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Intervention de Ian Brossat sur les orientations budgétaires

Intervention en séance du Conseil de Paris du 15 octobre 2012

Monsieur le Maire, chers collègues,

Le moment est décisif. Dans la dernière ligne droite de ce mandat, puisque ce budget sera le dernier de plein exercice pour l’actuelle majorité municipale, il s’agit d’aller au bout de notre démarche, et de renchérir. De ne pas s’arrêter là, d’anticiper, d’aller plus loin. Et d’autant plus que la crise économique et sociale qui touche nos concitoyens perdure. Elle ne s’arrête pas aux portes du périphérique, elle ne contourne pas Paris : nous la subissons toujours de plein fouet.

Alors que l’on s’interroge un peu partout sur l’austérité et sa pertinence, vous savez bien quelle est l’opinion du Front de Gauche. Nous préférons agir. Nous ne nous cacherons pas les yeux en attendant que ça passe. A Paris, la poursuite d’un effort d’investissement sans précédent va dans ce sens, et depuis 2008, il aura joué un rôle de bouclier social non négligeable. Cependant, les défis qui nous attendent sont particulièrement redoutables. Jamais les Parisiens n’ont connu pareille crise du logement. Jamais, ils n’ont eu autant besoin de solidarité, de protection, de projets communs. Jamais, ils n’ont eu autant besoin à la fois de la Ville et de l’Etat. Depuis dix ans, ce dernier n’a eu de cesse d’entraver notre action et nos initiatives : la victoire de la gauche doit s’accompagner d’un virage à 180 degrés, pour le bien de tous.

A l’examen de ces orientations budgétaires, une première certitude se dégage : le cap est maintenu d’un investissement soutenu et sans précédent. 1,7 milliards d’euros d’investissement pour 2013 démontrent que ce budget ne participe pas de l’austérité que d’aucuns voudraient nous imposer. 1,7 milliards d’euros, ce n’est pas l’austérité. Surtout, ce n’est pas l’immobilisme, l’indifférence, la négligence, quand des milliers de Parisiens souffrent de la crise et ont justement besoin de nous.

Car nous savons tous ce que l’UMP et son Président s’apprêtent à dire, sur le dérapage de la dépense – son leitmotiv – alors qu’après le quinquennat de Nicolas Sarkozy, la droite française a redéfini la notion même de dérapage budgétaire. Qu’elle a gagné le droit de se taire. Je veux bien concéder à Monsieur Legaret qu’au siècle dernier, quand il était l’adjoint de Monsieur Tibéri, les choses ne se passaient pas ainsi. Il faisait déjà de l’austérité sans qu’il n’en sût rien – comme Monsieur Jourdain – au point d’ailleurs de ne plus faire grand-chose tout court : les Parisiens, eux, s’en sont rendus compte. A l’époque, on investissait à Paris en moyenne 800 millions d’euros par an, et encore : la tendance était à la baisse en fin de mandat. 800 millions d’euros, c’est 900 millions de moins qu’aujourd’hui. Ce n’est pas la moitié de ce que nous investissons. 800 millions d’euros, cela voulait dire moins de logements sociaux, moins de crèches, moins de bibliothèques, de piscines, sans parler des politiques de solidarités en faveur des Parisiens les plus en difficulté. Ceux-là justement que nous n’abandonnerons pas face à la crise. A qui nous ne dirons pas qu’ils n’ont qu’à se débrouiller seuls, ou qu’ils peuvent aller habiter ailleurs si la ville devient trop cher pour eux. Nous ne sommes plus au siècle dernier, nous avons changé de millénaire. L’austérité, la droite l’a testé pour vous à Paris, avec messieurs Tibéri et Legaret : nous savons dans quel état était la ville en 2001. Les ailes coupées, impuissante, en retard sur presque tout.

Posons la question autrement : dans quel état est la ville, aujourd’hui, en 2012 ? Ces orientations budgétaires nous le disent : la ville est en capacité d’aider les Parisiens.

