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" C’est l’Humanisme qui forge notre République, la France et Paris comme terre d’Asile "

Fanny Gaillanne a rappelé que la France doit accueillir 24 000 réfugiés. Contrairement au discours dominant, Paris et la France ne sont donc pas submergé par une vague d’immigration sans précédent. Ce constat n’empêche pas de pointer les nombreux efforts qu’il reste à produire pour garantir un accueil décent à tous les migrants et plus largement, à toutes personnes sans domicile fixe et mal logés.

Retrouvez son intervention

Madame la Maire, mes chers collègues,

Je souhaitais dans un premier temps évoquer quelques repaires objectifs.

Des chiffres que certains n’hésitent pas à tordre pour les faire coller à leur vision mortifère du monde. Nous assistons bien à une crise humanitaire sans précédent en Syrie, 7,6 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur même du pays, et au Proche Orient, 4 millions de réfugiés syriens y ont été accueillis depuis le début du conflit. La crise est tout aussi vive à l’entrée de l’Europe : l’année 2014 a connu un nombre jusque-là inégalé de personnes décédés en tentant de traverser la Mer Méditerranée, 3 500 personnes en 2014, 2 700 depuis début 2015. Ces chiffres nous montrent l’ampleur du drame humain qui est en train de se jouer dans cette région du monde.

A l’échelle de la France, en revanche, nous ne pouvons pas affirmer que la situation actuelle soit du jamais vu. Durant le 20e siècle, notre pays a connu plusieurs vagues d’immigration autrement plus importante que celle que nous connaissons aujourd’hui. A commencer par le million de citoyens français, pieds noirs ou harkis qui ont rejoint la métropole en 1962 sans nulle part où aller. Nous pourrions aussi parler des 120 000 réfugiés vietnamiens et cambodgiens, ces « boat people » que la France a accueillis les bras ouvert en 1979. Dans tous les cas, Paris, première ville de France, a pris sa part de responsabilité en accueillant ces populations, en les intégrant et en prenant les couleurs de cette formidable mixité.

D’autant que la problématique de l’accueil des migrants n’est pas apparue durant l’été 2015. Cela fait des années, des siècles même, que des personnes fuient leurs terres et sont poussées par l’énergie du désespoir à mettre leur vie en jeu pour se mettre en sécurité. Lorsque l’on prend conscience des dangers que ces personnes encourent, nous ne pouvons penser qu’il y a de bonnes et de mauvaises raisons d’immigrer. Pourquoi continuer à stigmatiser, à diviser comme le font certains ? Pourquoi faudrait-il sauver ceux qui fuient la guerre et laisser mourir ceux qui fuient la misère comme le suggère le voeu du groupe Les Républicains ?

Non ! Il n’y a pas les bons et les mauvais migrants et nos politiques publiques ne doivent oublier personne.

Pour nous cela veut déjà dire qu’il ne faut pas créer de concurrence entre migrants et réfugiés. Ces personnes traversent la Méditerranée sur les mêmes bateaux et font face aux mêmes difficultés quand ils arrivent dans notre ville. Nous devons par conséquent leur venir en aide de la même manière, sans distinction et avec la même ambition.

Ne pas mettre en concurrence, cela veut aussi dire qu’il ne faut opposer les politiques publiques entre elles. Concrètement, l’argent que la Ville de Paris et l’Etat mettent aujourd’hui sur la table pour les migrants doit nécessairement se rajouter à celui que nous devons mettre sur l’hébergement, les aides sociales ou l’école par exemple. Ces enjeux sont aussi important les uns que les autres.

L’Etat, qui est en première ligne pour venir en aide aux migrants, doit s’engager fermement sur la question des moyens et préciser clairement ses engagements en matière de création de place d’hébergement qui ne doivent en aucun cas remplacer les moyens dont nous avions déjà tant besoin pour l’hébergement des plus précaires. Ces besoins, dont nous nous faisons régulièrement les portes voix, n’ont pas disparu en quelques semaines, bien au contraire.

Pour préciser mon propos sur les engagements de l’Etat en direction des migrants, il nous semble indispensable de créer au plus vite plusieurs « guichets uniques » sur le territoire parisien. Ces plateformes d’accueil et d’orientation, implantées, près des lieux d’arrivée des personnes migrantes, comme les gares ou les aéroports, viendraient compléter le dispositif existant pour assurer leur prise en charge dès leur arrivée. C’est au prix de cet effort que nos travailleurs sociaux pourront les accompagner et travailler avec eux dans le respect de leur consentement. La Ville doit selon nous accompagner l’Etat dans cet effort en aidant à la recherche de locaux adaptés.Nous regrettons d’ailleurs que cette proposition ne figure pas dans le voeu de l’exécutif
Nous souhaitons également apporter des améliorations concrètes au quotidien des personnes déjà hébergées.

La question des transports, par exemple, n’a pas été prise en compte jusqu’à présent. Les hébergés n’ont pas de tickets de transports et n’ont pas les moyens de s’en procurer ce qui les bloque dans leurs démarches. Nous demandons qu’un partenariat soit conclu avec la RATP et le STIF pour répondre à ce besoins de l’ensemble des migrants.

Je sais la Ville attachée à ne faire aucune distinction entre les migrants. Mais l’avenir de ces personnes est loin d’être certain, que va-t-il se passer pour celles et ceux qui ne relèveraient pas du droit d’Asile après leur mois de mise à l’abri ?

Notre ville, que nous souhaitons toutes et tous bienveillante et qui s’est saisie de la situation des migrants très rapidement pourrait interpeller le gouvernement et lui demander de procéder à des régularisations massives afin que toutes ces personnes accèdent à une véritable égalité des droits. Ce serait un acte symbolique fort, à la hauteur des valeurs d’humanité que nous défendons dans cette majorité et parfois, certes trop rarement, au-delà.

Je tenais pour conclure à saluer le formidable élan citoyen auquel nous assistons. De nombreuses personnes, éloignés des structures traditionnelles d’engagement, se sont jetées dans la mobilisation aux côtés des migrants. Nous devons beaucoup à ces parisiennes et ces parisiens qui font vivre la solidarité au quotidien et ont beaucoup de chose à nous apporter. Voilà pourquoi il nous semble également important d’écouter ce que ces personnes ont à nous dire, de se nourrir de leurs réflexions et de leurs revendications qui ont émergés de leur engagement au plus près des réalités de terrain.

Enfin, quand certains banalisent le racisme et la stigmatisation des étrangers, nous préférons voir l’Humanisme qui forge notre République, la France comme terre d’Asile, et Paris comme ville refuge et accueillante, que dire de plus que cette simple phrase : bienvenue à toutes et à tous !

Publié le

5 octobre 2015

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