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Intervention de Ian Brossat Sur la Présentation du Schéma départemental De prévention et de protection de l’enfance 2010-2014

Je crois tout d’abord qu’il faut se féliciter de l’opportunité d’avoir un débat aujourd’hui sur la prévention et la protection de l’enfance. Il s’agit en effet d’un aspect essentiel de la politique du département qui témoigne d’un sens et d’une vision. Car c’est de l’avenir dont il s’agit, de la façon dont on agit sur les inégalités d’aujourd’hui pour construire demain. Et s’il faut bien déplorer que l’enfance ne soit pas le sucre de la vie pour tous les petits Parisiens, s’il faut se réjouir des efforts de notre ville, je suis convaincu que ce débat doit être une invitation à voir plus loin.
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I - Car ne nous cachons pas les choses. Au cœur de cette question de l’enfance en difficulté, l’enjeu, c’est l’égalité. Pour tous les petits Parisiens.

On ne s’étonnera donc pas de l’importance de cette question pour notre région, la plus riche d’Europe, mais celle où les inégalités croissent le plus rapidement. On ne s’étonnera pas non plus que sur ce sujet, quand on considère le peu de cas que l’Etat fait aujourd’hui de l’égalité républicaine, les politiques du gouvernement et de Paris divergent considérablement.

A / Paris est au rendez-vous de cette bataille pour l’égalité. Les chiffres et les résultats de notre action départementale nous donnent au moins cette certitude. L’importance de notre budget vaut pour preuve de notre engagement, et sa progression de 44% depuis 2001 pour preuve de notre détermination. La création de nouveaux centres sociaux, de nouveaux équipements spécialisés et de nouveaux postes d’éducateurs depuis 2001 était nécessaire.

Paris ne fait pas autre chose que de regarder la réalité en face, celle d’une société qui n’est pas toujours tendre avec les familles et les enfants. La précarité accentuée par la crise, le grand écart des niveaux de vie, la cherté de l’existence, le nombre de familles monoparentales très au-dessus de la moyenne nationale dans notre ville : tout cela explique en partie une situation particulière et préoccupante. Elle commande de notre part des efforts redoublés.

B / Lorsque l’on s’attaque aux inégalités que subissent les enfants, on en revient toujours à celles subies par leurs parents. C’est pourquoi la politique de prévention et de protection de l’enfance est une pierre angulaire d’une politique sociale d’ensemble. C’est pourquoi le département de Paris aborde la période à venir avec une ambition renouvelée en termes de moyens et de structures. Avec un vrai courage politique aussi.

Tout l’inverse du gouvernement, l’exposé des motifs de cette délibération le rappelle. En 2007, il confie ainsi au département « le repérage, le signalement et l’accompagnement des enfants en difficulté » ainsi que « le suivi social éducatif des mineurs étrangers isolés ». Mais il omet les compensations qu’il a promises. Une inattention, une négligence coupable, reconnue illégale par le Conseil d’Etat.

Cela n’a rien d’étonnant. Ici comme ailleurs, l’Etat n’assume pas ses responsabilités. De manière générale, il se désengage de la santé et du logement, il abandonne, l’un après l’autre, les droits qu’il doit garantir pour tous. Cela vaut pour les adultes comme pour les enfants. En ce qui concerne ces derniers, néanmoins, il faut lui reconnaître, à l’Etat, une certaine cohérence idéologique. Les enfants, on les mène à la baguette. L’enfant n’a pas de problèmes, il en pose. C’est pourquoi l’Etat, au lieu de protéger, d’aider et de soutenir, condamne et punit. Mieux, il s’en prend aux parents. J’en veux pour preuve ces 2 amendements ajoutés subrepticement à la loi sur la sécurité intérieure votés tout récemment par la droite à l’Assemblée nationale. Le premier institue un couvre feu pour le mineurs de moins de 13 ans, le second prévoit la suspension des allocations familiales pour les parents qui ne savent pas tenir leurs enfants. Toujours la même rengaine, toujours la même culpabilisation des parents. Toujours cette même manie qui consiste à s’attaquer à ceux qui sont déjà à terre.
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II – Nicolas Sarkozy et le gouvernement aiment les solutions rapides et spectaculaires. Les solutions de facilité. L’idéologie du « y’a qu’à » et du « file dans ta chambre ». Appliqué à tout. C’est regrettable quand il s’agit d’enfants en difficulté qui réclament l’inverse : des solutions adaptées et évolutives, des efforts constants dans le temps et la construction d’un dialogue entre les familles, les enfants et les travailleurs sociaux.

A / L’idée d’un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans est en soi exemplaire. C’est une fausse évidence autant qu’une mesure contre-productive.

Une fausse évidence car je ne crois pas que personne ici ne trouve raisonnable qu’un enfant erre dans les rues en pleine nuit. Une mesure contre-productive car elle ne résout rien, elle méprise le travail des associations et des services sociaux, tout en se drapant d’une bonne conscience pour le moins indécente. C’est pourquoi le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche présente un vœu pour que le Conseil de Paris demande au Préfet de Police de ne pas appliquer ce couvre-feu dans notre ville.

Devant les défis à venir, l’Etat n’a pas le droit de se contenter de poudre aux yeux. Pourtant, nous assistons à une forte régression des politiques gouvernementales en matière de prévention et de protection des mineurs. Un désengagement croissant de l’Etat dans les domaines de l’éducation et de la politique de la ville. La destruction des missions éducatives de la PJJ, la disparition scandaleuse du défenseur des enfants.

Et pour seule réponse, donc : le couvre-feu pour les enfants, la fin des allocations pour les parents récalcitrants. Une vraie politique punitive et réactionnaire qui se passe de commentaires. Le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche dépose également un vœu qui demande au Président du Conseil Général de ne pas appliquer ces suspensions de prestations familiales.

B / Le gouvernement et l’Etat ont depuis longtemps abandonné les plus précaires et les plus fragiles. Adultes et enfants, sans distinction.

Il faut reconnaître que le combat pour l’égalité n’est pas facile mais cela n’est pas une excuse, bien au contraire.
Le but d’une politique de prévention et de protection de l’enfance doit être de compenser, de corriger et d’annuler le plus possible les effets de l’inégalité des parents. Certains se contentent de naître, comme disait Beaumarchais. Notre mission est de nous occuper de tous les autres. De ceux qui n’ont pas eu la chance d’être bien nés. Pour que tous les petits Parisiens aient le même avenir et les mêmes possibilités.

C’est ce précisément ce que nous faisons, nous à Paris. Et cela nous fait honneur. C’est pourquoi nous voterons avec enthousiasme ce Schéma Départemental de prévention et de protection de l’enfance qui nous engage pour les 4 ans qui viennent.

Je vous remercie.

Publié le

9 février 2010