Ainsi elle a fait du logement sa priorité, avec en ligne de mire 20 puis 25 % de logements sociaux. Nous allons continuer nos politiques sociales et construire encore plus d’équipements dans les années à venir. En temps de crise, alors que les Parisiens rognent sur leurs dépenses prioritaires, alors que les prix de l’immobilier ne connaissent pas d’accalmie, nous devons tout faire pour leur rendre la ville plus facile. Pour la leur rendre moins chère, pour la leur rendre plus solidaire. De fait, le budget de Ville s’annonce plus à gauche que celui du gouvernement et c’est une bonne chose pour les Parisiens : nous devons tenir bon. Nous sommes sur la bonne voie à condition de ne pas nous arrêter en chemin. A condition d’anticiper.

Et de ce point de vue, le Groupe communiste et élus du parti de gauche veut voir plus loin, en ce qui concerne le logement, les politiques de solidarités, mais pas seulement. Ainsi, les personnels réclament-ils aujourd’hui toute notre attention.

Cette année encore, les prix de l’immobilier battent des records, et la crise du logement s’amplifie. Cette majorité municipale a plus œuvré qu’aucune autre en faveur des Parisiens mal-logés ou en difficulté de logement. Nous ne pouvons pourtant pas nous en contenter. Car au jeu des comparaisons, comme je le disais à l’instant, ce n’est pas toujours très difficile de faire davantage que la droite à Paris. Mon groupe l’a déjà dit à maintes reprises : notre devoir, c’est le logement social, et sur tout le territoire parisien. A proximité de la Villa Montmorency, en face ou à côté des immeubles rutilants des 8e, 7e ou 16e arrondissement, comme partout ailleurs. Et pour ce faire, nous devons faire feu de tout bois pour acquérir aujourd’hui des immeubles et des terrains pour du logement social – même s’ils ne seront réalisés, de fait, que durant la prochaine mandature. Il faut prévoir, il faut assurer la continuité de nos politiques. Nous devons ainsi porter avec force nos ambitions de relèvement du taux de logement social, et dans tous les arrondissements. Le Front de gauche sera ainsi particulièrement attentif au compte foncier lors de la discussion budgétaire de décembre – un compte foncier absent de votre communication actuelle. Certes, l’Etat cède des terrains, mais nous ne pouvons pas nous en contenter. Notre ambition est double : répondre à ceux pour qui les prix du parc privé sont impossibles, et lutter contre la gentrification de Paris. Dans votre communication, vous aviez une formule très heureuse, Monsieur le Maire, mais à propos de l’attractivité touristique de notre ville. Vous disiez que « Paris avait su cultiver son identité de ville accueillante ». Je souhaite qu’elle continue à faire de même, mais en direction des Parisiens en difficulté.

Pour ce faire, depuis onze ans, les politiques sociales sont au cœur de l’action de la ville. Il y a une raison évidente à cela : la crise économique et sociale. La crise de l’emploi. La crise du logement. La situation est sans précédent à maints égards, aujourd’hui. Le pouvoir d’achat des Parisien est tellement exsangue, leurs perspectives tellement minces, qu’il faut renchérir. Le Groupe communiste et élus du parti de gauche est très attentif lorsque vous évoquez la réforme des modes de gestion de ce secteur – je cite : le contrôle de la « dépense dans le respect de nos obligations légales ». Pour nous, il y a bel et bien un risque de considérer ainsi le problème à l’envers. Ce qui doit dicter nos efforts, ce sont les besoins des Parisiens. Car ces besoins auxquels nos politiques sociales entendent répondre sont indiscutables. Il ne s’agit pas pour nous de combattre la précarité au meilleur coût, il s’agit de la combattre tout court – et de la vaincre. C’est à ce moment-là qu’elle coûtera le moins cher. De même en ce qui concerne l’école : mon groupe reste très attentif à des économies pour le principe qui font plus de mal que de bien. Nous restons très mobilisés, par exemple, en faveur des classes de découverte, au sujet desquels nous avions présenté un vœu en mai dernier. Aujourd’hui, un enfant sur trois dans les familles aux revenus inférieurs à 3000 euros ne part pas en vacances : ce n’est pas là, sur quelques petits Parisiens, qu’il s’agit de faire des économies.

