux mafieux. Face à cela nous soutenons des associations qui s’engagent au quotidien auprès des personnes prostituées afin de leur garantir sécurité, santé et perspectives de sortie.

Retrouvez l’intervention d’Hervé Begué

Mesdames, messieurs, cher-e-s collègues,

Il faut du courage pour affronter la question de la prostitution. Cela demande une connaissance rigoureuse de la réalité. Une réalité cachée dans les bois, dans des camions ou des appartements miteux partagés à plusieurs. Il s’agit d’aborder le parcours de femmes qui sont à la merci d’un réseau qui ne leur laisse aucune échappatoire. Le projet de délibération porté par notre camarade et amie Hélène Bidard entend lutter contre les questions de traite des êtres humains, d’exploitation sexuelle.

On nous dit souvent que lutter contre la prostitution, être abolitionniste précariserait les personnes prostituées, les mettrait en danger.

Mais ce n’est pas la prostitution qui rend précaire. C’est parce qu’on est précaire qu’on est prostituée. La prostitution est le résultat d’une violence économique et symbolique forte qui pèse sur les femmes. C’est la violence ultime exercée sur des femmes précarisées. C’est un moyen de survie paradoxalement dangereux et mortifère.
Il n’y a plus d’échelle dans le danger à ce niveau.

Je salue d’ailleurs la campagne du Mouvement du Nid qui a créé un faux site de prostitution avec des photos de femmes assassinées par un client ou leur proxénète.

Ce n’est pas un mythe, c’est la réalité. Ce qui est un mythe, c’est que les prostituées qui exercent depuis des dizaines d’années dans une même rue et qui connaissent bien le terrain soit la majorité. Elles reconnaissent elles-mêmes être une poignée, 3% tout au plus.

Plus de 90% des prostituées sont victimes de réseaux mafieux. Elles ne choisissent pas leurs clients. Elles sont choisies par les clients.
Il ne peut y avoir de « mise en danger » des prostituées, la prostitution est un danger. Il n’existe pas de prostitution sécurisée. Rien ne peut garantir la sécurité totale d’une prostituée.
Si l’on veut lutter contre les violences faites aux prostituées, il faut lutter contre la prostitution. Je me permets de citer un extrait de la circulaire du 22 janvier 2015 de politique pénale en matière de lutte contre la traite des êtres humains qui ne laisse aucune place au doute :
« La traite des êtres humains est une réalité tangible et massive, qui déplace des millions d’individus d’un pays à l’autre grâce à l’action de vastes réseaux organisés qui abusent de toutes les formes de vulnérabilité potentielle des personnes concernées. La traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle est la forme d’exploitation humaine la plus ancienne et la plus répandue. En France, cette forme de traite est aujourd’hui principalement le fait de réseaux étrangers. »

Nous le savons, les femmes, y compris des jeunes filles, des enfants, arrivent en masse en Europe, en France, dans certains quartiers de Paris, à Château Rouge ou à Belleville. Elles sont mineures, effrayées, elles se font violer, brutaliser et séquestrer.
Savez-vous au moins que lorsque ces jeunes filles sont envoyées en France pour être prostituée, on les habille d’une certaine couleur et d’une certaine manière pour que les proxénètes puissent les repérer et savoir qu’elles rapporteront davantage ? Savez-vous dans quelles conditions meurent les femmes prostituées ? Elles sont tuées à coup de poing américain, défenestrées, poignardées à de multiples reprises, parfois brûlées vives. Comment ne pas prendre cela en compte ? La mise en danger est là, la violence est là.

Nous devons accepter de voir cette situation absolument intolérable. C’est donc un devoir que de soutenir ce projet de délibération qui permettra à diverses associations d’assurer l’accompagnement social, juridique, sanitaire et psychologique de toutes ces femmes.

Ce sont ces associations qui aident les personnes prostituées à s’en sortir, à être en sécurité et à se reconstruire.

Une des solutions à apporter à toutes ces femmes dites sans papiers ce n’est pas la prostitution, c’est la régularisation. Se prostituer c’est être en danger, être régularisé c’est le début d’une nouvelle vie faite, enfin, de choix réels.

Ces associations sont un appui pour les prostituées au quotidien mais cela ne les empêche pas, pour certaines et pour nous, de lutter pour des perspectives de sortie menant à long terme à l’abolition de la prostitution.

Je vous appelle donc, sincèrement, mes cher-e-s collègues, à voter pour cette délibération qui constitue une aide indispensable à l’action d’associations nécessaires.

Je vous remercie de votre attention,

Publié le

28 septembre 2016

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