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Budget 2016 : Pour un Paris solidaire

Le budget social 2016 restera stable mais les besoins de la population, durement touché par la crise, vont continuer à augmenter. Les travailleurs sociaux nous alertent et manifestent : les conditions de travail sont difficiles et les postes viennent à manquer. Pour les élu-es communiste-Front de Gauche, la ville ne doit pas économiser sur l’action sociale, voilà pourquoi nous avons demandé à renforcer l’accueil des jeunes migrants primo arrivant.

Retrouvez l’intervention de Fanny Gaillanne.

Madame la Maire, mes chers collègues,

J’interviendrais pour ma part sur le volet social de ce budget pour l’année 2016.
Premièrement sur les services sociaux. Avec cette réforme du Nouveau Paris Solidaire vous promettez de nettes améliorations pour les usagers, une simplification des démarches et nous espérons que cela permettra de donner plus de fluidité à l’action sociale de la Ville.

Mais je souhaitais tout de même rappeler que cette réforme risque fort de ne pas améliorer la qualité de l’accompagnement si les critiques adressées par les travailleurs sociaux de la Ville ne sont pas prise en compte. Il y a quelques jours ce sont les travailleurs sociaux du 20e arrondissement qui faisaient savoir qu’ils ne pouvaient plus continuer à assurer correctement leurs missions dans les conditions actuelles. Entre les postes qui restent vacants bien trop longtemps et les absences qui sont rarement remplacées, les SSDP sont en surchauffe permanente. D’autant que la crise économique perdure, le chômage augmente à Paris comme ailleurs et le nombre de bénéficiaires du RSA aussi. Cette aggravation des difficultées sociales de la population se répercute inévitablement sur les agents qui ont de plus en plus de mal à répondre aux besoins des personnes qu’ils sont censés aider. Cette situation-là, nous ne voyons pas comment la réforme du Nouveau Paris Solidaire y répond à ce stade.

La question du personnel, des conditions dans lesquelles les travailleurs sociaux exercent leur métier, sont pour nous déterminantes et pourtant trop peu prises en compte à ce jour.

Ce constat nous le faisons aussi sur les services sociaux scolaires. La réforme de ce service risque de laisser des traces importantes. Il y a maintenant une assistante sociale scolaire pour le suivi de plus de 1 000 élèves. Comment voulez-vous que les travailleurs sociaux puissent détecter les enfants qui ont besoin d’être aidés dans ces conditions ? Nous pourrons toujours dire par ailleurs que le nombre de signalement baisse mais nous serons loin de la réalité.

Cela m’amène à parler des Mineurs Isolés Etrangers pour lesquels la communication sur le budget se vante de réduire les prévisions pour l’année 2016 de 20 millions d’euros. Pour le dire franchement, nous trouvons scandaleux d’afficher une telle mesure de la sorte et je m’en explique.

Il y a plus d’un an, le Défenseur des Droits rappelait à la Ville de Paris qu’il était de son devoir de prendre en charge tous les mineurs isolés présent sur son territoire. Dans cette décision, basée sur des observations qui dataient de l’année 2013, donc avant le début de cette mandature, le défenseur des droits nous rappelait qu’à Paris, des mineurs isolés étrangers étaient laissés à la rue par le Département et que d’autres pâtissaient de conditions d’accueils plus que discutables. Dès le début de la mandature, au lendemain même de notre élection, cette question nous a énormément préoccupé et nous l’avons fait savoir à de très nombreuses reprises, que ce soit dans cet hémicycle ou en dehors, lors des nombreuses mobilisations de soutien aux MIE auxquelles nous avons participé.

La réaction des adjointes en charge du dossier, Mme Versini et Mme Oumer, a d’ailleurs été positive. Elles et leur cabinet se sont saisies du dossier avec beaucoup de volontarisme et ont mené un travail de qualité pour améliorer de manière considérable le dispositif du Département. Cette démarche, qui a été soutenu par l’ensemble des groupes de la majorité, a aboutie à l’adoption d’un plan en avril 2015. Ce plan a acté des avancées majeures pour l’accueil des MIE. Mais force est de reconnaitre que le travail mené jusqu’à présent n’est pas reconnu à sa juste valeur par cet arbitrage budgétaire.

Autant nous pouvons comprendre que la circulaire Taubira, que nous soutenons sur le principe, ait permis de réduire le nombre de MIE pris en charge à Paris et donc le budget que nous y consacrons. Autant nous ne comprenons pas que l’ensemble de la somme ainsi économisée ne soit pas réinjectée dans le dispositif pour continuer à l’améliorer. C’est ce qui est fait pour l’accompagnement du jeune majeur avec le déblocage de 2 millions supplémentaires. Pourquoi ne pas aller plus loin ? C’est l’objet de l’amendement que le groupe communiste-Front de Gauche a déposé sur les MIE. Nous demandons à développer les capacités du Département à mettre à l’abri les jeunes dans de bonnes conditions dès qu’ils se présentent aux portes de l’ASE et avant même que leur âge soit évalué. Aujourd’hui, l’ASE héberge quand même des mineurs dans des hôtels en les accompagnant très peu, ce n’est pas normal. Comme il n’est pas normal que notre dispositif prévoit seulement de pouvoir accueillir 50 jeunes au maximum alors que depuis cet été, ce sont plus de 80 jeunes qui sont hébergés chaque nuit dans l’attente de leur évaluation.

Au regard de la situation actuelle, nous pouvons déjà prédire que la réduction qui est affichée dans le budget est purement fictive et qu’il faudra augmenter la dépense en cours d’année. Nous en serons obligés car il y aura malheureusement plus de jeunes orphelins qui fuiront la guerre au Proche-Orient et plus de jeunes orphelins qui fuiront la misère partout ailleurs dans le Monde.

Alors pourquoi ne pas nous donner les moyens financiers, dès maintenant, de prendre en charge ces mineurs isolés dans les meilleures conditions possibles ? Nous craignons qu’avec un cadrage budgétaire qui revendique de dépenser moins que prévu pour les MIE, la Ville de Paris continue à être pointée du doigt, à juste titre, par les défenseurs des droits de l’Homme. Les élu-es communistes-Front de Gauche seront dans tous les cas extrêmement vigilants et mobilisés aux côtés des associations de terrain, pour signaler tout manquement dans la prise en charge des MIE.

Je vous remercie.

Retrouvez l’amendement au budget pour la prise en charge des MIE

Publié le

18 décembre 2015

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