Cette vigilance et cette mobilisation, nous l’aurons également en ce qui concerne les personnels. Les agents sont le premier bouclier des Parisiens contre la crise. Sans agent, rien ne marche. Pendant des années, Monsieur le Maire, nous avons combattu avec vous l’idéologie de la droite qui martelait qu’en supprimant des fonctionnaires, on résolvait tous les problèmes. On en a vu les conséquences sur les services de l’Etat. C’est pourquoi, le principe de « stabilisation de l’emploi public », présenté dans cette communication comme une « résolution particulièrement ambitieuse dans un contexte d’ouvertures de nouveaux équipements publics » nous paraît surtout… particulièrement périlleuse ! Ce n’est pas « notre ambition » au Front de Gauche, surtout après des années de redéploiement. Monsieur le Maire, pour le dire autrement, en ce qui concerne les personnels, nous sommes à l’os.

Ouvrir plus d’équipements à personnel constant, aujourd’hui, c’est augmenter la charge de travail des agents à coup sûr. C’est dégrader leurs conditions de travail. C’est nuire à la qualité d’accueil de nos services.

Ces orientations budgétaires nous rassurent parce qu’elles ne sont pas marquées par l’austérité. Il ne s’agit pas de la retrouver au chapitre des personnels. Ni d’ailleurs au chapitre de nos relations avec l’Etat. Car ces dernières furent en effet exécrables pendant dix ans. Et nous pouvons attendre d’un gouvernement de gauche d’être mieux traités.

Car, tout en notant la participation très importante de la ville aux mécanismes de compensation, votre communication, Monsieur le Maire, prend acte du gel des dotations de l’Etat – et mon groupe s’en étonne. Nous trouvons qu’il est juste, dans une logique métropolitaine, de participer à l’effort collectif en faveur des communes voisines asphyxiées. Mais pas au prix de la négation de nos zones de pauvretés. Pas au mépris des Parisiens qui vient dans ces poches de misère qui subsistent dans Paris même. Pas au mépris des portes de la ville, dans les arrondissements du Nord et de l’Est, où le contexte est plus que difficile, et souvent bien plus que chez la plupart de nos voisins. Pendant des années, nous avons fait la guerre à l’Etat et au précédent gouvernement qui transférait – à la va-vite et dans un grand désordre – un maximum de compétences pour un minimum de compensations. Il en résulte des collectivités locales écrasées par le poids de ces transferts : c’est justement la raison pour laquelle je ne voudrais pas que nous soyons victime d’une amnésie collective.

Ainsi, l’année dernière, à cette même date ou presque, nous insistions vigoureusement les uns et les autres sur la dette de l’Etat, sur ce milliard d’euros qu’il doit aux Parisiens. On parlait d’un milliard d’euros en 2011, mais combien leur doit-il aujourd’hui ? Pendant dix ans, la droite a détruit la dessein la relation qui unit l’Etat aux collectivités locales, cette relation essentielle, parfois complexe, qui fait la continuité de l’action publique et de la démocratie. En dix ans, les collectivités ont été réduites au seul rôle que l’Etat a bien voulu lui confier : celui de porter ce dont il se déchargeait avec le moins de compensation possible. Mon groupe ne veut pas simplement « en prendre acte » aujourd’hui. Ou se taire poliment. Ou dire « merci », et passer à autre chose. Aujourd’hui, l’Etat doit probablement plus que ce que Jean-François Legaret investissait en un an quand il était adjoint aux finances : cela pourrait servir aux Parisiennes et aux Parisiens. Nous devons reconstruire une nouvelle relation avec l’Etat. Les collectivités locales doivent pouvoir à nouveau s’appuyer sur lui comme il s’appuie sur elles. A Paris, les bons comptes feront les meilleurs amis, et cela passera d’abord par le règlement de sa dette.

Je vous remercie.

Publié le

15 octobre 2012

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