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Intervention de Ian Brossat sur l’aménagement des berges de la Seine

Intervention de Ian Brossat sur l’aménagement des berges de la Seine en séance du Conseil de Paris du 5 juillet 2010.

Monsieur le Maire, chers collègues,

L’aménagement des berges de Seine n’est pas une opération anodine, d’un point de vue symbolique mais aussi d’un point de vue politique. Le fleuve est en effet le point de départ de notre ville, sa raison d’être et son origine. Et si le vingtième siècle avait privilégié des voies rapides sur ses rives, cela correspondait à un état d’esprit qui faisait de la voiture individuelle à la fois un marqueur social, un outil de communication et de déplacement.

Aujourd’hui, le monde a changé, la ville a changé. Le vingt-et-unième siècle a révolutionné la communication et les déplacements. Nous n’allons plus au monde, c’est le monde qui vient à nous. La vision de la ville a changé, elle aussi. Les Parisiens n’aspirent plus aux mêmes rythmes, à la même pratique urbaine qu’il y a cinquante ans.

C’est pourquoi, Monsieur le Maire, en réaménageant les berges du fleuve, vous proposez une nouvelle façon de vivre la ville et vous poursuivez l’action entreprise depuis 2001 en faveur de modes de circulation plus apaisés et plus doux.

Au pied de ce que l’Unesco a classé au patrimoine mondial de l’humanité, nous n’aurons plus à souffrir de longues lignes ininterrompues de véhicules polluants, ni le murmure entêtant des moteurs. Car cette rumeur, Monsieur le Maire, c’est celle du passé, ce n’est plus la nôtre, ce n’est plus celle à laquelle aspirent les Parisiens. Les élus du groupe Communiste et élus du Parti de Gauche ne peuvent qu’approuver cette volonté de faire évoluer la ville, c’est d’ailleurs ce pourquoi militait mon ami Jean Vuillermoz sous la précédente mandature.

Une fois n’est pas coutume, nos collègues de l’UMP nous ont fait le plaisir de proposer quelque chose, eux aussi, pour l’aménagement des berges du fleuve. Comme chacun, je pense, je me suis empressé avec gourmandise de découvrir leur projet.

En fait de vision, j’ai été un peu déçu, car visiblement l’UMP conduit au rétroviseur. On hésite entre la stupeur et l’incrédulité. On retient même un sourire gêné devant ce vide grenier bétonné de vieilles idées.

C’est un étrange mélange entre le Boulevard Circulaire de la Défense et un aéroport des années 80, comme si définitivement la droite parisienne était scotchée au vingtième siècle. J’ai un peu de peine pour cette conception du patrimoine mondial de l’humanité qui empile des caissons de bétons et installe une autoroute en sous-sol. Je suis un peu triste que tout ce que l’UMP propose comme activité aux Parisiens, ce soit encore des commerces de luxe et une balade sur le toit des embouteillages.

Quelle ville étrange que ce cauchemar en béton armé que nous propose la droite ! Quelle ville triste et déshumanisée, dont l’ambition écologique consiste à cacher ces voitures que l’on ne saurait voir, en les enfermant façon tunnel du Mont Blanc ! Sans dire que cela manque d’imagination, on devine que cela va coûter cher, puisqu’en plus il faudrait organiser un concours international d’architectes pour cette monstruosité. Je ne souhaite à aucun d’entre eux de ne jamais remporter un pareil concours à moins que le bunker devienne le nouvel idéal-type.

La seule qualité de ces propositions de l’UMP, c’est qu’elles nous confortent dans la légitimité de notre projet. En effet, ce que vous proposez, Monsieur le Maire, est un espace ouvert et cohérent, ajustable et vivant, qu’il est possible de rendre exemplaire d’une nouvelle façon de vivre la ville, son rythme, sa géographie et son esprit. Nous voudrions en effet qu’il soit le lieu d’une expérimentation à taille humaine de notre besoin de solidarité et de partage – ainsi que de la reconnaissance des différentes fonctions et des différents temps de la ville : promenade, travail, loisir, rencontres, sport, culture.

C’est-à-dire tout l’inverse de cette ambition de l’argent et du dioxyde de carbone sous cloche portée par nos collègues.

Vous l’aurez compris, le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche est favorable au projet présenté par la municipalité. Il répond à un besoin essentiel. En effet, l’une des caractéristiques de l’extrême modernité est d’accélérer le temps des communications et des transactions. Envahi par des flux d’informations toujours plus importants et plus rapide, l’homme moderne accélère le pas. Autrement dit, il enchaîne des temps toujours plus courts. C’est pour cette raison qu’il accorde d’autant plus d’importance à ce qui échappe à ce rythme effréné et qu’il recherche d’autres formes d’échanges et de rencontres. Comme n’importe quel être vivant, il a besoin de reprendre son souffle. C’est le sens de la culture, du sport, des loisirs. C’est précisément à cet enjeu-là qu’il s’agit de répondre avec ce projet. Et c’est précisément pour cela que nous l’approuvons pleinement.

Parce que cet espace doit profiter au plus grand nombre, parce qu’il doit être, à nos yeux, celui du partage et de la solidarité, nous faisons 4 suggestions afin d’enrichir ce projet de réaménagement des voies sur berges.

Parce que cet espace retrouvé doit être celui des Parisiens et de tous les habitants de la métropole, il nous paraît d’abord essentiel d’élargir au maximum le champ de la concertation. Tous les Parisiens, cela signifie qu’à nos yeux, la concertation ne se limite pas aux arrondissements directement impactés par la reconquête des voies sur berge. Nous suggérons ainsi par un amendement que, dans tous les arrondissements de la capitale, une réunion publique et une exposition puisse être organisée. Tous les habitants de la métropole, cela suppose, là encore de voir large, d’associer les communes voisines et, au-delà, les départements de notre région. Je sais, évidemment, que mon ami Pierre Mansat, y est particulièrement attaché.

C’est la même volonté qui nous anime lorsque nous proposons que les équipements publics qui seront installés sur les berges puissent être mis à disposition du plus grand nombre, et pas seulement des riverains qui habitent à proximité.

Parce que nous voulons placer les valeurs de solidarité au coeur de ce projet, nous suggérons également que des clauses d’insertion soient systématiquement introduites dans les marchés relatifs à cet aménagement. Nous pourrions ainsi permettre à des hommes et des femmes de nos quartiers aujourd’hui très éloignées de l’emploi de retrouver un travail et de contribuer ainsi à l’aménagement d’un des grands projets de notre mandature.

Enfin, nous suggérons de faire de cet espace un lieu de développement en grand de l’économie sociale et solidaire.* Nous avions proposé, à maintes reprises, la création de halles alimentaires, permettant de mettre en relation directe des producteurs de fruits et légumes bios et des consommateurs. Il nous semble que les berges de Seine réaménagées nous donnent l’occasion de donner corps à ce projet. C’est le sens d’un des voeux que nous présentons.

Monsieur le Maire, avec ce projet, il s’agit de faire en sorte que la Seine retrouve son sens premier, celui d’un déplacement doux, celui de l’échange, du partage et de la rencontre. Le fleuve est le premier espace naturel de coopération, à nous de le rendre aux Parisiens.

Je vous remercie.

Publié le

1er décembre 2010

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