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Intervention de Fanny Gaillanne sur le SAMU Social de Paris

Intervention en séance du conseil de Paris des 15, 16, 17 et 18 décembre 2014

Madame la Maire, mes chers collègues,

J’ai souhaité intervenir sur cette délibération relative au 16e avenant passé avec le Groupe D’intérêt Public du SAMU Social qui acte le soutien apporté par la Ville au GIP pour l’année à venir.

Je voulais dans un premier temps réagir à l’actualité nationale qui ces derniers jours à dévoiler les faiblesses structurelles de notre système d’hébergement. Dans certaines villes de France comme à Toulouse par exemple, la situation est particulièrement inquiétante depuis le débat de l’hiver avec plusieurs centaines de familles et de personnes isolés qui se retrouvent chaque soir à dormir dehors faute de places disponibles. Je tenais d’ailleurs à saluer les travailleurs sociaux du 115 toulousain qui, lundi dernier, ont pris la décision de se mettre symboliquement en grève afin d’alerter l’opinion publique sur la gravité de la situation et l’ampleur du problème.

En comparaison, la situation parisienne est relativement plus tenable. L’action de la Ville sur le secteur y est indéniablement pour quelque chose. Pour m’en tenir au plan hivernal, la mobilisation de trois bâtiments à laquelle pourrait s’ajouter l’ouverture de 12 gymnases et 6 salles en mairie d’arrondissement est une initiative que nous ne pouvons que soutenir. Je souhaitais au passage saluer le travail formidable réalisé par le Centre d’Action Sociale de la Ville de Paris et surtout la mobilisation exemplaire des centaines d’agents de la Ville qui se portent chaque année volontaire pour venir prêter mains fortes aux maraudes dans ces périodes de grands froids. Cependant, les efforts déployés par notre administration et les agents ne doivent pas occulter les difficultés bien réelles rencontrées par les personnes sans domicile.

A commencer par l’accès à l’hébergement qui est loin d’être acquis pour l’ensemble des personnes qui en feront la demande. Je vous rappellerai à ce titre les chiffres du baromètre du 115, publié par la FNARS, qui nous apprenait qu’à Paris, durant l’hiver 2013/2014, 45% des demandes formulées n’avaient pas donné lieu à hébergement dont 40% faute de place disponible.

Le problème de l’accès à l’hébergement, et donc le manque de places, est un vrai sujet mais ce n’est malheureusement pas l’unique faiblesse du dispositif géré par le SAMU Social 75. Je citerai quelques enseignements tirés de l’enquête ENFAMS pour étayer mon propos. Cette étude nous apprend que sur les 28 500 personnes vivant en familles dans des hôtels conventionnés par le Samu Social de Paris, plus de 80% de familles vivent sous le seuil de pauvreté, près de 8 familles sur 10 et 2 enfants sur 3 sont en situation d’insécurité alimentaire, 29% de mères souffrent de dépression. Le SAMU Social 75 en tire lui-même la conclusion : « l’hébergement à l’hôtel ne constitue pas une solution pour les familles ». Nous devons nous aussi prendre acte de cette situation et proposer des solutions qui à notre échelle constituent une alternative à l’hébergement hôtelier. L’ensemble des mesures portées par Ian Brossat en matière de création de logements sociaux et de place en structure d’hébergement me semblent aller dans le bon sens. Mais encore faudra-t-il que des solutions soient trouvées avec l’Etat, qu’un travail de confiance puisse être réalisé, pour s’assurer que les familles hébergées en hôtel puissent réunir les conditions d’accès au logement social.

Je souhaitais enfin profiter du passage de cette délibération pour souligner et dénoncer les dérives qui peuvent être entrainées par le recours quasi systématique aux hôteliers. Je veux bien sur parler du rôle des intermédiaires, ces sociétés privées, spécialisées dans les réservations hôtelières à des fins touristiques et qui ont compris depuis bien longtemps l’intérêt qu’elles pouvaient trouver à jouer les intermédiaires entre le SAMU Social et les hôteliers. Un rapport de la cour régionale des comptes pointait déjà cet élément en 2006 et soulignait que l’activité de ces intermédiaires était très lucrative, avec la possibilité de réaliser des marges commerciales très intéressantes. Je suppose que cela est toujours le cas aujourd’hui vu l’ampleur prise par le secteur de l’hébergement depuis 2006 et le fait que la moitié des réservations hôtelières du SAMU Social passent encore par ces intermédiaires.
J’exprime ici la position du groupe communiste en demandant aux représentants de la Ville au sein du SAMU Social de dénoncer cette situation et de travailler à la diminution drastique du recours à ces intermédiaires.

Je le conçois, le poids de la Ville de Paris est, somme toute, relativement limité au sein du GIP Samu Social : nous ne contribuons qu’à hauteur de 3% environ du budget annuel et nous intervenons là sur une compétence qui n’est pas la nôtre. Toutefois, nos relations avec cet opérateur public ne sont pas négligeables, plusieurs conventions nous lient avec le SAMU Social, je pense notamment à l’ensemble des familles prises en charge par le Département au titre de la protection de l’enfance en danger qui dépendent dorénavant du SAMU Social, et nous réunissons à nous seuls 40% des voix au Conseil d’Administration. Nous ne pouvons tout simplement plus tolérer que certains profitent des situations de pauvreté comme c’est actuellement le cas.

Je vous remercie.

Publié le

16 décembre 2014

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