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Intervention de Ian Brossat sur l’aménagement des berges de la Seine

Intervention de Ian Brossat sur l’aménagement des berges de la Seine en Séance du Conseil de Paris le 8 février 2011.

Monsieur le Maire, chers collègues,

L’opposition municipale nous avait pris de haut, en juillet, au moment de la présentation de l’avant projet de réaménagement des berges de Seine, au moment où la Ville lançait sa concertation préalable. Pourtant, le bilan de celle-ci démontre le soutien des Parisiens à notre ambition d’une ville plus douce, plus apaisée. Dans leur grande majorité, à plus de 70 %, ils y sont favorables, voire très favorables. N’en déplaise à l’UMP, l’époque a changé. Et les habitants de Paris veulent marquer l’entrée de notre collectivité dans le vingt-et-unième siècle au cœur même de la Ville, à son point de départ, son origine géographique, économique et culturelle.

La rupture est consommée avec une seconde moitié de vingtième siècle qui érigeait la voiture comme mode de déplacement principal, comme marqueur social et comme signe de progrès technologique. La vitesse appartient désormais à des systèmes de communication dématérialisés. L’habitant d’une grande métropole moderne aspire, lui, à d’autres pratiques urbaines, d’autres rythmes. Cela va dans le sens des efforts de la municipalité depuis 2001, et c’est une excellente nouvelle. La ville doit changer, elle aussi, nous la changerons avec les Parisiens.

I – Au cœur la métropole, au pied d’un paysage architectural exceptionnel, classé par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité, passe aujourd’hui une voie rapide, morte, dédiée au dioxyde de carbone et au bruit ininterrompu des moteurs.

Les Parisiens ne veulent plus de ce stigmate d’une époque révolue. Nos collègues de l’UMP avaient l’ambition de le mettre sous cloche sans y toucher : chacun son idée du patrimoine. Ce n’est pas la nôtre, ni celle des habitants de notre ville qui préfèrent à la voie Georges Pompidou, la Seine, le Louvre et le Musée d’Orsay. Heureusement. Nous les rendrons donc au Parisiens. Et je souhaite que la mise en œuvre de ces nouvelles berges de Seine à taille humaine soit exemplaire de notre volonté de services, de nos exigences de solidarité et de nos ambitions de partage. Les Parisiens doivent trouver là un refuge contre l’accélération du temps, des communications et des transactions qui caractérise et déshumanise l’extrême modernité.

Le Groupe Communiste et élus du Parti de Gauche avait souhaité que la concertation préalable au réaménagement des berges de Seine soit étendu au maximum d’habitants de Paris et de sa métropole, et pas seulement aux arrondissements concernés. Le résultat de cette concertation, et du sondage commandé par la Ville, montre des résultats très similaires d’un arrondissement à l’autre, d’une commune à une autre. Il montre surtout que la Seine et ses berges parisiennes sont un enjeu pour l’ensemble des franciliens. Ainsi, le Président de Paris Métropole, les départements de Seine Saint-Denis et de Seine et Marne, les maires des Hauts de Seine, se déclarent tous concernés, intéressés et solidaires. Cela valide l’idée que nous avons, qui est également à l’origine de la création de Paris Métropole, qu’aujourd’hui : le cœur de Paris appartient à tous les Parisiens, mais aussi à tous les Franciliens.

Une minorité d’acteurs de l’agglomération et d’habitants de Paris exprime cependant des inquiétudes. Notre idée d’un Paris pour tous veut justement qu’on les entende et que l’on ne se satisfasse pas de 70 % d’adhésion à notre projet. A part la voix du Président de la République – qui émet des réserves, comme toujours – et celles des chambres de commerces de Paris et de la région Ile de France, quelques-uns doutent en effet des conséquences du réaménagement des berges de Seine. Quels sont donc les risques de ce réaménagement, aujourd’hui ?

II – En vérité, la principale inquiétude touche l’offre de transport et la fluidité des déplacements au cœur de notre ville.

Le Groupe Communiste et élus du Parti de Gauche a déposé un vœu en ce sens. Les résultats des études d’impact démontrent que la circulation automobile et les temps de déplacement ne seront que très marginalement altérés par le réaménagement des berges de Seine. Mais la réussite de notre projet en dépend. Non seulement la collectivité doit veiller à ce que l’ensemble des Parisiens et des Franciliens ne soit pas pénalisé dans leurs déplacements, mais elle doit créer de nouveaux itinéraires et de nouvelles mobilités. C’est un principe auquel les élus de notre groupe sont profondément attachés : toute réduction de la place de la voiture doit s’accompagner d’un développement des transports en commun. Pour que les Parisiens et les Franciliens se réapproprient les berges de Seine, il faut leur en faciliter l’accès.

La concertation montre que de plus en plus d’habitants considèrent le vélo et les circulations douces comme des modes de circulation à part entière – et non plus seulement comme une activité de loisir. Mais ces modes de circulations dépendent de l’offre globale de transport collectif. Pour que les uns puissent faire du vélo, les autres doivent délaisser leur voiture. Pour qu’ils la délaissent, il faut une offre de transport collectif cohérente. Une offre qui viendra irriguer aussi ce cœur de la ville que nous réaménageons. Pour fluidifier les déplacements, rediriger les Parisiens vers les berges de Seine, la Ville doit interpeller le STIF pour densifier l’offre globale de bus. De nouveaux itinéraires, de nouveaux arrêts, doivent être également définis avec la RATP.

Car c’est le mouvement qui doit commander nos projets. Un mouvement qui réconcilie, qui rassemble, et qui ne divise plus. La voie Georges Pompidou aura été pendant des décennies le symbole de ce mouvement qui divise, qui sépare, qui éloigne. Un mouvement par exclusion du reste, de tout le reste. La vision d’une ville conçue comme une machine infernale qui transporte ses habitants d’un point à un autre, par nécessité, par fonction. Les nouvelles berges de Seine doivent symboliser un autre mouvement doux, apaisé, alternatif à l’accélération moderne des rythmes de la vie urbaine. Un mouvement qui réconcilie rive droite et rive gauche, qui réconcilie les transports et la promenade, le déplacement et les activités culturelles et sportives. Surtout, un mouvement qui rassemble tous les Parisiens et tous les Franciliens, et n’abandonne personne.

Le Groupe Communiste et élus du Parti de Gauche est fidèle à cette idée d’un Paris pour tous que nous avons proposée aux Parisiens en 2008. C’est pourquoi, nous avons déposé un vœu relatif aux populations sans domicile fixe qui ont trouvé refuge sur les quais aujourd’hui. Symboles d’une crise sociale, politique et immobilière, symboles d’une idéologie urbaine qui marginalise et qui exclue, ces hommes et ces femmes doivent faire l’objet de toutes nos attentions. De nos premières attentions. Nous demandons que la première pierre que la Ville pose dans le cadre de son projet de réaménagement soit une pierre solidaire, une pierre d’angle, qui porte une certaine idée de la ville à venir. Ces hommes et ces femmes sont les victimes d’une idée de la ville et d’une idée du développement que nous refusons. C’est pourquoi, si les nouvelles berges de Seine marquent réellement l’entrée de Paris dans un autre vingt-et-unième siècle, nous devons accompagner ces populations. Nous devons leur tendre la main. Une permanence sociale et sanitaire spécialement dédiée doit leur permettre de nous rejoindre.

Vous l’aurez compris. Nous soutenons ce projet. Nous souhaitons vivement que nos deux vœux soient adoptés.

Je vous remercie.

Publié le

8 février 2011

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