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Travail dominical et nocturne : un coup porté à notre projet de société

Intervention de Danièle Premel

La Mission d’Information et d’évaluation sur le travail du dimanche a démontré concrètement, à partir de ses auditions et de dossiers chiffrés que cette offensive pour la libéralisation du travail du dimanche ne repose sur aucun argument sérieux et sur aucune avancée sociale. Pas de création d’emploi, d’augmentation du chiffre d’affaire des commerces, ou d’avantages pour les salariés. Paris est la première ville touristique pour son patrimoine urbain et culturel. Elle ne doit pas devenir une ville de supermarchés de luxe. Défendre ce Paris, c’est aussi défendre les parisiens dans leur besoin de respiration, d’imaginaire, de temps libre, commun et partagé.

Madame la Maire, chers collègues,

Je voudrais, tout d’abord, souligner, en tant que participante aux travaux de la MIE, le bilan et le regard positif que nous portons sur le fonctionnement et le travail réalisé par celle-ci.

La MIE a démontré concrètement, à partir de ses auditions et de dossiers chiffrés que cette offensive pour la libéralisation du travail du dimanche ne repose sur aucun argument sérieux et sur aucune avancée sociale.

FAUX la création d’emploi : tous les chiffres avancés par les partisans de l’ouverture ne repose sur aucune étude sérieuse. Les seuls éléments tangibles ont été fournis par les syndicats du commerce. Par exemple, au Printemps Haussmann, malgré l’élargissement des heures d’ouverture l’effectif est passé entre 2007 et 2014 de 1306 Emplois Temps Plein à 800. Les représentants des commerces indépendants ont alerté sur la disparition des petits commerces face à une libéralisation de l’ouverture des centres commerciaux et grandes enseignes

FAUX l’augmentation du chiffre d’affaire des commerces :
Pour les résidents français et francilien ce qui limite les achats c’est le pouvoir d’achat. Pour les touristes étrangers, notamment chinois, ils sont pour une grande majorité (laisse leur la possibilité de se balader tous seuls, quand même…) dépendant des circuits organisés par les tours opérateurs qui les amènent aux heures d’ouverture.

FAUX les avantages pour les salariés : Les compensations salariales sont très relatives notamment parce qu’elles sont négociées par les syndicats de l’entreprise alors que la majorité du personnel présents dans les grands magasins sont des employés de marques qui louent un emplacement et qui ne sont pas concernés par un accord d’entreprise.

FAUX le volontariat : Par essence, le contrat de travail est un contrat de subordination. Il n’y a pas d’égalité entre un salarié et un employeur qui décide de son avancement, de sa promotion, de ses congés, etc. Mieux à Virgin le contrat d’embauche stipulait que le salarié accepté de travailler le dimanche et cette clause n’a pas empêché Virgin de fermer.

Les Communistes ont toujours souligné que le débat sur le travail du dimanche ne devait pas se réduire au seul champ économique mais prendre en compte l’ensemble des conséquences du travail dominical et nocturne sur l’organisation sociale. Le travail du dimanche n’est pas qu’un problème de choix ou de « liberté individuelle » mais a des effets sur l’organisation sociale.

Qui peut croire, que dans les grandes enseignes du commerce où les 2/3 de salariés habitent en banlieue et grande banlieue et que le temps de transport est considérablement augmenté par les horaires décalés, qu’il n’y ait pas un affaiblissement des relations due à un rythme de vie différent.

Qui peut croire que sur une population essentiellement féminine , plus de 70% dont les 2/3 sont des chefs de famille, la pression du chômage, la difficulté d’une syndicalisation dans le commerce, la course entre les rôle de mère, de salariée, de chef de famille très souvent, et de femme parfois ne peuvent qu’amener à accepter et subir un type d’emploi de plus en plus précaire, mal payé et souvent en horaire flexible.

Qui peut croire que cette libéralisation du travail ne perturbe pas l’équilibre familial à travers les rites comme le repas, le suivi scolaire et la difficulté de solution pour la garde d’enfant.

Qui peut croire que vivre sur des temps qui ne sont pas ceux de la famille ; des amis, de la société n’est pas un facteur d’anomie sociale, de désaffiliation et d’une distanciation de la place et du rôle social vis à vis de la vie civile, sportive, culturelle. Au moment où il est bon ton de se plaindre du délitement du lien social, de l’autorité parentale de l’individualisme, de la destruction du lien sociale dans les milieux modestes. Ne soyons pas avec ceux qui font tout pour le déstructurer.

Nous croyons au Paris qui doit garder son originalité de ville humaine. Paris, qui reste la première ville touristique, n’est pas un super marché du luxe, son charme et son art de vivre c’est son patrimoine urbain et culturel, ses petits commerces qui offrent convivialité et proximité. Défendre ce Paris, c’est aussi défendre les parisiens dans leur besoin de respiration, d’imaginaire, de temps libre, commun et partagé.
Ce temps est une des conditions du vivre ensemble. Dans une période de crise, de tensions sociales, de recherche identitaires et de repli sur soi, le vivre ensemble questionne le lien social dans le respect et la tolérance de l’autre entre sujets engagés dans la co-construction du bien commun et d’une société plus juste et plus égalitaire.

En refusant l’extension du travail dominical et de nuit on ne s’oppose pas simplement à une société consumérisme et de profit mais on défend une conception de l’homme et de la société.

C’est pour toutes ces raisons que le Conseil de Paris sur proposition du Groupe Communiste-Front de gauche demande par un vœu que la Mairie de Paris indique publiquement son refus de la généralisation du travail dominical et interpelle le législateur pour revendiquer son droit à décider des dates et des périmètres d’ouverture le dimanche sur le territoire

Publié le

9 février 2015

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