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Intervention de Didier Le Reste Aménagement des berges de Seine – liaison Bastille/Tour Eiffel

Conseil de Paris
26,27 et 28 mai 2015

Madame la Maire,

Le groupe communiste Front de gauche avait soutenu, lors du Conseil de Paris de juin 2014, la reconquête des berges de la Seine et son ouverture aux Parisiennes et aux Parisiens.

Le bilan positif des aménagements précédents, mis en exergue par deux évaluations, montre que cette décision, en dépit de ce que ses détracteurs ont pu en dire, relevait d’un choix pertinent. Leur forte fréquentation ne faiblit pas, les parisiens comme les touristes se sont appropriés ce nouveau lieu de vie, et de nombreuses initiatives et activités culturelles et sportives s’y organisent régulièrement.

C’est un nouveau moteur pour l’attractivité de Paris et son rayonnement, qui sert également un enjeu profondément social. Améliorer la qualité de vie de tous, en créant et aménageant des espaces publics accessibles au plus grand nombre, fait partie de nos engagements de mandature.

Cette réussite est donc encourageante pour continuer dans cette direction, et ouvrir davantage d’espaces de vie au grand public. Nous confirmerons donc notre soutien à ce projet ambitieux, tout en formulant quelques remarques, portant sur son déroulement et sur le fond politique.

Concernant le déroulement, nous pensons que l’enjeu d’un tel projet se prépare en amont avec les habitants, les publics concernés et les villes de notre métropole. A ce titre une seule réunion de concertation prévue avec les collectivités voisines nous paraît insuffisant. L’approbation de ce projet en conseil de Paris aurait dû, se faire après la période de concertation. Nous pensons également que les résultats des études sur le report routier de ces aménagements annoncés pour juin nous auraient permis de décider en disposant de l’ensemble des enjeux sous-tendus par cette ouverture.

Sur le fond, les remarques que notre groupe avait formulées en juin 2014 tiennent toujours.

Tout d’abord, Nous ne voyons pas, dans la présentation du projet, de réflexion sur l’accessibilité des commerces pour ces nouveaux lieux de vie. C’est pourtant un réel enjeu.

Si les places aménagées sur les berges de Seine dégagent un bilan positif indéniable, le point qui demeure discutable étant le type de commerces proposés. L’activité économique de ces espaces, comme les bars et les restaurants, ont, pour une grande partie, une politique tarifaire rédhibitoire pour les personnes aux revenus modestes.
Nous le maintenons, les nouveaux espaces créés ou aménagés par notre collectivité doivent être des espaces populaires. Cela passe par des tarifs accessibles à tous dans les commerces qui occupent le site.

Nous devons contribuer à orienter l’activité économique de ces nouveaux sites, et les inscrire dans l’esprit de notre projet de Paris pour toutes et tous. Une vigilance accrue dans la délivrance des concessions aux commerces, en privilégiant la variété de gammes des établissements commerciaux, est indispensable si nous voulons proposer des services financièrement accessibles à tous.

Le deuxième aspect qui soulève de notre point de vue de légitimes interrogations porte sur les conséquences de ce projet sur la circulation globale à Paris, et sur la nécessaire garantie de la mobilité des personnes comme du transport de marchandises dans notre ville. Si nous ne traitons pas cette question au bon niveau les espaces gagnés sur les trafics routiers créeront d’une façon ou d’une autre des saturations sur d’autres axes.

Donc, les limitations ou reports de la circulation automobile, doivent être compensés par la garantie d’alternatives viables. Nous ne voulons pas ralentir l’activité parisienne car le véritable défi politique de notre ville sur cette question, sera de maintenir son dynamisme tout en la faisant évoluer vers un modèle plus écologique.

Ces garanties de report, nous devons les concevoir dans le cadre des transports publics. Nous ne pouvons pas inciter les usagers à prendre davantage les transports en commun sans que les conditions d’investissement soient complètement réunies pour construire un vrai réseau alternatif à l’automobile. Le réseau de transport Francilien est déjà saturé, et le retard pris dans la modernisation du réseau et dans la création de nouvelles infrastructures est la cause de nombreux dysfonctionnements au quotidien.

Il faut dégager des ressources supplémentaires pour répondre à ces nouveaux besoins. Pour pouvoir assumer cette augmentation de l’utilisation du réseau existant et assurer le fonctionnement des lignes en projet, les collectivités comme l’Etat doivent y consacrer des efforts et des moyens supplémentaires.

C’est en ce sens que nous proposons, par le biais d’un vœu, d’interpeller le gouvernement pour déplafonner le versement transport, afin que le STIF puisse répondre davantage aux besoins d’investissements sur le réseau Francilien.
Il faut également que nous garantissions aux usagers les meilleures conditions de transport possibles, qui se sont passablement dégradées lors des dernières années, ce qui passe notamment par des recrutements d’agents de proximité à la SNCF comme à la RATP. C’est le sens du vœu que nous présentons visant à améliorer les services dans les stations de métro et gares RER dans le cadre du contrat de plan STIF-RATP-SNCF.

Pour ce qui concerne les garanties au niveau du transport de marchandises, nous avons plusieurs fois mentionné que les investissements pour le Fret ne sont clairement pas à la hauteur des besoins de notre ville et de notre métropole.
60 % du trafic routier dans Paris est un trafic de transit. Les axes parisiens sont utilisés en grande partie pour faire fonctionner l’économie de notre ville comme de notre région. La question de l’alternative aux camions pour acheminer les marchandises se pose encore et toujours.

La question demeure si nous voulons lutter efficacement contre la pollution, et se pose également pour chaque limitation de l’utilisation de l’espace routier. Elle se rattache, en vérité, à tous les aspects de notre politique s’inscrivant de près ou de loin dans la transition écologique. Une politique volontariste soutenue par un investissement approprié pour développer le transport de marchandises par le rail et le fleuve fait partie des clés de notre projet d’une ville durable.

J’en terminerai par le fluvial, justement. Nous pensons que le projet d’aménagement des berges de Seine doit pousser plus loin le projet d’utilisation du fleuve. Un projet économique et touristique, pour lequel nous disposons d’un réel potentiel.
Alors que le port autonome de Paris est le premier port fluvial de France, et le deuxième d’Europe, un vrai projet de développement autour de ce mode de transport est crucial.

Les Parisien-ne-s s’approprient les berges, approprions-nous la Seine et développons par son biais des transports de personnes et de marchandises non polluants et profitables à tous.

En conclusion, nous souscrivons à l’esprit de ce projet, mais nous pensons qu’il doit s’inscrire, dans un projet plus large, plus ambitieux, qui nécessitera des moyens à sa mesure. Le groupe communiste-Front de Gauche votera cette délibération.

Je vous remercie

Publié le

27 mai 2015

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